Les yanas doko portent le drapeau de la Guyane ?

16 avril 2015 de Idéal Guyane

Nous avons tous suivi, au stade LAMA, l’exploit des joueurs de football de la Guyane qui ne sera pas malheureusement confirmé lors du mach retour face à l’équipe du Honduras, mais cette rencontre avait en mis en ébullition le « Péyi » et nous avons assisté, me semble-t-il pour la première fois, à la mise en avant grandeur nature du drapeau de la Guyane.

Maurice Pindard, en dehors de l’aspect sportif, que vous a inspiré cette rencontre ?

IL y aurait des choses à dire sur la question sportive ! Pourquoi doit-on supplier les clubs des joueurs qui jouent en France pour qu’ils leur permettent de participer à une compétition internationale, pourquoi tous nos bons joueurs sont-ils en France ? Pourquoi nous ne pouvons pas adhérer à la FIFA (Fédération Internationale de Football) ? Etc… Pourquoi faut-il toujours des dérogations pour simplement exister dans notre environnement régional sportif ?
Ces questions se posant pour tous les sports.

Mais, si on s’attarde plutôt sur le symbole du drapeau de la Guyane brandi par les supporters des Yana Doko et figurant sur l’un des maillots de la sélection, je pense aussi que c’est un événement important dans l’histoire de la prise de conscience nationale des habitants de la Guyane.
J’emploie le mot « nationale » d’autant plus « librement » que le sélectionneur lui-même exprimait son attente du jour où la Guyane serait considérée comme une vraie Nation. Sous entendu, comme les autres nations d’Amérique et de la Caraïbe.

Quand dans un stade relativement plein, on a dit 3-4000 personnes, la foule soutient une sélection de joueurs de tout le pays et se reconnaît dans les mêmes couleurs et le même drapeau, c’est très important. Dans le cas de la Guyane où tant de barrières se dressent pour empêcher la réalisation d’une cohésion nationale, la cristallisation de la ferveur populaire autour de tels symboles est une étape franchie vers notre émancipation future.

Il nous faut remercier ici les fondateurs de ce drapeau, notamment l’UTG, qui depuis 1967 en a fait son emblème ainsi que les nombreux patriotes qui, jusqu’à nos jours, n’ont jamais cessé de l’honorer et de le populariser. Une mention particulière doit être faite pour les membres du Comité Drapeau. En effet, ils ont pris la responsabilité de faire confectionner, de vendre et de donner des milliers d’exemplaires de notre bannière. C’est ainsi que sur le pare-brise de nombreuses voitures ont voit flotter le drapeau. Il faut aussi saluer la lucidité et la détermination du Conseil Général et de son président qui ont délibéré sur le drapeau guyanais et l’ont érigé au fronton de leur bâtiment aux cotés de ceux de la France et de l’Europe.

IL faut remarquer aussi que de plus en plus de secteurs de la société civile affichent le drapeau vert jaune à l’étoile rouge, des artistes, des sportifs, des ligues comme celle de rugby, des municipalités.

Bien ! Puisque vous vous interrogez beaucoup sur la question administrative et sportive, je vous répondrais que nous sommes département français et que nous avons voté pour l’article 73 en accord avec le président actuel de la région !

