Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

Facebook

La Guyane est-elle au tapis ?

24 février 2014 de Idéal Guyane
La Guyane au combat

Guyane, colonie française en Amérique du Sud depuis si longtemps, qu’attends-tu pour te relever?

Lorsque l’occasion de choisir t’est donnée, tu es encore là à te questionner.  Avec les seuls événements du mois de janvier 2014, tu as eu la panoplie de l’attitude colonisatrice de la France chez toi et tu crois toujours au père Noël. Celui-là qui s’étonne de voir tous les enfants des chefs de service et autres chefs négriers dans la même classe de sixième, l’autre qui ne comprend pas que des CRS puissent tabasser des jeunes du pays comme des moins que rien et prendre l’avion quelques heures après pour rentrer en France s’en être inquiétés par la justice ou son ministre , des zones de pêche qui seront bientôt des zones de pêcheurs morts, une présidente provisoire de l’université qui souhaite une université sans ceux et celles qui se sont battu pour ,et encore, et encore….

 Le blog : Maurice Pindard que se passe-t-il dans le pays, pourquoi tous ces événements sont-ils de plus en plus courants, la Guyane a-t-elle baissé sa garde ?

 Maurice PINDARD : Il est difficile de réponde simplement à cette question.

Quand on dit « La Guyane », c’est vague. Il y a le peuple guyanais et ses différents secteurs sociaux qui résistent depuis toujours et de multiples façons. Il y a les élus de ce peuple, élus politiques ou économiques qui sont liés, pour la majorité, au pouvoir français. Il y a aussi une population diversifiée qui dans une situation économique de non-emploi s’accroche aux diverses allocations servies par l’état français et se replie dans un réflexe de survie.

C’est ce qui s’est produit lors du referendum de 2010 où, normalement, le oui aurait dû l’emporter pour l’article 74 qui aurait permis  « la défense des intérêts propres » de la Guyane. Nous ne devons jamais oublier ce qui s’est passé et  a conduit au dévoyage de la consultation. Dans cette affaire c’est le gouvernement français qui a manœuvré, le président Sarkozy en tête, en imposant une deuxième question dépendant de la réponse à la première. Ils ont changé les règles en cours de partie, selon leur tradition coloniale. Bien sûr il leur fallait trouver un homme de paille, ils l’avaient trouvé en la personne de Rodolphe Alexandre. Les mensonges de campagne ont fait le reste. Ils ont menti et fait croire aux gens que si l’article 74 passait, il n’y aurait plus d’allocation, de RMI, de retraite, de smic etc. un autre de leur slogan était «  nou panko paré ». Témoignage de leur  attitude d’esclaves émasculés.

Le Blog : Est-ce  cet épisode qui a rendu le peuple de Guyane comme un vaval du mercredi des cendres ?

 Maurice Pindard : Je ne pense pas que la comparaison soit exacte. Je crois plutôt que nous sommes face à deux situations qui existent parallèlement 

Une situation réelle. La dépendance économique et la crise de tous les secteurs. Un taux de chômage et de déscolarisation scandaleux. Une situation sanitaire sinistrée. Une occupation militaire extrême, une violence raciste institutionnelle qui marginalise les originaires du pays, Etc..

Une situation artificielle. De l’argent, un petit byèbyè, qui vient de France tous les mois. De l’amusement, encore de l’amusement qui fait oublier la réalité. Avec consommation d’alcool et de drogues pour mieux accepter la vraie réalité. Le tout étant orchestré par des lois venues directement d’Europe et des actions de communications qui se déploient comme l’épervier sur les petits poissons.

 Ces deux situations étant, de plus, consécutive à deux crimes contre l’humanité, le génocide des amérindiens et la traite et l’esclavage des nègres, et à un système d’acculturation, d’assimilation,  d’aliénation mis en place par la départementalisation de 1946.

 Si l’on ajoute à cela les tentatives récentes, 1960-70-80 de génocide par substitution de la population locale par le biais des envois massifs programmés de notre jeunesse en France et son remplacement massif par des populations les plus diverses,

 Nous sommes face à un cas unique dans le monde et il faut avouer qu’il est difficile de voir ou d’apercevoir le bout du long tunnel  d’oppression et de mystification de traverse le peuple guyanais depuis la formation des premiers peuples qui se sont sédentarisés dans notre pays.  

 Ainsi, à côté des mouvements de résistance qui résistent et par moment triomphent ponctuellement, voire la victoire populaire récente de l’université de Guyane, il y a de grandes phases de découragement et d’errements.

Le colonisateur lui, est organisé en système  avec tous les éléments d’une panoplie qu’il a expérimenté depuis des siècles et dont le prolongement est toujours opérationnel notamment en Afrique. Il avance comme un bulldozer… et de temps en temps ses manifestations les plus brutales nous sautent aux yeux, le réseau de français coloniaux, la protection des auxiliaires du pouvoir par la justice coloniale, la défense des seuls intérêts stratégiques de la métropole coloniale etc…

 Alors, affronter de face, contourner l’obstacle, laisser passer l’orage ? ?

Baisser la garde ou adopter une fausse garde ??

Lo to pa pli fo a pou to pli malen *

Notre combat n’est pas un sprint, c’est une course de fond avec obstacle. J’ai confiance en notre souffle  parce qu’il est séculaire, millénaire et que toutes les épreuves endurées ne nous ont pas fait disparaitre ni réduit au silence.

 Asou kouri n’a wè**

 Le blog : En résumé, vous nous dites que la Guyane rejoue le match « Mohamed Ali – Georges Foreman » de 74. La Guyane est dans les cordes, prend des coups terribles de la part du colonisateur français en attendant la lassitude de ce dernier et qu’à un moment donné la situation changera de tout au tout?  Est-ce la bonne tactique ?

 Là encore la comparaison est osée mais il est sûr que la tactique est l’alliée de la stratégie. Or face à un adversaire dont la force de frappe et l’expérience est considérable, nous nous devons d’être endurants et inventifs pour saisir la faille et transformer notre résistance en offensive et nos assauts en victoires.

*quand tu n’es pas le plus fort il faut que tu sois le plus malin.

** c’est notre aptitude à la course qui nous portera.

 Propos recueillis par l’équipe du Blog.

Réagir

Post a Comment

Your email is never published or shared. Required fields are marked *

  1.