Tchouké Wéy*

7 novembre 2014 de Maurice Pindard

Hommage au Gran Man Doudou, un Grand Chef qui va rejoindre les ancêtres. Condoléances à toute sa famille, à ses proches. Salut  au peuple Aluku, aux peuples BusiNenge, au peuple Guyanais  dans sa diversité.  Que ses funérailles à Papaïchton nous rapprochent davantage.

Maurice Pindard revient sur des sujets qui ont émaillé l’actualité des dernières semaines.

Idéal Guyane : Le MDES a réagi aux expulsions de Chaton, environ 50 familles, cela t’inspire quoi ? La question foncière est une problématique sur Cayenne mais aussi sur l’ensemble du territoire, quel est ton avis sur la question ?

Maurice Pindard : Les expulsions de Chaton ont mis en lumière l’implication de l’Etat aux cotés de la mairie de Cayenne et d’un opérateur privé dans un montage inédit pour une opération immobilière de réhabilitation d’un quartier de Cayenne. C’est d’abord cette collusion entre privé et autorité qui choque. On se demande ce qui se trame. On a même vu des avocats venir expliquer que c’était une procédure légale. Ensuite c’est l’investisseur privé potentiel qui dit qu’il a  fait un coup de poker car il n’est pas sûr que ce soit lui qui sera retenu par la commission d’appel d’offre. Finalement la mairie retire son droit sur ces terrains et renonce aux projets que la maire venait de vanter sur les ondes. Cela ressemble à une affaire d’argent et de relations qui sent la manigance politique. Une autre question a interpellé l’opinion publique guyanaise, c’est le fait de donner 5000 euros à des « étranger », plus ou moins illégaux, pour qu’ils quittent leur squat et en même temps la Guyane. Propos contradictoires du préfet où finalement l’on n’est pas sûr que ces personnes rejoignent leur pays d’origine. Cela reviendrait à indemniser des squatteurs alors que les propriétaires de terrains et de maisons ont les pires difficultés pour faire évacuer leur terrains ou maisons squattées . Alors que la législation en vigueur semble protéger davantage le squatteur que le propriétaire.

Mon point de vue sur ce sujet c’est de le mettre en rapport avec la situation générale d’un pays à l’envers. L’état français est propriétaire de plusieurs bâtiments publics squattés depuis des années ou encore en délabrement et non utilisés. A Chaton il s’agit de maisons de gendarmes et le bâtiment de plusieurs étages qui fait face à la zone concernée est inutilisé depuis que les gendarmes ont déménagé cela fait plusieurs années ! C’est à dire que l’état français permet des squats et de l’habitat insalubre sur ses propres propriétés. Au lieu de donner l’exemple. Ensuite il s’implique dans un montage douteux et le défend en public. En subventionnant des squatteurs en prétextant que c’est une aide au retour !! D’autres illégaux sont reconduits sans ménagement. On a vraiment l’impression que l’état français fait ce qu’il veut au mépris de ses propres lois et au mépris de l’opinion publique guyanaise.

Quant à la question foncière, tant que les terres de Guyane resteront propriété de l’état français, aucun problème de développement ne sera sérieusement réglé. Pour les routes, pour l’agriculture, le logement, les emprises foncières diverses, entreprises, école etc, tout le temps, les autorités guyanaises doivent « faire une demande » aux autorités françaises. Celles-ci peuvent refuser et sont seules juges de l’opportunité de nos choix ! Malgré les offensives et la résistance des associations, il reste que toute politique publique ambitieuse est freinée par la situation de propriété étatique exclusive de nos terres datant de la royauté en France. Blocage qu’il faudra absolument lever.

I.G : Que penses-tu des récentes victoires de Dilma Rousseff au Brésil et Evo Morales en Bolivie ?

M.P : Si le Brésil avait basculé à droite, cela aurait été un retour en arrière. Malgré les reproches que l’on pourrait adresser à la gouvernance du PT, l’opinion publique brésilienne a tranché et pour le continent sud américain c’est une bonne chose. En effet dans cette partie du monde il se passe des révolutions non violentes, non armées, qui progressivement rétablissent la voix des plus démunis et expérimentent des projets de sociétés novateurs. Nous avons de la chance d’évoluer dans ce climat qui doit nous inspirer. Le peuple brésilien montre sa maturité politique parce que dans le même temps il est capable de descendre dans les rues pour demander l’accélération des réformes sociales, PT ou pas PT.

