La Guyane toujours sous le régime de la monarchie.

6 avril 2015 de Idéal Guyane

Depuis 1905, une loi sépare l’état et l’église. Tout simplement parce qu’avant cette date, l’église était étatique et faisait donc encore partie du pouvoir malgré la révolution française de 1789.
Si cette loi a été plus ou moins appliquée en France, ce n’est pas encore le cas en Guyane plus d’un siècle après.

Maurice Pindard, depuis quelques mois le conseil général refuse de payer les prêtres de l’église catholique qui elle s’est rapprochée de la justice pour obtenir le règlement des salaires des porte-paroles de Dieu. Faut-il régler ou pas ces prêtres?

C’est bien une ordonnance du roi français Charles X du 27 Août 1828 qui décide que les prêtres doivent être rémunérés sur les deniers publics en Guyane. La loi de 1905 a été étendue en 1911 à la Martinique, la Réunion et la Guadeloupe mais pas en Guyane qui était considérée comme « terre de missions ». Entre temps, en 1900, la charge financière avait été transférée au Conseil Général qui a donc continué à payer.On aurait pu penser qu’avec la loi de départementalisation de 1946, l’assimilation législative aurait été appliquée intégralement. Non ! les législateurs successifs ont toujours considéré la Guyane comme une terre à part. Ils n’y appliquent certaines lois que si elles vont dans le sens des intérêts coloniaux de la France. Ceci nous montre dans quelle situation juridique rocambolesque nous nous trouvons. Il en est de même pour les terres de Guyane dont on nous dit qu’elles sont bien privé de l’état Français depuis l’époque de Louis XIV !!!
Faut-il payer les ministres d’un culte et d’un seul, c’est cela la question.
On pourrait imaginer un état soucieux de la vie spirituelle des citoyens qui pourrait décider d’aider financièrement tous les initiatives privées dans ce sens. Les différentes obédiences pourraient faire des demandes de subventions et pourraient recevoir des subsides de la nation. C’est le cas aujourd’hui, il suffit que les demandeurs s’organisent en association. Mais la religion catholique a un statut privilégié puisque ses prêtres sont salariés du Conseil Général de Guyane. C’est une discrimination en faveur d’une Église. Ce qui n’est pas acceptable. D’ailleurs, sur le fond, l’évêque de Guyane admet que ce sont les fidèles qui doivent prendre en charge leurs missionnaires.

Comment une telle aberration peut elle exister chez nous à ce jour ?

Cette aberration existe toujours chez nous parce que nous n’avons pas d’institution qui pense la Guyane globalement. Nos élus ne réfléchissent qu’à travers le filtre des compétences que la loi française leur confère et au rythme imposé par l’administration préfectorale qui les chapeaute. Ce sont des institutions sous tutelle avec une pensée sous tutelle. Héritant de plus d’une situation coloniale esclavagiste et d’une période assimilationniste sévère, nos élus ne sont pas des élus à part entière. A certain moment, certains d’entre eux prennent leur responsabilité et affrontent ces aberrations.

Des élus semblent vouloir bouger aujourd’hui, mais pourquoi l’ensemble de la classe politique peine-t-elle à prendre position ?

Des sénateurs ont proposé de régulariser la situation de la Guyane sur cette question de la religion. Le nouveau sénateur Karam semble s’en soucier actuellement. Il est lui-même conseiller général ayant donné quitus au président de cette assemblée pour ne plus payer les curés. Ira-t-il jusqu’au bout ? A-t-il déjà eu quelques assurances, il est membre du PSG (Parti socialiste Guyanais) fidèle allié du parti du président et du gouvernement actuel de la France ?
Concernant les autres élus, on en revient à l’explication que j’ai esquissée plus haut, ils sont captifs des « compétences» qu’on leur octroie et de l’agenda qu’on leur «suggère ».

L’impact de la religion en Guyane, est elle bénéfique ou pas pour le pays ?

Comme toutes choses il y a des aspects positifs et des aspects négatifs. On dira que la religion donne un code moral à ses pratiquants et les aide dans la vie et dans des relations apaisées avec leurs voisins ou congénères humains. Du point de vue spirituel elle permet de dépasser les conflits existentiels et rythme les relations sociales grâces aux rituels périodiques. Cependant il faut avoir le courage d’examiner les côtés pervers de la religion.
Disons d’abord que ce sont des hommes qui officient derrière le culte. Ils sont responsables des désordres causés par les religions. L’église, le clergé, les imams, les pasteurs, les ministres des cultes. Ils ont bâtis des pouvoirs, ils forment des castes, avec privilèges et ils ont plusieurs fois perverti le message d’amour des religions en démarches de haines, en guerres de religion, croisades et campagnes armées d’évangélisation hors de leurs frontières nationales.
Dans le cas de la Guyane, nous devons avoir le courage de reconnaître que l’église, notamment catholique, a été l’alliée zélée des armées colonisatrices et du pouvoir colonial dans les possessions françaises. Elle a cautionné l’esclavage au point qu’un pape a « demandé pardon » pour les fautes commises par l’église.
Jusqu’à présent, les églises, mosquées, synagogues ou autres organisations religieuses sont des autorités qui s’allient au pouvoir politique selon les circonstances.
Dans certains cas, ces autorités vont à contre courant. On a parlé des prêtres ouvriers en Europe, de la « théologie de la libération » en Amérique du Sud. On sait que l’église évangélique a beaucoup aidé dans la lutte pour les droits civiques des nègres en Amérique du Nord et, dans le cas de la Kanaky, les pasteurs évangélistes avaient pris fait et cause pour l’indépendance du territoire.
En Guyane, régulièrement, on sait que différentes églises sèment la confusion ou carrément l’hostilité envers les mouvements patriotes. Citons le cas d’un pasteur évangélique justifiant à Awala-Yalimapo la colonisation de la Guyane et l’évangélisation des amérindiens enfoncés dans leurs croyances obscures d’antan. N’oublions pas cet aumônier catholique de la communauté Haïtienne qui exhortait ses ouailles à ne surtout pas adhérer au syndicat UTG !
Bref, il faut être prudent envers ces institutions religieuses, toujours en relation avec un pouvoir politique, et qui sont tenues par des humains, faillibles. Y compris le pape et le Vatican.
Sur la question plus fondamentale de la croyance. Ce que je peux ajouter concernant la Guyane, c’est que les symboliques ancestrales ont cédé le pas face aux rites imposés par le colonisateur. Il s’est formé un syncrétisme entre les religions et croyances. Avec des résistances ici et là, je parle de l’héritage africain et amérindien. Avec une forte subsistance de superstitions les plus diverses qui empêchent de voir clair et d’avancer.
Je crois aussi que la situation sociale difficile et le faible niveau d’étude d’une fraction importante de notre population la poussent dans toutes sortes de religions ou églises pouvant lui apporter du réconfort sur terre et la promesse d’une vie radieuse après la mort. Lorsque les responsables du culte demandent ou conseillent à leurs pratiquants de ne pas s’impliquer dans la vie sociale du pays, ni même voter, ils jouent le rôle du pouvoir en place et transforment leurs fidèles en caution passive de la politique économique et sociale qu’eux-mêmes subissent !

Ressentez vous dans la vie de tous les jours une quelconque préoccupation du guyanais sur ce sujet ?

Pour revenir à la question du non paiement des prêtres, je pense que la majorité des habitants du pays ont finalement admis que c’est la communauté des fidèles catholiques qui doivent s’occuper des ministres de leur culte. C’est mon impression. Je ne pense pas que cette affaire perturbe leur quotidien.

Propos recueillis par Idéal Guyane.

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