Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Un peu de septembre 14

1 octobre 2014 de Maurice Pindard
transport scolaire

 

Idéal Guyane : Maurice Pindard, le Blog est silencieux en ce mois de rentrée, que se passe-t-il ?

Maurice Pindard : Nous essayons de construire ensemble. C’est l’avenir et c’est le plus difficile. Les trajectoires des uns doivent recouper celles des autres. Et pendant ce temps, les cycles de la vie de chacun s’imposent dans notre course commune…

Idéal Guyane : Vous paraissez bien philosophe, il s’est quand même passé des choses pendant ce long mois de silence sur le Blog

M.P : C’est vrai. Puisque l’on parle de rentrée, parlons de l’école. Une nouvelle avait secoué les syndicats de l’éducation pendant le mois d’août. Des centaines d’élèves de troisième ne trouveraient pas de place au lycée. Le rectorat préconisait des redoublement forcés, des classes en surnombre et un envoi massif en apprentissage. Il semble que les chose se soient tassées. Quoique, environ deux cents élèves sont toujours en attente d’affectation. De toute façon, nous sommes de façon chronique dans une crise de ce secteur. Des milliers d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, l’on n’entend pas de nouvelles du dit « observatoire de la scolarisation » et, pour résumer, il y a une inadaptation du système scolaire français aux réalités de la Guyane. Le débat sur les rythmes scolaires vient masquer le débat de fond. On s’agite sur la semaine de quatre jours et les activités périscolaires est surtout un sujet franco-français. Ici, nous en sommes toujours à assurer le suivi de cursus scolaire à nos enfants, leur réussite aux examens et aux passages aux différents paliers CP, 6ème, Seconde, Bac, Université. Notre débat est celui des constructions scolaires et du bon accueil des élèves dans nos structures éducatives. La question des doubles vacations n’a pas été résolue par exemple. C’est à dire, faire fonctionner les écoles alternativement le matin et l’après midi avec des classes différentes. De plus, chez nous, si l’on veut évoquer les rythmes scolaires on fait comme si le climat de Guyane était celui de la France. Notre rentrée et nos vacances scolaires sont calquées sur celle d’un pays tempéré aux quatre saisons. Quant à la question de l’adaptation des programmes et des contenus, on préfère ne pas trop en parler. Et tous les acteurs contribuent à la machine à déculturer qu’est l’école en Guyane. Sauf initiatives ponctuelles, esseulées, dévouées et louables.

Idéal Guyane : Vous évoquez une remise en cause globale du système éducatif ? En attendant il faudrait quand même un professeur dans chaque classe !

M.P : Que le Rectorat soit dépassé c’est une réalité. Que la valse des responsables soit inadmissible notamment au Rectorat, bien sûr. Que les parents se mobilisent c’est nécessaire. Il faut assurer le quotidien. Mais il faut aussi parallèlement admettre que c’est tout le système qu’il faut changer et commencer à réfléchir sur une alternative globale de rupture avec une situation piégée à la source. C’est malheureusement bien de cela qu’il s’agit !! L’avenir de nos enfants et du pays en dépend.

I.G : 6 candidats se présentent à l’élection sénatoriale. Pensez-vous que les 2 sénateurs qui seront élus seront plus efficaces que les deux précédents. Y-en- a-t-il un qui se démarque des autres ?

MP : Hélas ! De mon point de vue ce sont des gesticulations de diversion. C’est la fonction électorale la plus éloignée du citoyen. Seuls votent ce que l’on appelle les grands électeurs (conseillers municipaux, généraux et régionaux). Le Sénat est l’instance la moins connue, la moins présente, la moins décisive, la plus conservatrice. Qu’allons nous chercher là ? Si ce n’est faire comme les autres, les autres départements français. C’est du mimétisme, du conformisme. Sans compter que pour beaucoup de politiciens l’élection au Sénat est comme un recyclage politique assurant une bonne retraite. L’élément qui détonne c’est le jeune Gamal. S’il est élu et honnête il s’apercevra lui-même de son inefficacité là-bas.

IG : On dit que Karam et Alexandre ont fait un deal pour les sénatoriales et la nouvelle collectivité.

MP : je ne suis pas dans leur intimité. J’ai lu et entendu. Rien ne m’étonne. Ce dont il faut se souvenir est de l’attitude de Karam lors de l’élection au Conseil Régional en 2012. Il était le président sortant, membre éminent du PSG (Parti Socialiste Guyanais) et ne se représentait plus. En toute logique il aurait du faire campagne pour le candidat de son Parti. On ne l’a pas vu, on ne l’a pas entendu. Alors qu’Alexandre, dissident du PSG, leader de Guyane 73 menaçait de ravir le poste en surfant sur la vague du référendum de 2010. Les instances du PSG étaient choquées ! Cela sentait l’intrigue. De toute façon, la pratique politique de ces formations et de leurs représentants n’est pas guidée par la morale ou l’éthique. Il s’agit d’être élu, c’est tout, et tout est bon pour y parvenir. On observe les louvoiements des uns et des autres, à la recherche du meilleur tremplin, de gauche à droite, de parti en parti.

IG : Peut-on alors avoir confiance en La politique ? Avec un grand L.

MP : Moi, je crois qu’il est possible de gouverner avec morale. Mais peut-on être élu ainsi ? La réalité nous montre que l’on peut être poursuivi et condamné par la justice pour des faits de corruption et être quand même populaire et élu. On peut mentir, mentir, s’enrichir, abuser de la fonction électorale sans moralité et être constamment réélu ! C’est donc le système électoral qu’il faut remettre en cause. Par exemple un seul mandat renouvelable une seule fois ! Ou encore le vote obligatoire. Faire de façon que l’élu soit désintéressé, ne puisse s’enrichir personnellement et soit révocable en cours de mandat.

