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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Guyane, quoi de neuf après les élections ?

11 mai 2014 de Maurice Pindard
papaichton

Guyane, quoi de neuf après les élections ?
Maurice Pindard, après les élections municipales de mars et d’avril derniers, comment se porte notre chère Guyane?

Parlons géographie. De 90 000 km2 la Guyane ne compte plus officiellement que 86 000. Nous avons perdu 4000 km2 soit l’équivalent de quatre fois la Martinique ! je viens d’apprendre que le gouvernement français s’apprête à céder encore 5000 km2 à l’un de nos voisins. Nous aurons donc perdu près de 10000 km2 sans que personne ne sache pourquoi et n’ai été consulté. Quand celui qui gère votre territoire et en négocie l’intégrité n’est pas de chez vous, c’est que votre pays est sous sa tutelle !
Vous faites allusion au rapport colonial avec la France ?

Je dis tutelle parce que c’est un mot admis par tous et qui veut dire précisément que vous n’êtes pas majeur, vous n’avez pas le droit de décider pour les questions essentielles qui vous concernent. C’est un autre qui a le « droit » de le faire à votre place, même si c’est contre votre « intérêt propre »; Il faut rappeler d’ailleurs que c’était l’enjeu du vote réclamé par la quasi totalité des élus en 2010 : un statut défendant  » les intérêts propres  » du pays ( art 74 de la Constitution Française). Les électeurs, guidés par Sarkozy et Alexandre, ont préféré rester dans le régime 73. Régime qui permet à l’autorité de tutelle de négocier des morceaux de notre territoire sans nous consulter.
Revenons aux élections, de nouveaux élus sont en place, qu’en attendez vous ? 

L’une des premières chose à dire c’est que 9 maires sur 22 ont été changés. La plus symbolique est la maire d’Iracoubo dont nous saluions dans un article précédent le courage pendant la campagne électorale. Puis viennent, sans ordre préférentiel, Kourou, Saul, St Georges, St Elie, Maripasoula, Papaichton, Matoury, Régina. C’est presque la moitié. Cela veut dire qu’il y a eu réelle aspiration au changement et une mobilisation efficace pour sa réalisation.
Dans quel sens va ce bouleversement ? A part Saul, partout il s’agit d’une remise en cause des équipes en place. Les cas d’Iracoubo, Kourou et Matoury en sont des illustrations. Malgré les implantations réelles des maires sortants, ils ont été battus notamment par des alliances qui ont pu surprendre.
Les questions qui doivent se poser maintenant c’est dans quelles directions iront ces changements et qui en seront les bénéficiaires.

 

Le cas de Matoury a occupé une bonne part de l’actualité. que pensez vous des péripéties autour des adjoints au Maire ?

On ne donnait pas Roumillac battu. Ca a été presque qu’une surprise, et la victoire de Serville-Castor est mince, 45 voix. Ce qui motiverait n’importe quel perdant à faire tous les recours juridiques possibles. Cependant c’est une victoire d’alliance d’opposants connus contre une dynastie qui s’apprêtait à célébrer ses 50 ans de règne. C’est formidable!
Il est clair que des divergences existent entre les deux équipes qui ont fait l’alliance et elles doivent les gérer pour le bien de la population de la commune.
La question des adjoints est essentiellement symbolique et c’est pour cela qu’elle est passionnée. Les partisans de la liste « Oui c’est possible », beaucoup de guyanais des autres communes, attendaient de voir en direct ou à la télé les trois principaux élus de cette équipe revêtus de l’écharpe qui consacre le poste d’adjoint au maire qui leur revenait. C’est normal qu’il y ait eu de grosses incompréhensions et déceptions. C’est ce qui explique la démission publique du MDES de l’un des équipiers de Castor.
Maintenant, une fois passée l’émotion, il y a la réalité de la cohabitation entre les anciens opposants à Roumillac qui se retrouvent ensemble dans la majorité municipale. Les délégations que les uns et les autres ont finalement acceptées seront des axes de leur travail de conseillers municipaux, adjoints au maire ou pas et c’est sur leur efficacité sur les dossiers dont ils ont la charge qu’ils devraient être jugés.

 

Et Kourou ?

La situation à Kourou nous montre à quel point les positionnements politiques traditionnels ne reposent pas sur de vraies orientations idéologiques. Il est quand même curieux que la député socialiste de la deuxième circonscription soutiennent l’alliance de sa tête de liste avec le représentant de Guyane 73 pour renverser le maire Walwary, sénateur apparenté PS dont la leader est ministre dans le gouvernement socialiste. Quel est le véritable enjeu ?
Cela nous ramène à la question de la Tutelle ! Qui dirige vraiment Kourou, le Maire ou le Directeur de la Base Spéciale Européenne ? Eux qui ont se sont accaparé de vastes étendues, à peu près 1000 km2 et n’y payent pas d’impôt foncier !!
Il y a sûrement des négociations dont les éléments ne sont pas connus des simples électeurs de Kourou…
Nous ne pourrons pas survoler toutes les communes. En avez-vous retenues d’autres qui méritent d’être examinée, même rapidement ?

