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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Après le Rectorat, l’Université.

23 octobre 2013 de Idéal Guyane
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Depuis quelques semaines la bataille pour une vraie université en Guyane occupe l’actualité antillo-guyanaise et les rues de Guyane. Les étudiants, les lycéens de Guyane se mobilisent partout dans le pays. Maurice Pindard donne son approche au blog sur le conflit en cours.
Le blog : Pouvez-vous nous expliquer avec des mots simples, qu’est-ce que l’Université des Antilles et de Guyane (UAG) et sa place dans le cursus scolaire ?
MP: L’Université est la structure scolaire qui vient après le lycée. On y fait les études supérieures. Avant les bacheliers guyanais allaient en France. Depuis plusieurs années, Grace à la création de l’Université des Antilles et de la Guyane, ils peuvent se rendre aux Antilles soit rester en Guyane selon les études qui sont dispensées sur ces trois pôles, Martinique, Guadeloupe et Guyane.
Le blog : Maurice Pindard que pensez-vous du conflit sur le campus de Troubiran ?
MP : C’est une manifestation de protestation des étudiants, personnel administratif et enseignant qui progressivement se transforme en plébiscite guyanais pour une université de plein exercice en Guyane
Le blog : Quel a été l’élément déclencheur ?
MP : Les graves disfonctionnements comme la non-ouverture de formations prévues, les diplômes à trous, la fermeture de filières classiques. Les mauvaises relations entre la direction de l’IESG et le personnel administratif. Les pressions exercées contre ce personnel. Les décisions autoritaires du vice-président du PUG, structure universitaire de Guyane faisant partie de l’UAG, université des Antilles et de la Guyane.
Le blog : Quelles sont ces formations prévues mais non ouvertes ?
MP : Déjà les licences d’anglais et de portugais ont été fermées cette année alors qu’il y avait des étudiants inscrits. Fermeture du master Remi-vert en 2011, fermeture d’options pour la licence sciences de l’ingénieur, tentatives de fermeture autoritaire de la licence professionnelle Protection de l’Environnement et Réseaux et Telecom. C’est la mobilisation des étudiants et de leurs professeurs qui ont obligé la direction du Pôle de maintenir l’ouverture de ces filières.
Le blog : Que voulez-vous dire par « diplômes à trous » ?
MP : Certains cours ne sont pas assurés, mais l’université donne quand même le diplôme où il est écrit à la place de la note : « dispensé ». Ce sont donc des diplômes sans réelle valeur.
Le blog : Que veut dire le mot d’ordre actuel d’autonomie ?
MP : Le collectif qui mène le mouvement est composé de plusieurs parties, intersyndicale d’enseignants et de personnels administratifs, collectif étudiant, principalement. Les lycéens font entendre leur voix, d’autres parties appuient le mouvement et suggèrent des pistes. C’est donc en faisant la synthèse de toutes les revendications et en progressant dans la mobilisation que petit à petit les grévistes ont affirmé la nécessité d’une université de qualité pour la Guyane, cela veut dire aussi plus d’autonomie pour le pôle guyanais de l’UAG.
Le blog : Au départ ils veulent que le directeur et le vice-président démissionnent ?
MP : Ils ne proposaient pas de solutions. Ils disaient : il y a un problème de gouvernance, ce sont ces personnes qui sont en cause, on n’en veut plus ». Et de leur point de vue c’est à l’UAG ou au Ministère français de trouver le remède à ce mal. Mais comme je disais précédemment, il y a un glissement progressif de cette doléance vers une revendication de fond sur l’autonomie de l’université.
Le blog : On entend parler aussi d’université de qualité !
MP : Ce sont des slogans qui se rejoignent. Pour qu’une université de Guyane puisse être de qualité il faut qu’elle soit adaptée et fonctionnelle. Adaptée cela veut dire que les formations qui y sont dispensées collent avec les besoins du pays et de l’environnement. Il faut donc que l’université de Guyane ait le pouvoir de décider de sa carte de formation. Elle doit donc avoir l’autonomie de sa décision, ce qui n’est pas le cas, puisque c’est l’UAG qui détient ce pouvoir. C’est le même problème pour la nomination des professeurs et pour le budget. C’est encore l’UAG qui décide.
Le blog : Pourtant la Guyane fait partie du conseil d’administration de cette université des Antilles et de la Guyane !
MP : Oui, mais, les rapports de forces à l’intérieur font que les Antilles se servent en premier et que la Guyane a le reste. De plus les processus de prise de décision font que la Guyane est toujours en dernière position. C’est ce que les grévistes veulent changer en demandant l’autonomie réelle du pôle Guyane. Sa capacité de décider souverainement des formations et de recevoir directement ses affectations de postes d’enseignants et son budget sans passer par les Antilles.
Le blog : Alors l’université de plein exercice, qu’est-ce que c’est ?
MP : Une université de plein exercice c’est tout simplement une université « normale ». Qui existe partout, autonome comme toutes les universités le sont. Dans notre contexte cela veut dire surtout : « détachée des Antilles » !! Une université de Guyane qui ne ferait plus partie de l’UAG. C’est la coupure de ce cordon ombilical qui fait souffrir par avance les antillais et dont certains guyanais ont peur.
Le blog : C’est carrément l’indépendance ?
MP : Non parce que toutes les universités sont autonomes mais liés par leur statut au ministère de l’enseignement supérieur français. C’est le fonctionnement normal. Dans le cas de la Guyane, c’est la sortie du giron UAG qui fait débat.
Le blog : Ils disent que nous n’avons pas le nombre d’étudiants suffisant, ni de professeurs qualifiés, ni de laboratoires pour les recherches. On entend que ce ne seront que des professeurs de France qui y enseigneraient à vie ??
MP : De mon point de vue, tous ces arguments sont des paravents pour cacher la volonté de leurs auteurs de ne pas sortir de l’UAG. C’est tout. C’est de la malhonnêteté. Il y a près de 3000 étudiants, c’est suffisant largement. Les labos il y en a beaucoup dans tous ces instituts de recherches qui foisonnent, on peut facilement les utiliser par convention pour les facultés dans un premier temps. Quant à cette question de professeur français à vie, j’ai toujours été surpris que des individus qui ne remettent pas en cause la tutelle française viennent dire que la présence de professeurs d’université français pose un problème. Cela n’a pas de sens !! S’il y a une structure scolaire où la nationalité du prof à le moins d’importance c’est justement l’université ! Il s’agit de dispenser un savoir universel pour des adultes. Où est le problème. Sans compter que parmi ces profs français il y en a de toutes origines y compris guyanaise, et qu’il peut même y avoir des profs étrangers, sud-américains par exemple. Quant à la nomination « à vie », c’est encore une autre escroquerie intellectuelle. Tous les professeurs titulaires des collèges et lycées sont titulaires « à vie » de leur poste !! Tant qu’ils ne demandent pas leur mutation, personne ne peut prendre leur place. C’est parce qu’il y a peu de postes de professeurs d’université et que leur formation est longue que l’on peut avoir cette impression. En réalité, ils ne sont pas plus « à vie » que leurs collègues des autres établissements scolaires.
Le blog : Donc c’est possible ?
MP : C’est possible et nécessaire. De plus le débat étant connu et ancien, on peut sereinement prendre cette voie tout de suite. Il faut savoir que la décision politique de la création de cette université de plein exercice appartient au ministre de l’Éducation Nationale française. Il faut simplement que les grévistes en soient convaincus de la nécessité et que la mobilisation guyanaise soit assez forte pour que le ministre n’ait pas d’autres choix.
Propos recueillis par le blog « Idéal Guyane ».

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