Ils vivaient chacune de leurs histoires comme leur propre histoire

12 février 2015 de Maurice Pindard

Nivarev se balançait dans son hamac, son esprit s’est envolé. Il nous communique ce qu’il a vu et, une fois revenu, ce qu’il a ressenti.

…La nuit est tombée brusquement, le cris des crapauds, le bruissement des vols de chauves souris remplacent le vacarme des sauterelles. Au loin on entend la sirène du train express qui relie Cayenne à Maripasoula et on imagine la cohue sur le quai de la gare de Bonhomme.
Après une journée passée à pécher et à discuter avec des amis, je me prélasse dans mon hamac non loin d’Apouyou et de Hélène qui se balancent doucement eux aussi.
Tandis qu’à quelques mètres du carbet, face à la plage, Tho et Taïma se redisent leurs vœux, à moins qu’ils ne préparent en secret une nouvel argumentaire pour nous convaincre que notre Guyane devrait quitter l’OEA (l’Organisation des Etats Américains) pour celle plus progressiste des états amazoniens et caribéens.

Toute la journée entre deux coups de tramail, nous avons discuté et même parfois nous sommes disputés sur l’avenir de notre Guyane, sur son présent aussi, la passion nous faisant passer, presque indifféremment, du créole à la langue bushnenge ou au Kalin’a,.

Tho est chercheur en histoire, il dispense ses cours à la Faculté de Saül qui dépend de l’Université de Troubiran et travaille sur les influences réciproques des cultures africaines et amérindiennes dans la Guyane du 18ème siècle. Hélène était ingénieur à la mine d’or de Kotika, depuis, elle est retournée dans sa ville d’Apatou où elle a crée une entreprise de mise en conserve des produits à base de fruit à pain et de manioc. Apouyou est diplomate en poste, depuis deux mois, à Georgetown après avoir passé trois années à Brasília. Taïma est conducteur de travaux et réalise un projet de d’habitations en bois du pays à Camopi qui fait appel autant au sens artistique qu’à la technicité.

Quand à moi je suis …

POW !!! Je sursaute, je suis trempé, j’ai froid, j’ai une vague douleur sur le coté et le contact du plancher est plutôt rude. Je me suis assoupi dans mon hamac sur la petite véranda et le vent, la pluie qui chasse et surtout l’orage qui gronde se sont chargés de me mettre les idées en place.

Encore une fois j’ai rêvé !
J’ai rêvé, mais est-ce vraiment inaccessible ? Quel chemin prendre ?

Angoisses. Il était bien ce rêve. Apouyou, Hélène, Taïma, Tho parlait les langues de notre pays, ils se connaissaient, ils connaissaient aussi l’histoire de chacun et surtout ils vivaient chacune de ces histoires comme leur propre histoire.

Voilà peut être une piste : comment prolonger ces initiatives de particuliers et d’associations qui expriment côte à côte les différentes formes d’expression culturelle des populations de notre pays ?
Comment prendre en compte l’exigence de reconnaissance d’une identité, de pratiques ou d’usages portés par certaines de ces associations ?

Peut-être par des politiques publiques en matières d’éducation, d’aménagement, de…….. Mais, je rêve ! Non, je sens qu’il faut se réveiller pour réaliser ce rêve.

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