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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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SOTI KOURIPI RIVE SENLORAN

18 avril 2014 de Maurice Pindard
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SOTI KOURIPI RIVÉ SENLORAN

En avril 2013, une quinzaine d’élèves du Lycée Bertène Juminer des classes ayant opté pour le créole, accompagnée de quatre adultes, avaient séjourné dans les villages de Sentespri et de Manga près de la rivière « Curipi » à environ trois quart d’heure du fleuve Oyapock, au Brésil

Du 7 au 11 avril 2014, nos homologues brésiliens nous ont à leur tour rendu visite. La délégation était composée de quatorze élèves des deux villages cités ainsi que du capitaine de Sentespri, du vice capitaine général de la réserve de UAÇA, d’un professeur de créole de Sentespri, du secrétaire de l’école Jorje Iaparra de Manga et d’un responsable de la Funai, organisme qui gère les populations « indigènes » du Brésil.

C’est le lycée B. JUMINER qui organisait le séjour. Mme Bonjotin secrétaire du Lycée et moi-même étions les principaux responsables du projet ainsi que Madame Panelle du PAEJ ( Point d’Accueil de la Jeunesse) de St Laurent qui nous a accompagné durant les deux premiers jours de cette visite qui s’est déroulée sans encombre et dont les temps forts ont été de différentes natures.

1° TEMPS FORT : LES EXPOSÉS SUR LA LANGUE CRÉOLE.

C’est à l’auditorium de la Cité Administrative Régionale de Cayenne le lundi 7 avril et dans la salle de délibération de la mairie de St Laurent du Maroni le Mardi 8 Avril que se sont déroulées, dans des salles pleines, les exposés sur la langue créole devant un auditoire conquis et ému.A cette occasion certains participants découvraient, incrédules, les interventions et échanges en créole, langue obligatoire pour la compréhension mutuelle sauf à parler portugais. Nous avons reçu beaucoup, beaucoup de témoignages de sympathie et d’encouragement en séance et hors séance.

 

2° TEMPS FORT : LES SOIRÉES CULTURELLES.

Le mercredi 9 Avril 2014, première soirée culturelle à Awala-Yalimapo. Un groupe de Télé-u-yu (kalina) en partenaire et des élèves du Lycée Bertène Juminer qui ont porté leur contribution en présentant un chant du patrimoine Créole Guyanais ( Adyé mo ka pati). Puis, il y a eu la danse des jeunes filles de la délégation de Curipi du brésil, dans leur tenue en plume, sur des airs cadencés, mi traditionnels mi modernes. Et enfin, la dance Télé-u-yu (kalina) finale, où tout le monde, autour du de Monsieur le Maire, main dans la main, a partagé ensemble un moment de bonheur, ponctué de hourras et d’applaudissements. Formidable !

La seconde soirée culturelle a eu lieu le jeudi 10, au lycée B.JUMINER. Devant un public très nombreux, les élèves de créole du lycée ont présenté des poèmes, des chants et des danses, awasa, Télé-u-yu (kalina) et créole. Nos invités, garçons et filles, ont interprété une danse traditionnelle réservée en général aux adultes et les filles seules ont bissé la dance qu’elles avaient présentée la veille. Tonnerre d’applaudissements pour tous. Repas de rois au restaurant pédagogique du lycée pour clôturer la soirée. Séances de photos à n’en plus finir. Échanges de colliers et de cadeaux. Formidable encore !!

3° TEMPS FORTS : LES ÉCHANGES PUREMENT LINGUISTIQUES.

Le mercredi 10 de 11h30 à 12h30, dans la classe de seconde créole, les élèves des deux pays se sont présentés mutuellement en créole. Puis nous avons écrit des phrases au tableau, chacun avec son code orthographique, afin de comparer, voir les ressemblances et les différences.

Le jeudi 11 de 9h30 à 10h30 c’est avec une autre classe de seconde que nous avons accompagné nos amis brésiliens au collège Arsène Bouyer d’ANGOMA. Les élèves de sixième et de quatrième nous attendaient pour un échange en langue créole. Chants, saynètes, questions des collégiens et explications de nos invités.

Les autres échanges se faisaient spontanément, selon les besoins et moments, entre élèves du même âge disposant d’une langue commune.

De plus quatre élèves du Brésil ont fait une prestation en langue portugaise dans la classe du professeur de langue concerné.

A PROPOS DES PEINTURES CORPORELLES

les Karipoun de Curipi, se peignent le corps. Chaque symbole a un nom et un sens. Les professeurs et les élèves d’art plastique du lycée ont pu redessiner chaque signe, sur papier, sur toile et même sur leur bras. Dans ce dernier cas, s’agissant des élèves mineurs, ceux-ci ont utilisé des feutres à la place du « génipa » utilisés par nos invités.

LES VISITES PROTOCOLAIRES.

