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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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A l’adresse des hurleurs désemparés

26 décembre 2013 de Idéal Guyane
Les Hurleurs de Guyane

La visite d’un président est un évènement en soi. Beaucoup de personnes, la majorité je pense, considèrent qu’il faut en profiter. Pour célébrer celui de son camp pour lequel on a fait campagne, pour honorer le chef de l’état qui représente l’identité et la grandeur de la nation à laquelle on pense appartenir, pour attirer l’attention du chef suprême sur tel ou tel problème.

La visite d’un président ne laisse pas indifférent.

Les hurleurs avaient tenu un grand meeting sur la place des palmistes la veille et ils voulaient se faire entendre  par le président jusque sous le balcon de la mairie de Cayenne pendant que celui-ci discourait avec les élus de Guyane, ils en ont été empêché. Ils ont été repoussés et leur banderole et affiches ont été interdites. Les forces de l’ordre sont entrées en action, avec rigueur. C’était surtout des policiers guyanais. L’amertume et le désarroi des Hurleurs étaient grands.

Il y avait déjà un sentiment mêlé exprimé publiquement après le rassemblent réussi, 1000 participants, de la veille. Certains ont considéré qu’il n’y avait pas assez de « créoles ». Ils auraient pu  ajouter «  par rapport aux non créoles » ou plus franchement «  par rapport au nombre de blancs »…

Moi, je propose que l’on  considère que la manif était un succès. C’est tout ! Bravo à ceux qui étaient là. Ne reprochons pas aux autres leur absence. Il y a mille rassemblements, les organisateurs de chaque meeting pensent qu’ils ont toutes les bonnes raisons de manifester. Si chaque comité organisateur devait jeter la pierre à ceux de la population qui n’avaient pas répondu à leur appel !! On passerait notre temps à reprocher à l’autre ce que chacun de nous a déjà fait, plusieurs fois, en ne manifestant pas, avec toujours de bonnes raisons !!

Quant à la qualité, l’origine des participants à tel ou tel rassemblement, n’entrons pas dans ce travers qui nous amène droit vers la généralisation abusive, la stigmatisation qui est toujours excessive et  inopérante. Il faut tourner le dos à ça, résolument.

Allons donc plus loin.

Le refus de pouvoir s’approcher du président de la France pour déployer la banderole contre l’orpaillage clandestin a été vécu comme une agression, une injustice. Nous avons la conviction d’avoir le droit de manifester, surtout pacifiquement. Nous ne comprenons pas que ce droit nous soit refusé.

Au-delà des réactions à chaud, est-ce que nous comprenons pourquoi ? pourquoi la loi, ou le règlement, ou le protocole, nous interdit d’attirer publiquement l’attention du président  sur le problème de l’orpaillage clandestin ?

Nous cherchons à y répondre et nous finissons par comprendre que c’est la présence des grands médias français et internationaux qui motive la consigne d’écarter les  trouble-fêtes. Ils ne veulent pas qu’on en rajoute, dans la presse ou la télé, en France, en Europe ou ailleurs dans le monde.

Mais alors pourquoi ???

De quoi les services français ont-ils peur, et le président avec eux ??

Eh bien chers amis, je vous invite à méditer sur le fait que ni le Brésil et ni le Surinam ne sont responsables de la présence des 10 000 garimpeiros dans la forêt guyanaise, mais bien la France !!

En effet, qui est responsables des frontières de la Guyane : c’est la France. Qui est responsable de la gestion de la forêt, la France. Du sous-sol, la France. De la sécurité intérieure, la France !!!

Et nous sommes d’accord pour admettre que nulle part en France proprement dite n’existe ou ne pourrait exister ce phénomène de pillage et de pollution massive.

Nous sommes d’accord aussi pour concevoir qu’une grande puissance comme la France a les moyens techniques, juridiques et militaires pour éradiquer ce fléau économique et humain.

Alors !! Alors !!

Eh bien, si nous, habitants de Guyane, hésitons à caractériser la France et son président, si nous nous refusons à rendre la France et son président coupables de non-assistance à personne en danger,

Eux, eux, de la présidence et des services français le savent, eux, qu’ils sont condamnables. Alors ils ne veulent pas que cela se sache de  trop pour qu’ils n’aient pas à répondre de leurs actes. Ils musèlent donc les manifestants un peu trop entreprenants.

C’est tout !!

Le plus difficile maintenant, c’est de tirer les conclusions de l’analyse qui précède. ET beaucoup d’entre nous, d’entre vous, hurleurs, n’ont subitement plus de voix …

En effet, comment nommer un état qui ne porte pas assistance à ses citoyens. Un état qui ne reconnait pas les peuples qui habitent dans ses possessions outre-mer. Un état qui ne ratifie pas les conventions internationales sur les droits des peuples autochtones et des peuples en général et le peuple guyanais en particulier… comment faire avec son président quand on découvre qu’il nous laisse mourir économiquement et physiquement et qu’il ne veut pas que cela se sache ….

Devra-t-on se contenter de Hurler jusqu’à l’extinction de voix, en marge des cortèges officiels… en caution de la démocratie française qui nous autorise à manifester dans le cadre du protocole dont elle seule fixe les limites…

Doit-on renoncer à Hurler parce que cela nous amènerait à dépasser le cadre fixé…

Parce que le cadre est immuable ?? Définitif ?? Qu’il a toujours existé ?? Sous la même forme ??

Ces questions-là méritent des réponses et des engagements en fonction. J’ai tendance à penser que « tout bouge »…

Maurice PINDARD.

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