L’exemple de la Bolivie est essentiel. Le président est un ancien syndicaliste, amérindien, marxiste. Il vient d’être réélu pour la troisième fois à 60% des voix. Il a entrepris des réformes importantes pour améliorer les conditions de vie de la population et nationalisé des entreprises étrangères, dans le pétrole et le gaz notamment. Les bénéfices reviennent ainsi au territoire pour les programmes sociaux, l’éducation et les infrastructures. Pour la prise en compte du fait amérindien, il a fait modifier la Constitution de 2009 en donnant aux peuples autochtones la possibilité de « libre détermination » dans le cadre d’un « état plurinational ». Sur le plan international ses prises de positions sont claires, il assimile lui-même sa réélection comme une victoire des anti-impérialistes et des anti-colonialistes.

Les pays du continent Sud Américain ont mis en place des structures internationales qui visent à leur intégration régionale et à l’indépendance vis à vis des politiques agressives des puissances occidentales et des Etats-Unis. Ils ont créé avant la mort de Chavez la Communauté des Etats de l’Amérique Latine et des Caraïbes (CELAC) pour renforcer leur coopération.

Nos sommes vraiment dans un environnement de progrès pacifique qui tranche avec ce qui se passe sur les autres continent. Il faut citer aussi, le Chili, le Pérou, l’Uruguay et l’Argentine en n’oubliant pas Cuba qui a reçu récemment l’appuis de presque tous les pays du monde contre l’embargo des USA. Nous pouvons mentionner aussi le Guyana et le Surinam.

Nous avons tout à gagner à nous rapprocher de nos voisins naturels.

IG : L’ancien dictateur d’Haïti Jean-Claude Duvalier est mort le 7 octobre sans être jugé pour ses crimes, as-tu envie de t’exprimer sur cette actualité ?

MP : Il est toujours intéressant de parler d’Haiti parce qu’une propagande fausse circule sur ce pays que beaucoup considèrent comme maudit. Je voudrais simplement rappeler qu’Haïti prend son indépendance en 1804 après une dure et longue guerre notamment contre les armées françaises et que la France a imposé au jeune état une dette d’indépendance. C’est une somme d’argent que Haiti devra payer pour que la France admette sa liberté. Haiti paiera jusque dans les années 1950. Certains auteurs parlent d’une somme totale qui équivaudrait à 17 milliards d’Euros ! La France impose un blocus maritime pour obliger le pays à commencer à payer, et, bien sûr, c’est aux banques de Paris que l’état Haïtien doit emprunter, avec intérêts !!! Ensuite c’est une succession d’ingérence économique, politique et militaire des pays occidentaux et des Etats Unis d’Amérique. C’est dans ce contexte qu’apparaissent Duvalier père et fils, soutenus, entraînés et encadrés par les puissances d’occupation.

Cela n’excuse pas les actes barbares commis par cette famille et d’autres profiteurs locaux qui participent à la ruine du pays et à la pauvreté de leur peuple.

On peut donc regretter que Baby Doc n’ait pas pu répondre de ses actes devant les tribunaux avant sa mort.

IG : L’ESPE manque d’enseignants et de formateurs alors que la population estudiantine se trouve, elle, en croissance constante. Najat Vallaud Belkacem de passage en Guyane a promis la création de 60 postes d’enseignants d’ici les 4 prochaines années. Qu’en penses-tu ?

MP : Les ministres passent et annoncent des nouvelles. Les règles sont celles de la France, ils ont la décision et l’argent de la décision. Et nous devrions nous féliciter des avancées ! Parce qu’il y a toujours des annonces… Tant pis si les mesures ne sont ni adaptées ni au niveau de la demande. L’essentiel serait d’accepter qu’il y ait des avancées. Ce sont vraiment des rapport malsains qu ‘il faut changer. Imaginons que nous ayons besoin de 60 enseignants par an, la ministre nous en donne 60 sur quatre an, soit 15 pour chaque année. Alors, on fait comment ??? On continue à sacrifier des générations , et il faudrait applaudir en plus !!!

