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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Le Droit ou La morale, il faut choisir

14 mars 2012 de Maurice Pindard
Stock Photo

Distribution d’alcool aux amérindiens,

L’avocat du président du conseil régional de Guyane déclare cette première semaine du mois de mars2012 que l’alcool n’est pas un produit illicite, ce n’est pas de la drogue, il n’est pas interdit d’en amener ou d’en donner. Dire qu’une organisation politique a distribué de l’alcool sur le haut Oyapock n’est donc pas une diffamation. L’honneur de l’organisation visée n’est pas entaché.

Du point de vue du droit, on peut comprendre que l’avocat de la défense utilise tous les moyens juridiques et toutes les argumentations possibles. Il agit en tant que technicien du droit afin de défendre au mieux son client accusé de diffamation.

Cependant cette prise de position pose plusieurs problèmes.

1)      Peut-on concevoir qu’un individu déclare sur les médias qu’il n’est pas interdit de distribuer de l’alcool aux amérindiens de Guyane en période électorale !

Aucun politicien ne se risquerait à faire une telle déclaration publique.

Pourquoi ?

Parce l’alcool est une des plaies des communautés amérindiennes de Guyane, notamment dans les régions isolées. L’alcool provoque les pires déviances sociales. Les communautés isolées sont aussi touchées par le suicide des jeunes.  Dans ce contexte,  amener de l’alcool dans les régions reculées de Guyane en période électorale est  considérée par l’opinion publique guyanaise et, certes, internationale, comme une faute morale, une marque de mépris de l’être humain, une caution de l’avilissement de l’homme, un encouragement à la consommation de produit addictif dans l’unique but de gagner des élections dans des régions  où les électeurs sont peu informés, influençables et embrigadés par des membres influents , chefs coutumiers ou capitaines de villages.

2)      Cela se fait-il quand même ?

OUI, des organisations politiques ont pris l’habitude d’influencer le vote de ces populations en amenant des cadeaux substantiels aux chefs, fusils de chasse et cartouches, caisses de bières et de rhums, moteurs. Elles font aussi des distributions de cadeaux et de pain aux habitants. Ce sont des pratiques anciennes, courantes, et que certains partis politiques utilisent encore de nos jours.  Mais, bien sûr, personne ne s’en vante. Cela se passe dans des villages inaccessibles par le commun des mortels. Les intermédiaires sont discrets.

3)      Est-ce que ce sont des pratiques condamnées ?

Les organisations patriotiques, les organisations autochtones, les organisations internationales dénoncent régulièrement le recours à ces pratiques pour influencer le vote de populations déjà fragilisées par l’isolement et le non développement et les fléaux sociaux que sont le chômage, l’alcool et la drogue, ainsi que le suicide des jeunes.

4)      Est-ce diffamatoire d’accuser une organisation politique patriotique de distribuer de l’alcool aux amérindiens pendant les périodes électorales ?

Bien sûr, elle est mise aux rangs de ceux qui utilisent, en catimini, ces pratiques immorales et malhonnêtes pour gagner les élections.

5)      L’avocat de la défense peut-il utiliser l’argument de la légalité de l’alcool pour combattre le fait diffamatoire ?

NON, car même si ce produit n’est  interdit ni à la vente, ni à la consommation, l’opinion publique guyanaise et internationale condamne l’utilisation de l’alcool pour influencer le vote des électeurs, notamment dans les régions amérindiennes.

6)      D’autres aspects de la question doivent être abordés :

Quels sont les avocats de la défense du président du conseil régional ?

Ce sont tous les deux des vices présidents de la majorité du président. Ils ont fait la campagne électorale avec lui et sont coresponsables des pratiques immorales utilisées par ce courant politique depuis des années. Ce sont les plus mauvais avocats, car complices et bénéficiaires des votes influencés par l’alcool dans ces régions.

L’aspect le plus grave de la question c’est le fait qu’une personne qui est à la fois un  avocat, technicien du droit et un homme politique élu, vice-président  du Conseil Régional,  puisse déclare sereinement sur le média public qu’il n’est pas interdit de distribuer de l’alcool aux amérindiens en période électorale.

En faisant doctement cette démonstration juridique il justifie publiquement une pratique immorale, condamnée par l’opinion publique et dont est accusé de façon récurrente le parti politique auquel il appartient.

Grave, grave, grave.

Nous appelons les organisations autochtones, les organisations des droits humains et les citoyens conscients à dénoncer publiquement les propos inadmissibles de l’avocat, homme politique et défenseur du président du conseil régional.

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