IG : En attendant, malgré tous les dispositifs, la violence ne baisse pas. Braquage hors et dans l’école. Un collectif « tròp vyolans » a été créé. Comment faire ?

M.P : J’ai eu l’occasion de dire qu’il s’agit d’un signe qui nous montre que la société est malade. Et que la réponse doit être globale. Nous sommes un pays sud-américain. Notre population est très majoritairement sud-américaine. Nous sommes un pays non développé et peu peuplé. Nous avons un système social de type européen du XXIème siècle plaqué sur une réalité qui ne lui correspond pas. Nous avons donc les problèmes de fond des sociétés sud américaines en voie de développement avec une législation qui ne nous est pas adaptée. Avec un chômage de 30%, de 40% chez les jeunes comment canaliser leur agressivité et satisfaire leurs besoins vitaux de base. Nous produisons des voleurs et des violents ! Forcément, certains d’entre eux deviennent des délinquants ! Comment l’école les accueille-t-elle et devrait être accueillie dans les quartiers. Comment s’insère-t-elle ? Quelle activité propose-t-elle pour participer à la sérénité des quartiers et promouvoir le savoir et le respect du savoir ?

Sur la répression, les policiers guyanais savent bien qu’ils sont désarmés du fait même des lois françaises et de la politique de la France en Guyane ! Par exemple la question des commissariats pour les villes de plus de 20 000 habitants. J’ai eu à montrer que c’est dans la ville où il y a le plus de forces de l’ordre et le plus de dispositifs, Kourou, qu’il y a le plus de violence !! Il faut changer les choses mais l’état français, la préfecture, ne le veut pas . Ce qui ne veut pas dire qu’il faut rester inactif et que l’action des collectifs est complètement inutile.

IG :La circulation des habitants de Saint-Georges et d’Oiapoc sera très prochainement régie par une carte de transfrontalier, permettant un séjour de trois jours sur la rive d’en face. Ses détenteurs n’auront besoin d’aucun autre document d’identité. Un laissez-passer voulu depuis 2011. Mardi dernier, le Journal officiel brésilien rendait public le texte définissant les contours de la carte. Pour que ce nouveau régime soit appliqué, reste à réunir une commission administrative franco-brésilienne qui définira les cas d’exclusion de l’attribution du titre : Qu’en pensez-vous ?

MP : 3 ans pour que des frontaliers de 300 ans puissent séjourner 3 jours de part et d’autre du fleuve commun !! quel progrès !! Pour moi c’est ridicule et cela montre encore comment le jeu est piégé par les autorités françaises. Dans le même temps il y a libre circulation entre les pays européens et les Brésiliens n’ont pas besoin de visa pour aller en France mais il leur en faut un pour venir en Guyane ! Encore une fois cela ne veut pas dire que tout est négatif. Il faut mieux cela que rien, mais franchement, c’est ridicule ! On fait comme-ci la population de St Georges, de Camopi ou de Ouanary n’est pas apparentée à la population qui vit de l’autre côté du fleuve.

IG : Il faudrait davantage qu’un article pour épuiser les sujets de cette rentrée 2014, mais dites nous, ce qui se passe en Ecosse et le vote du 18/9 sur leur indépendance, l’effet domino que cela pourrait provoquer avec les Catalans, les Basques, les conséquences sur notre pays, quelle réflexion, quelle analyse en tirer ?

MP : le sujet est vaste. Les britanniques, Londres, ont accepté de faire, une fois de plus, un référendum sur l’indépendance de l’une de leurs régions, l’Ecosse. C’est le premier point. En Guyane la France refuse catégoriquement cette possibilité ! La consultation qui a été faite en 2010 ne portait que sur la création d’un statut à l’intérieur de la constitutions française. Et encore, il a fallu des dizaines d’années de luttes multiformes, sociales, politiques, avec manifestations de rue, répression, arrestations. Pour qu’au final le gouvernement français piège la consultation en posant deux questions liées à 15 jours d’intervalle. Pays des droits de l’homme disent-ils !!

La deuxième chose que je remarque c’est le pourcentage élevé du « Oui », 45% !! Et lorsque l’on regarde dans le détail, c’est la proportion élevé des seniors, plus de 60 ans, qui a fait la victoire du « OUI » qui est minoritaire dans les catégories les plus jeunes !!

Enfin, c’est un événement qui doit nous faire réfléchir. Les provinces espagnoles sont autonomes constitutionnellement et certaines demandent leur indépendance. Les provinces portugaises de Madère et des Açores sont autonomes. L’Ecosse, elle-même, a une large autonomie avec un parlement et un drapeau. Les îles d’Aruba, de Bonaire et de Curaçao sont autonomes par rapport à la Hollande. Les colonies françaises des Antilles et de la Guyane sont verrouillées dans l’assimilation et la consultation piégée de 2010 est un prétexte pour vouloir clore le débat qui n’a même pas vraiment commencé. Tandis que l’ONU a réinscrit la Polynésie sur la liste des pays à décoloniser en 2014 après la Nouvelle Calédonie en 1986. La route de notre émancipation existe donc, même si, pour l’instant, elle est entravée, par la puissance de Tutelle, contrairement aux Droits Fondamentaux et au Droit international .

 

 

 

 

 

 

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