Sur le Haut Maroni les alternances paraissent s’être passées sans affrontement. Tout le monde avait salué le débat entre les candidats dans les communes de Papaichton et de Maripasoula. Les partis traditionnels étaient discrets. St Elie et Saul sont des cas particuliers, avec leur faible population électorale et le comptage individuel sur les listes, il est difficile de faire de grandes analyses. je note quand même que les équipes qui ont gagné semble être unies.
Les batailles de l’est ont été plus dures. L’ élu de St Georges, Elfort, était un ancien maire qui avait déclaré qu’il allait prendre sa revanche, il avait son parti, le PSG, derrière lui. La mairesse sortante ne voulait pas perdre la face, elle est vice présidente à la Région, soutenue par Guyane 73. Enfin l’ancien premier adjoint allié au MDES voulait incarner la troisième voix. Malheureusement pour eux il y a eu un quatrième candidat et le travail d’Elfort ayant payé, il se fait élire au premier tour. On sait que l’affrontement électoral continue toujours pour le poste de président de la communauté de Commune. La mairesse sortante ayant été promue avec toutes les contestation et réserves entendues.
A Régina-Kaw, la passion avait atteint son comble. Dans une commune-village où tout le monde est apparenté, on pourrait l’admettre. Mais cela ne suffit pas à expliquer la violence des propos. Il y a des enjeux cachés et des revanches souterraines. Le candidat élu était soutenu par un ancien maire, ancien président du Conseil Général, actuel conseiller général du canton, grand propriétaire foncier dans la commune. Personnalité politique guyanaise qui n’a pas admis qu’un ancien adjoint à lui, s’affranchisse en tant que Maire à sa place. Quand son poulain, avocat de profession, affronte son ennemi politique, là encore, nous ne savons pas tout.
A Camopi, la bataille a été plus tactique et Monerville repasse, notamment à Trois-Saut, puisqu’au bureau de vote de Camopi-bourg le score du royaliste Chanel est meilleur.

Que dire concernant la capitale ?

C’est l’une des rares fois où le maire de Cayenne est élu, au premier tour, avec autant de voix , 70%. Nous avons eu droit à de grandes manœuvres de partis politiques chevronnés dans les joutes électorales, le PSG en particulier, l’ancien PSG, Rodolphe Alexandre n’étant pas en reste. Au delà de la personnalité de la mairesse élue cette fois-ci sur son nom, au delà de sa présence remarquée sur le terrain et les médias, au delà d’une sympathie évidente dont elle a bénéficié, la machine du PSG s’est mise en marche pour reprendre un bastion qu’un de leur dissident avait ravi . Cela nous montre en même temps comment ces grandes formations politiques arrivent à gommer les divergences des uns et des autres, pour assurer à leurs candidats les postes brigués. La question est de savoir ce qui les guide tous, l’intérêt personnel ou l’intérêt pour le pays. Peut-être combinent-t-ils les deux…

Et Patricia Triplet, seule élue du MDES à Cayenne?

Le MDES a eu des élus dans la capitale par le passé, 2 ou 3, aucun dans la mandature précédente. Il fallait que le Mouvement se repositionne dans Cayenne. Le choix d’une toute nouvelle personnalité était osé et en même temps symbolique. Cette candidature voulait illustrer un changement capital dans l’expression publique de ce parti. Elle y a réussi. D’aucuns ont trouvé qu’elle n’était pas assez combative dans les débats télévisés, c’est possible et cela se comprend. L’alliance avec Alex Tien-Long était un pari qui n’a pas bien fonctionné, quant aux résultats dans les urnes. Elle est élue, elle a une équipe autour d’elle. Il faut que son rayonnement s’amplifie, qu’elle s’habitue aux joutes verbales tout en gardant son style qui donne la touche différente souhaitée.

A St Laurent le maître de l’ouest s’impose encore

A St Laurent, ce sont les sentiments, l’aveuglement et la peur de l’alternance qui dominent.
Comment faire sans « Léon »? Dans cette affaire l’électeur oublie que son leader est condamné à 3 ans de prison ferme et que, si ce n’était la procédure en appel de son jugement, il n’aurait même pas pu se présenter à l’élection. L’électeur oublie que dans les prochains mois le procès s’ouvrira de nouveau et que les charges retenues contre Léon Bertrand, ancien député et ministre, sont très lourdes. Il y a nécessité d’admettre q’une autre personnalité politique puisse devenir maire à St Laurent du Maroni, nécessité aussi de s’y préparer , y compris dans l’équipe majoritaire. Les oppositions ont été contrastées, une consensuelle, avec Chaumet, l’autre virulente avec Pansa. Le candidat malchanceux Vivies n’a pas pu s’exprimer. Une opposition unie est nécessaire et difficile à mettre en oeuvre. Mais comme le dit le dolo  » Aprè oun tan a oun òt* », la roue tourne…

* après un temps en vient un autre.

 

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