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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La Guyane absente au Carifesta XI ?

28 août 2013 de Maurice Pindard
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Après la CELAC il y a quelques mois qui réunissait tous les décideurs politiques des pays d’Amérique du Sud,  la semaine dernière c’était la Caraïbe qui s’était invitée au Surinam à l’occasion du CARIFESTA. Sur tout le territoire de notre voisin des spectacles des différents pays de la Grande Caraïbe  étaient proposés chaque jour. Mais CELAC ou CARIFESTA,  un seul pays d’Amérique du Sud fait tache par son absence : La Guyane.

 

Le Blog : La  Guyane était-elle vraiment absente au Carifesta la semaine dernière au Surinam ?

Maurice PINDARD : On peut dire qu’elle était officiellement absente de la manifestation. En effet, bien que le nom de notre pays ait été annoncé, tandis que le porte-drapeau Surinamien levait la bannière Bleu, blanc, rouge de la France, la Guyane n’avait pas de Stand au KKF, le grand centre culturel qui regroupait les représentations de toutes les délégations présentes. Un employé du Conseil général venu en son nom propre confirmait que bien qu’ayant été invités, bien que tout semblait avoir été prévu pour un déplacement en masse à cet important rendez-vous, finalement, personne ne s’était déplacé.

 

Le Blog : pourtant il y avait une prestation de la Guyane au Fort Zelandia !

Maurice PINDARD : Effectivement les musées, Musée des cultures guyanaises de Guyane, Museum Paraense Emilio Goeldi du Brésil et Stichting Suriname Museum ont inauguré une exposition commune lors des premiers jours du Carifesta. C’est ce qui a pu laisser croire que la Guyane était présente. En fait il s’agissait de l’ouverture de l’événement qui durera deux mois, dans le cadre d’un projet entre les trois musées précités. Le lancement de cette coopération entre ces trois instituts date de 2010 et s’appelle : «  Musées d’Amazonie en réseau ».

 

Le Blog : Il y avait une forte délégation du conseil régional présent à Paramaribo?

Maurice PINDARD : Il y avait une dizaine de cadres du conseil régional de Guyane, un élu délégué à la culture et la responsable du musée des cultures. Cette délégation a assisté aussi à la cérémonie d’ouverture du Carifesta le vendredi 16 Aout.

 

Le blog : on nous signale la présence de danseurs guyanais.

Maurice PINDARD : la mairie d’Awala Yalimapo et son école de dance ont déplacé une vingtaine de personne dans le cadre d’un partenariat avec les services culturels du Surinam. Ils ont fait des prestations dans la deuxième moitié du Carifesta. On doit les féliciter de cette initiative qui démontre qu’il y a toujours des poches de résistance et de fierté.

 

Le Blog : Il semblerait que  le nom de la Guyane ait  été prononcé lors de la  présentation…

Maurice PINDARD : Un animateur égrenait le nom des délégations invités et  incitaient les délégations présentes à « donner de la voix » à l’appel de leur nom. Il appela en anglais «  french Guiana », il ne reçut pas d’écho et passa au pays suivant. De plus, au cours de la cérémonie, un porte-drapeau officiel présentait les bannières des pays. C’est à ce moment-là qu’il leva le drapeau français.

 

Le blog : Pourtant on voyait le drapeau de la Guyane sur les diapositives !

Maurice PINDARD : Effectivement, pendant que se déroulait ce grand meeting inaugural, les organisateurs faisaient défiler les images des drapeaux des pays  sur la façade du Palais National. C’est bien le drapeau vert jaune rouge qui passa à plusieurs reprises.

 

Le Blog : En quoi le  Carifesta est  vraiment une rencontre importante, et pourquoi  la Guyane devait y aller ?

Maurice PINDARD : Rendez-vous compte, c’est une vingtaine de pays de la caraïbe  qui exposent leur culture, artisanat, peinture, gastronomie,  et échangent entre eux. Ils présentent des danses, des pièces de théâtre, des orchestres, etc. C’est dans tout Paramaribo qu’il y avait des évènements. Cette fête dure 10 jours. Sur la place devant le Palais et l’Assemblée Nationale, on avait placé quatre gigantesques gradins contenant 10 000 personnes assises. Au deuxième soir, les organisateurs ont laissé libre l’accès pour ceux qui ne trouvaient pas de places dans les gradins. Les gens se sont massés debout, devant  l’estrade. Il y avait entre 15 et 20 000 spectateurs, délégations invitées, officiels et peuple surinamien. On commença par une prière et l’hymne National du Surinam. Tout le monde, debout, banderoles du  « Carifesta XI » et drapeau des pays en main, chantant, le Chant du pays ! Ce sont des moments à vivre et qui font réfléchir. Le KKF, Grande marché culturel où s’exposent les pays, est très étendu.  En plus des stands qui rappellent le jardin botanique, il y a des halls immenses où sculpture, peinture et littérature caribéenne s’exposent, Trinidad, Guyana, Barbade, Belize, Haïti, Cuba, etc. La Gastronomie avait le sien. La Colombie  tenait un stand culturel et culinaire au Palmentium (place des palmistes de Paramaribo). Le gospel résonnait, les différents orchestres de jeunes rivalisaient, Sainte Lucie présentait une pièce de Théâtre, l’orchestre national de Trinidad interprétait des œuvres classiques au Stell Pan. Bref, quand on a l’occasion d’avoir cette dimension culturelle, de la région à laquelle on appartient, à sa porte, si on n’y est pas avec tout le protocole exigé, il y a un problème.

 

Le Blog : Quel est le problème ? Qu’est-ce qui fait que la Guyane n’avait pas de représentation officielle au XIème Carifesta au Surinam ?

Maurice PINDARD : L’argument avancé par les uns concernant un boycott ou une négligence n’est pas suffisant, de mon point de vue. Il faut aller plus au fond des choses. La Guyane a déjà participé à de précédentes éditions  du Carifesta , dans d’autres pays et même une fois au Surinam.

Ce qui conduit à l’absence de notre pays est l’aliénation ambiante qui frappe la population guyanaise et ses élus et la politique d’exclusion de notre continent par les relais locaux du gouvernement français. Nous vivons à l’écart de notre région. Par la force des choses nous recevons un peu de nos voisins immédiats, Amapa et Surinamien, mais dans l’ensemble nous vivons dans une enclave, séparés de notre continent dont nous n’avons pas de nouvelles. Nous vivons au rythme des journaux radio et télé de France et d’Europe. Nous n’étudions pas la Caraïbe et l’Amérique du Sud à l’école. Nous sommes décervelés, malades, assimilés, aliénés. Nous nous sentons français, européens. De plus, la politique officielle de la France vise à la déresponsabilisation des guyanais et de leurs élus. L’administration préfectorale contrôle les administrations des collectivités guyanaises.

Préparer une délégation pour présenter la Guyane au Carifesta, cela n’a pas de sens, cela ne représente rien. On y va de temps en temps, pour se faire voir, c’est tout.

Bravo quand même à  ceux, individus ou collectivités, qui ont honoré de leur présence guyanaise, à un niveau ou à un autre, cette importante manifestation !!

 

Propos recueillis par le Blog Idéal Guyane.

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