Cette question me permet d’aller plus au fond à propos des symboles identitaires. A-t-on besoin d’un article de loi ou d’un régime législatif spécifique pour lever le drapeau de la Guyane ou chanter un Hymne de notre pays ? Non ! En tant que manifestation populaire, elle s’exprime, c’est tout. C’est ce qui s’est passé dernièrement pendant le match des Yana doko et de la sélection de Rugby concernant le drapeau. Nous sommes en pleine assimilation législative, article 73, cela n’empêche pas au peuple de manifester son adhésion à ses symboles.
Le cadre juridico administratif intervient quand il s’agit des institutions parce que même si elles voudraient s’émanciper, comme le Conseil général l’a fait en adoptant le drapeau, cela reste timide, limité, marginal et attaquable par le « droit » français, au cas où !
Le Conseil général aurait pu hisser le drapeau sur le fronton de tous les collèges, les bâtiments lui appartiennent, il ne le fait pas… Sur ses autres immeubles, ce n’est pas fait. Le Conseil Régional, lui, reste dans le soi-disant droit commun français, alors qu’il pourrait comme en Bretagne ou en Corse adopter et afficher le drapeau. Dans ce cas là, c’est de l’auto censure, c’est le réflexe de l’esclave qui a peur de lui-même. A moins que ce ne soit une manifestation des ravages de l’aliénation culturelle déguisée en position politique d’allégeance à la Tutelle.
Quant à la puissance coloniale, comme nous ne sommes pas en période de tensions, elle fait mine de ne rien voir, elle va même jusqu’à admettre le drapeau comme une caution de la hauteur de vue de sa « république démocratique ». Ainsi, le 10 juin, le préfet accepte de faire son discours sous les deux drapeaux, français et Guyanais. Et pendant la grève de l’université, Raymond Charlotte, militant anticolonialiste très connu des services français, agitait la bannière étoilée sur le balcon de la préfecture.
C’est à ce moment qu’il faut se souvenir de la position de base de certains membres du Comité Drapeau, eux-mêmes patriotes notoires. Lors des débats sur le drapeau, ils nous disent que nous ne devons pas revendiquer cet emblème de la même façon que la Corse ou les basques, ce ne doit pas être « le drapeau de la Guyane », mais « le drapeau de l’indépendance ». Lever le drapeau signifierait « revendiquer la souveraineté de notre pays ».

je pense que le sujet est beaucoup plus complexe et qu’il y a d’autres vérités à côté de celle qu’ils énoncent. En effet, la revendication collective de la souveraineté mûrit sur la conscience de l’identité collective. Or nous n’avons pas encore gagné, loin s’en faut, la bataille de l’identité, sur tout le territoire guyanais. Il nous faut encore des matchs et des matchs, des rencontres avec des homologues dans notre région d’Amérique et des Caraïbes, des représentations diverses à l’international, et surtout des échanges multiples, profonds et sincères avec nous-mêmes, guyanais de tous côtés et de toutes origines.
Ce que l’on peut ajouter, c’est que tout bouge, en même temps, et que les débats ou manifestations d’ici où là s’alimentent les uns les autres.

En fait nous avançons, cahin-caha, mais nous avançons.

Les élèves de l’école élémentaire de Saül, étaient en visite à Cayenne. Sur leur départ, ils ont interprété un chant au tambour. Les deux « tanbouyen » étaient deux petites guyanaises d’origine Hmong. L’une d’elle « foulait » le Kaséko tout en chantant, en rythme, en créole. Tous les enfants avaient une tenue en madras. C’était carrément « fou » !!! Ils n’avaient pas de drapeau, mais celui-ci était dans leur cœurs, c’était celui de la Guyane, tout simplement.

Généralisons cette prise de conscience identitaire dans tout le pays, dans tous les secteurs sociaux et culturels.
ET ne doutons pas que parallèlement la revendication politique germe et fleurisse. N’en doutons pas. !

Croyez vous que les difficultés évoquées sautent aux eux des supporters aujourd’hui ?

Tout justement !
Les supporters n’ont rien à faire des difficultés administratives pour la circulation de nos sportifs, rien à faire des obstacles juridiques ou politiques, ils brandissent un symbole qui s’est imposé depuis bientôt cinquante an. Une bannière verte jaune avec une étoile rouge. Elle représente notre pays. Les supporters s’en sont emparés pour monter à leurs sportifs qu’ils se battent pour un pays et que celui-ci est debout à leur côté. Comme le disait le slogan du match « Yana doko, nou la ké zot ». Je crois qu’en constituant une espèce « d’opinion publique », ou une sorte de « force », ils vont tout naturellement peser sur les décisions des instances sportives et politiques guyanaises.
Les supporters réalisent qu’ils jouent un rôle citoyen, c’est une bonne chose.

Idéal Guyane.

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