Rien ne va plus à Camopi, Joseph Channel reprend les habitudes d’un bon serviteur de l’état.

28 avril 2015 de Idéal Guyane

Nous avions eu l’impression depuis quelques temps que le vote 100% droite ou gauche, selon la période, à Camopi, commune des natifs Téko et Wayanpi, était révolu.
Avec l’élection de René Monnerville, des revendications justes voyaient le jour. Camopi commune enfermée, impénétrable sans l’accord préfectoral, s’ouvrait au « Péy ».
Lors de la dernière élection municipale, à la surprise générale J.Chanel, ancien magistrat de la commune et à qui un président français avait offert un moteur afin de transporter des orpailleurs clandestins fut élu. Aujourd’hui il y a conflit sur l’adhésion au parc décidé par Mitterand au Brésil.

Alors Maurice Pindard, Camopi vous connaissez pour avoir participé à ce travail d’émancipation qui avait permis d’entrevoir un changement avec Monnerville.
Comment expliquer ce retournement de tendance dans la commune des « Téko, Wayanpi ». A-t-il eu faute politique de Monnerville et de ceux et celles qui l’avait supporté ou d’autres difficultés expliquant le changement politique à la tête de la commune ?

On pensait effectivement que les amérindiens du Haut Oyapock étaient définitivement estampillés « droite ». ET qu’ils ne pouvaient voter que comme un seul homme, avec 95 % des voix pour le candidat choisi par l’administration française.
Puis, un jour d’élection municipale, en 2008 un jeune maire était élu contre J.Chanel, candidat du gouvernement, de la droite traditionnelle. Plusieurs amis avaient travaillé au succès de ce changement. Le MDES avait pris une part décisive.
Ensuite intervenait la consultation populaire de Janvier 2010 avec un résultat inédit dans cette commune : les électeurs de Camopi et Trois Sauts ont acquis une maturité qui leur permet de s’affranchir des consignes du gouvernement français et des capitaines ou élus à leur botte.

Enfin le score obtenu par d’Edy Pollux du MDES à l’élection régionale de 2011 dans la région du Haut-Oyapock montrait que des candidats de gauche pouvaient être élu dans ce traditionnel bastion droitiste.

Sur le terrain des associations se créent, des jeunes se mobilisent, le discours s’ouvre sur l’extérieur, sur la Guyane. Au point où le Maire réclame la fin de l’autorisation préfectorale préalable pour se rendre au bourg de Camopi.
Le Conseil Général se mobilise pour le désenclavement aérien, une piste bétonnée est construite, on avance.

Cependant, les problèmes quotidiens de fond persistent : enclavement, éloignement, manque de services publics sur place, pas de travail, pannes régulières des équipements de base, électricité, eau potable, téléphone et internet, etc. les suicides des jeunes continuent.

Parallèlement à cela, l’état français s’organise avec ses administrations sur place, gendarmerie, parc du sud. Il fait pression sur le jeune maire, contrarie ses projets et remet en selle Chanel. L’UMP essaie de faire du neuf avec du vieux. A l’élection de Mars 2014 Monerville repasse de justesse et son rival obtient l’annulation du scrutin. En Novembre , Chanel redevient maire de la Commune de Camopi. C’est au tour de Monerville de contester le résultat, notamment au bureau de vote de Trois Saut, sur un argument en béton, l’absence d’affichage mais il est hors délai et le tribunal le déboute !

Voici brièvement, d’un point de vue électoral, comment à basculé le progrès dans cette région.

Dans le détail, la réalité est vraiment plus complexe parce qu’entre temps d’autres partis politiques entrent en jeu et courtisent René Monnerville. Ils ont des arguments, leurs élus sur Cayenne, leurs grands élus sur Paris. Celui-ci se laisse séduire. Son discours devient ambigu, il essaie de « jouer le jeu » et prends ses distances avec le MDES et ses camarades sur place. Il n’entretient pas sa popularité et se brouille avec des proches au point où des jeunes menaçaient de présenter une liste dissidente .
Cependant la question de l’adhésion de la Commune de Camopi au Parc du Sud était toujours en suspens ! Monerville affichait son désaccord, il avait démissionné du conseil d’administration du Parc et s’acheminait vers un rejet de la Charte du Parc.

C’était l’élément de trop pour le camp assimilationniste, état français et partis de droite qui décident de remettre en place Chanel, en Novembre 2014 comme je l’ai dit plus haut.

Dans cette partie, le « parisien », c’est à dire le domino piège, vient du PSG, sur l’Oyapock ! En 2008 leur leader est battu par une coalition. Il rumine sa vengeance et l’obtient en 2014. Georges Elfort redevient maire de St Georges en battant Mme Mathurin-Brouard. Il aurait pu s’en satisfaire, mais le ressentiment est plus fort. Alors, pour compenser sa perte d’influence dans cette région, pour contrer Monerville qui affiche son indépendance à son égard et affaiblir d’autres partis politiques de gauche sur le terrain, notamment le MDES qui faisait partie de la coalition de 2008, pour s’assurer la présidence de la Communauté des Communes de l’Est, l’équipe socialiste du fleuve frontière fait campagne, sur le terrain, pour Chanel.

