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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La réalité du rêve

11 août 2013 de Maurice Pindard
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Pendant leur sommeil, certains animaux domestiques comme les chats et les chiens, s’agitent et  parfois, gémissent. On dit qu’ils rêvent, font des cauchemars ou qu’ils ont des visions.

Des expériences ont été faites. Elles démontrent qu’en effet, pendant que nos amis les bêtes dorment, notamment les mammifères, leur cerveau continue de fonctionner. Ils revivent une partie des activités qu’ils ont eues pendant la journée. Certains chercheurs pensent que cela permet à leur mémoire de se consolider. Bref, il semble bien qu’il y a des moments de leur sommeil où ils rêvent.

L’activité cérébrale des mammifères, dont  l’homme, se compose de trois phases. L’éveil, c’est en général pendant la journée que l’homme est éveillé et utilises ses sens et ses muscles pour assurer sa vie. Le sommeil,  pendant la nuit ou la sieste, au cours duquel l’homme se repose et récupère. Puis, plusieurs fois dans pendant son sommeil, intervient le troisième temps que l’on appelle le sommeil paradoxal, c’est à ces moments-là que l’on rêve. On vit des situations les plus diverses, drôles ou tragiques, sans bouger, ou très peu.

Contrairement aux animaux, l’homme peut se souvenir de ses rêves et les raconter. On connait donc le contenu de ses rêves et l’on a constaté que ce ne sont pas simplement des souvenirs d’une activité vécue les jours précédents. Ce sont carrément des histoires nouvelles dans lesquels le dormeur peut jouer un rôle, qui se déroulent dans le cerveau humain, avec des personnages connus ou inconnus, avec parfois même des situations prémonitoires. Les jours suivants, on aura l’impression de vivre en vrai ce que l’on a rêvé et l’homme se livre à toutes sortes d’interprétations depuis la nuit des temps.

Parfois, tout en étant éveillé, on se transporte ailleurs par la pensée, on voit des choses, on a des flashs. Finalement, de rêves en songes, de songes en visions, dans le langage courant, ce que l’on appelle rêve ne concerne plus seulement le sommeil paradoxal de la nuit, mais des images, des situations, des tranches de vie, qui se dessinent dans notre cerveau et que l’on aurait voulu vivre afin de combler les vides ou les manquements de la vie réelle. Puis l’on s’efforce de mettre en œuvre les moyens qui nous permettrons de réaliser nos rêves.

On dit couramment «  je rêve de pouvoir aider les jeunes du quartier », « mon rêve serait que tous mes enfants trouvent du travail ». « Je rêve de revoir tel ami  » etc.

Tout le monde formule des souhaits que l’on pourrait appeler des rêves. Cependant, en général, on dit que ce sont des rêves si l’on pense que ces « visions » ne se réaliseront pas ou ont peu de chances d’aboutir. En parlant d’un voyage que l’on voudrait faire intensément et qui parait tellement difficile à entreprendre, on dira que c’est un rêve. Et une fois que l’on aura fait ce voyage on dira que le rêve a été réalisé.

Quand nous avons parlé la première fois de la possibilité pour des élèves de St Laurent du Maroni de venir séjourner dans les villages amérindiens de Kouripi au Brésil, les animateurs, devant les jeunes incrédules de Sentespri, ont dit que c’était un rêve. Puis quand deux années plus tard les élèves des deux pays ont été réuni, ils ont dit que le rêve était devenu réalité.

Tous les projets que l’on échafaude et pour lesquels on se bat ne sont forcément des rêves, dès qu’ils paraissent vraisemblables ou réalisables. Par exemple la création du  rectorat de Guyane, en tant qu’institution nécessaire au fonctionnement de l’Education, n’a pas été vécue comme la traduction d’un rêve dans la réalité. Pour la jeunesse et la population en lutte en  1996, le Rectorat était à portée de main, il fallait simplement y mettre les moyens en terme surtout de détermination.  Même si pendant 20 ans les élus l’avaient revendiqué en vain…

Ainsi, tous les individus ont des rêves, cherchent à les traduire en vrai. Ce sont des aspirations normales, naturelles, de l’espèce humaine.

Mais, dans des conditions ultimes de survie, famine, guerre, on n’imagine pas que l’homme ait le « temps » de rêver. On dit même que les gens qui sont dans des conditions sociales difficiles, précarité, travail pénible, conditions de logement difficiles, ces personnes-là n’ont pas la disponibilité d’esprit pour rêver. Ils seraient prisonniers de leurs préoccupations immédiates.

Pourtant, on pourrait aussi penser le contraire, soutenir que tous les humains se projettent sur l’avenir et affirmer que  plus la situation  de la vie est difficile, plus le rêve de l’homme est grand d’espérer des conditions meilleures. Il pense, il imagine, il rêve pendant son sommeil ou dans des moments de répit, il visionne son ou ses désirs, ses phantasmes, ses rêves.

Parce que nous aussi, guyanais, nous appartenons à l’espèce humaine, nous rêvons la nuit pendant notre sommeil paradoxal et, quand nous sommes éveillés, nous avons aussi des désirs, songes, rêves, visions pour notre avenir, celui de nos enfants, de notre pays.

Nos ancêtres en captivité pendant l’esclavage  ont eu de grands rêves. Alors que le système les considérait comme des bêtes, Ils ont rêvé, rêvé, rêvé comme des êtres humains qu’ils étaient. Ils ont rêvé d’une terre de liberté et ont marronné dans l’incertain, dans la forêt. Certaines expériences ont duré plusieurs dizaines d’années. Puis le rêve a été brisé, les villages découverts, les hommes tués ou emprisonnés et remis en esclavage. Pour certains d’entre eux, le rêve a continué, ils ont rejoint des groupes marrons plus importants et ces groupes-là ont résisté jusqu’à signer des traités avec les colonisateurs. Traité qui consacrait leur rêve de liberté.

De tous temps, dans différents domaines, du point de vue individuel ou collectif, dans la sphère sociale, culturelle, économique ou politique, nous rêvons de « lendemains qui chantent ». Nous rêvons pour nous même et pour nos enfants. Nous rêvons d’une autre Guyane.

Nous rejoignons ainsi, par la pensée ou les écrits, tous les hommes et femmes qui de par le monde poursuivent des idéaux proches des nôtres. A certains moments de notre histoire nous les avons rejoints aussi sur le terrain réel de l’action. Et nous préparons d’autres moments où nous les rejoindrons encore.

Maurice Pindard.

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