I.G : Une école fermée début octobre, des parents déterminés et en colère, annulation des élections municipales. Peux-tu nous parler de la situation à Camopi ?

M.P : Cette question est en relation avec la première. Il n’y avait pas assez d’enseignants !! il en manquait 7 ! les parents ont eu raison de se mobiliser et comme d’habitude le rectorat a trouvé des solutions de raccommodage. En attendant la rentrée prochaine. En fait c’est avec ce cycle de l’échec qu’il faut rompre.

Quant à l’élection qui aura lieu ce mois-ci, elle remet face à face René Monnerville et Joseph Chanel. Le premier a montré son positionnement en faveur de son peuple notamment lors des suicides. Il a réclamé l’intégration réelle de sa commune au reste de la Guyane en militant pour son désenclavement et en demandant la levée de l’interdiction de circulation sur le haut Oyapock. Il a aussi tenu tête à l’administration préfectorale et à celle du Parc du Sud en refusant de voter la Charte du Parc. Il est soutenu par plusieurs organisations progressistes. Par contre, il semble que le PSG fait campagne sur l’Oyapock en faveur de Chanel, homme traditionnel de droite, soutenu au premier tour par des royalistes français. On peut s’interroger sur les motivations du leader de ce parti dans la région, le maire de St Georges.

IG : Une information passée presque inaperçue, pas de vague : le site en ligne France Guyane ainsi que Guyane 1ère radio ont annoncé que l’ancien ministre délégué au tourisme, actuel maire de Saint-Laurent, Monsieur Léon Bertrand, avait écopé d’une condamnation à la prison de ” 20 mois, dont quatre avec sursis”, lors de l’audience de la Cour d’appel de Fort de France. Soit 16 mois ferme. Que faut-il en penser ?

M.P : Il s’agit donc d’une confirmation de la condamnation à la prison ferme de Léon Bertrand assortie d’une forte amende et d’inéligibilité pendant deux ans ! Et son pourvoi en cassation portera sur les procédures et non sur le fond. C’est à dire que lui qui fait confiance en la justice de son pays, elle vient de le juger coupable de corruption et lui inflige un peine sérieuse ! Alors tactiquement il joue sur son recours qui est suspensif et compte sur le temps que prendra la cour de cassation pour se réunir sur son cas pour rester le plus longtemps possible aux commandes de la mairie de saint Laurent et de la CCOG. Mais il a bien été condamné une deuxième fois par « sa  » justice.

Cela fait penser à Gaston Flosse, en Polynésie. Après la confirmation de sa condamnation par la cour de Cassation il a fait une demande de grâce au président de la République française et a pu se maintenir quelque mois de plus, jusqu’au refus de sa grâce et sa destitution, finalement …

IG : La Région récupère les compétences en termes d’attribution des permis d’exploration et d’exploitation des ressources minières off-shore, jusque-là dans les mains du Préfet. En effet, l’article 48 de la loi du 13 décembre 2000 d’orientation pour l’outre-mer, prévoyait le « transfert aux régions ultramarines de la compétence de délivrance des titres miniers en mer » mais aucun décret d’application n’avait été pris depuis. Le Conseil d’Etat a tranché mardi en demandant au Parlement de mettre en place ce décret dans les 6 mois… » Qu’en penses-tu ?

MP : Après 14 ans, une décision du Conseil d’Etat vient contraindre le gouvernement à prendre les décrets d’application d’une loi!!! Il faudrait déjà dans un 1er temps que celui-ci s’exécute. Moi, je demande à voir le texte. En effet, les compétences transférées sont toujours assorties de conditions, elles sont toujours encadrées. Il faut donc attendre le décret. Ce que nous demandions , dans le projet guyanais, c’était la maîtrise des ressources minières, terrestres et maritimes. Pas seulement le droit de délivrance de titres miniers off-shore!

* coup d’œil.

 

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