Les instances centrales du PSG n’ont jamais fournis d’explication à cette prise de position « arriérée » de leur section locale !
Sans cet appui, Chanel ne passait pas, ils ont été les complices actifs de l’élection d’un homme de paille aux mains de l’autorité française.
A noter que le secrétaire de mairie actuel de Chanel est la même personne que dans les années d’avant Monnerville et que depuis 2014 il était le conseiller du maire de St Georges. Comme quoi ! !

Aujourd’hui c’est l’imbroglio sur l’adhésion ou pas de la commune de Camopi. Tout d’abord comment expliquer l’adhésion des autres communes du parc avec autant de facilité. Le travail d’information avait-t-il été effectué aussi ?

Ce qui explique fondamentalement l’adhésion des communes au Parc c’est la technique qu’utilise cette institution pour obtenir leur accord. Les discussions ne portent pas sur le bien fondé d’un Parc National sur une telle surface. On ne demande pas l’avis des communes sur l’utilité d’une gestion particulière de presque tout leur territoire. Non ! Les agents du parc insistent surtout sur ce que le Parc peut apporter en tant qu’équipements, argent ou travail !! appontements, subventions, emplois divers, aides financières.
Comme ces offres s’adressent à des communes sous-équipées, sous développées, négligées par les politiques publiques, celles-ci voient un intérêt concret dans le Parc, ce qu’il peut « lâcher ». C’est pour cela qu’elles acceptent !
Comme d’habitude, les autorités françaises trompent les habitants pour qu’ils acceptent leur projet décidé en haut lieu sans concertation préalable avec les principaux intéressés.
Il s’agit de manipulation et de mépris mais, si on écoute Chanel et les autres maires concernés, c’est le principal argument qu’ils font valoir devant leur population : le parc va nous donner ceci, le parc va nous donner cela !!

Il faut ajouter que certaines communes ont été réticentes. St Elie a traîné du pied , Papaichton s’y est pris à deux fois, Maripasoula aussi. (!)
Un collectif a été créé , Chimakan, pour encourager les communes concernées à refuser l’adhésion au parc et à sa charte.

La décision a-t-elle été prise ou pas par ce conseil municipal lors de ce vote à main levée et à quoi peut on s’attendre demain pour le parc amazonien, Camopi et la Guyane ?
Examinons les faits. Les élus de Camopi étaient convoqués le 8 janvier 2015 à une séance ordinaire du Conseil Municipal du 14 Janvier. La convocation est signée par le Maire Chanel. A l’ordre du jour, le deuxième point était :
« Adhésion à la Charte du Parc Amazonien de Guyane ».
Le compte rendu de cette réunion est paru, cosigné par le Maire et le secrétaire de séance, sa quatrième adjointe.
Sur l’Adhésion à la Charte du Parc, le compte rendu dit exactement ceci :
« après explication, définition et contenu exact du rapport n°2 relative à la charte du Parc Amazonien aux habitants de Camopi par madame Gladys, traduit par monsieur James et monsieur Mata Jérémie, qui avait eu lieu avant le conseil municipal.
Vote à main levé.
A l’unanimité contre la Charte du Parc Amazonien,
13 voix contre
0 voix pour
O abstention »

Les autres points sont rédigés de la même façon.

Voici ce qui a été dit et fait ce 14 Janvier à la mairie de Camopi. Le conseil municipal a rejeté à l’unanimité la Charte du parc Amazonien !!

Problème !! l’administration Française avait prévu une parade.
En effet, suite à ce Conseil, le maire aurait du, obligations légales, d’une part publier par affichage les décisions du conseil, d’autre part les transmettre (sous une forme écrite qu’on appelle aussi délibération) au contrôle de légalité, le préfet. Une fois ces formalités accomplies, les délibérations du conseil auraient été exécutoires.

Au lieu de cela, On a « conseillé » au Maire de ne pas rédiger ni envoyer la délibération à la préfecture ! Ce qui permet au représentant du préfet de déclarer à la télé qu’il n’a reçu aucun acte administratif du conseil municipal du 14 janvier 2015 et de laisser croire que cela veut dire que le conseil n’a pas délibéré ! C’est ainsi une façon de légitimer la tenue d’un autre conseil qui serait favorable à la Charte !!

De son coté, Chanel s’empresse de dire que le conseil du 14 n’avait pour objet que de discuter du sujet et qu’il convoquera un conseil municipal spécial le 17 mai afin obtenir un vote positif pour la Charte du Parc Amazonien. !!!

je précise que c’est tout à fait illégal ! Dès qu’un Conseil a voté sur un point qui était à l’ordre du jour, il a délibéré. Le reste est une affaire de rédaction de papiers à afficher et à transmettre. C’est tout.

Le conseil municipal du 14 janvier 2015 de Camopi a bel et bien délibéré contre la Charte de Parc Amazonien à l’unanimité. Même Chanel a voté contre !!

Les juristes avaient déjà signalé le fait, le collectif Chimakan demande où est passé la délibération du 14 janvier mais aucune investigation sérieuse n’est faite de la part des médias pour informer la population de la supercherie grossière qui se passe sous nos yeux.

Il faudra donc que les uns et les autres attaquent le maire au tribunal pour non respect de ses obligations légales. Ce qui peut lui valoir une condamnation. Que d’autres formes de protestation s’affirment.
Ou que les collectivités majeures comme le Conseil Général et Régional admettent la situation de sous développement du Haut -Oyapock et décident de voter une aide spéciale pour remettre à niveau ce territoire.
Ainsi, le chantage aux équipements du Parc aura moins de prise.

Idéal Guyane.

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