A son arrivée, la délégation brésilienne a été reçue par la municipalité de St Georges de l’Oyapock. Les deuxièmes et troisièmes adjoints, originaires de Curipi par ailleurs, l’ont accueillie chaleureusement et promettant de développer les contacts entre les deux régions frontalières.

Le président de région a salué leur venue. Il a souhaité que les échanges se pérennisent.

Le maire de St Laurent les a reçu en mairie sans cacher son émerveillement d’entendre des amérindiens du Brésil parler créole, et pas n’importe lequel, celui de nos grand-parents.

La marie d’Awala-Yalimapo a projeté le film des 7èmes jeux Kalina et a sollicité la participation des élèves de St Laurent et de Curipi aux prochains jeux. Le maire s’est félicité de leur visite et a tenu à participer à la soirée culturelle.

La maire d’ Iracoubo et ses quatre premiers adjoints les ont accueillis sur le parvis de l’hôtel de ville. Petits fours et jus, discours en créole, photos. Les élus de la ville ont lancé une invitation en précisant que nos amis devraient résider à Iracoubo lors de leur prochain passage.

LES AUTRES VISITES

A St Georges, les élèves de Curipi ont circulé dans le collège. Ils ont eu l’occasion de parcourir le Centre Spatial Européen de Kourou avec guide en français et traduction simultanée en créole. Ils ont pu découvrir les ateliers des sections Bois et Gros Oeuvre du lycée Juminer à St Laurent. La découverte de tortues vertes sur la plage d’Awala Yalimapo avec une animatrice de la réserve d’Amana. Les plus chanceux ont même foulé le sol Surinamien à Albina…

LES ÉCHANGES SPORTIFS

 Comme prévu dans le programme, les élèves de Curipi et du lycée Juminer ont participe à un tournoi de foot en équipe mixte.

 LES AIDES FINANCIÈRES.

 Les mairies ont joué le jeu en offrant des collations et mêmes des repas et des hébergements, notamment à Awala-yalimapo. Le lycée Lama Prévot a logé les élèves de Curipi dans son internat, le lycée Juminer a assuré la plus grosse part, deux nuits, plusieurs repas et collations. Le centre spatial a pris en charge le transport du mardi de Cayenne à St Laurent en passant par la visite de la Base. Le Conseil Régional s’est engagé sur une partie des frais de transport.

EN CONCLUSION

 Nos amis Brésiliens nous ont fait savoir combien ils étaient contents de nous avoir reçus l’année passée. C’était un rêve qui s’était réalisé. Ensuite, ils avaient formulé le souhait de se déplacer en Guyane. Nous avons donc poursuivi le rêve.

L’organisation de ce voyage a été difficile, notamment le volet financier et administratif ( laisser-passer de la préfecture). Les organisateurs, les responsables du projet ont du se mettre à la hauteur de l’événement, avec énergie, diplomatie, tout en respectant le protocole indispensable s’agissant de populations organisés socialement en village et réserve protégée.

Une fois arrivés, nos amis d’outre-Oyapock nous ont dit qu’ils étaient venu chercher quelque chose en Guyane. Les anciens disent, chez eux, que la langue qu’ils parlent vient de la Guyane. Alors ils sont venus dans le pays « d’origine » de leur langue. Ils veulent savoir d’où vient cette langue, comment elle est arrivée en Guyane. Quelles sont les similitudes et les différences. Ils veulent que ces contacts continuent et s’approfondissent. Les participants guyanais aux différentes rencontres ont découvert, émerveillés, des étrangers, brésiliens, amérindiens, qui parlent créole. Ils ont réalisé que notre « bassin » commun s’étendait de part et d’autre du fleuve Oyapock. Ils ont découvert « comme une famille à nous  » qui parle « le bon » créole de nos gangans ( grandes-personnes, ancêtres). Les plus avertis ont tenté de répondre au questionnement de nos invités. La langue créole parlée en Guyane est née du contact entre amérindiens, blancs et noirs, dans un contexte de colonisation, de traite négrière et d’esclavage. La Guyane s’étendait jusqu’à l’Amazone, tout le monde y parlait créole, y compris et notamment après l’abolition de l’esclavage, pendant la grande époque aurifère et du bois de rose.

En fait, c’est un chantier, linguistique et culturel, qui s’est découvert, à notre portée, à ciel ouvert, des deux côtés de l’actuelle frontière. Chacun peut y porter sa pierre. L’essentiel est que les échanges se fassent dans le respect et pour le bien de tous.

Merci à nos amis brésiliens, élèves, maîtres, chefs coutumiers et responsables administratifs de Curipi.

Merci spécial pour Estacio Dos Santos, professeur de créole à Curipi, qui avait organisé notre visite sur place l’année dernière, qui a permis que le deuxième rêve se réalise en 2014 et qui n’a pas pu malheureusement se joindre à la délégation brésilienne.

Ghemesi, Grémési ankò.

NOU HETE BOKOU KONTAN !

 

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