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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Le verdict est tombé pour Léon.

12 juillet 2013 de Idéal Guyane
La Justice et Bertrand

Plusieurs sentences administratives, judiciaires et politiques sont tombées et occupent la scène médiatique ces temps-ci. Mais une de ces affaires  doit nous préoccuper plus que les autres puisqu’elle touche le maire en exercice de la seconde ville de la Guyane, qui fut ancien ministre de la France, ancien député, actuel président de la CCOG… Il s’agit de Léon Bertrand qui vient de se voir infliger trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité. Analysons cette affaire d’un peu plus près.

 Le Blog: Maurice Pindard, pourquoi  l’affaire Bertrand n’est-elle pas une affaire comme les autres ? Comment est-elle vécue par les guyanais ?

MP: L’affaire Bertrand n’est pas banale. C’est pour cela qu’il faut prendre le temps de s’y attarder.

La première réaction est souvent sentimentale. On est peiné pour l’homme qui est condamné à la prison. On se dit qu’il ne faut pas s’en réjouir. Le dolo guyanais «  lòbarb ou vwazen ka pridifé ou ka rouzéoupa » est utilisé pour ne pas « tirer sur l’ambulance ». 

La famille, les amis, certains amis politiques, eux, ne s’embarrassent pas de considération. Ils entourent leur « homme », croient en ses paroles et le défendent becs et ongles.

Les ennemis politiques ou ceux qui ont souffert de la politique du maire de St-Laurent se réjouissent en aparté, rarement en public et souvent avec discrétion et mesure.

Il y a comme un  « consensus guyanais » pour ne trop en faire, parce qu’il est des « nôtres ». ET parce que ce sont les « autres » qui le frappent.

D’autant plus que ses brusques démêlés avec la justice correspondent à l’accession au pouvoir en France de la tendance Sarkozyste en brouille avec la Chiraquie à laquelle il appartenait.

Enfin, les guyanais de tous bords politiques ont plusieurs raisons pour laisser passer l’affaire sans trop avoir à en parler.

Cependant ou Hélas, d’un point de vue politique, on ne peut pas ne pas donner à ce premier épisode de justice son vrai poids.

Le Blog : Alors du point de vue politique, quel poids donnez-vous à ce verdict ?

MP: Léon Bertrand vient d’être condamné à 3 ans de prison ferme pour des faits de corruption par une institution française à laquelle il fait (ou faisait jusqu’à présent !) confiance, a-t-il toujours déclaré. Il doit donc prendre acte de cette condamnation.

Léon Bertrand est une personnalité politique de premier plan en  Guyane. Il est maire d’une grande ville qui est en passe d’être la plus peuplée dans quelques années. Il occupe la fonction depuis une trentaine d’année. C’est un des plus importants représentants de la Droite Guyanaise. Il a été député pendant plusieurs mandats. Il a été ministre du tourisme sous Chirac. Il est encore le président de la Communautés des Communes de l’Ouest de Guyane et ancien président de la SENOG, société d’économie mixte qui réalise des projets économiques pour le compte de la commune.

C’est donc une personnalité politique guyanaise de haut rang.

Ce personnage inscrit dans le paysage guyanais depuis trente ans a été inquiété depuis quelques années pour des faits de corruption sur des marchés publics de la CCOG et de la Mairie. Il a fait quelques mois à Ducos en préventive. Il se dit innocent. Le procès vient de s’achever aux Antilles et le voilà condamné à 3 ans de prison ferme. Il a bien sûr fait appel, celui-ci étant suspensif, il reste libre jusqu’au verdict du procès en appel.

D’autres hommes politiques guyanais ont été emprisonnés, certains pour des motifs similaires, d’autres parce qu’ils défendaient leur pays.

 Le Blog: Si le maire de Saint-Laurent a été jugé pour corruption passive, quelles sont les autres raisons d’incarcération de personnalités Guyanaises?

MP: Si on s’intéresse à la période contemporaine, on peut rappeler le fameux « complot de Noel » de décembre 1974. 8 indépendantistes guyanais sont emprisonnés pendant deux mois en France. Le procès se termine par un non-lieu, ils sont libérés en février 1975 et retournent en Guyane. En 1980, 5 militants indépendantistes sont encore emprisonnés, ils restent un an entier en prison pour « atteinte à la sureté de l’état » et sont amnistiés par Mitterrand qui est élu en 1981. En 1997, 12 jeunes et militants syndicalistes et politiques sont de nouveau déportés et incarcérés  en Martinique et en Guadeloupe. Ils participaient à la lutte de Novembre 1996 pour le Rectorat de Guyane et étaient accusés de vouloir incendier la maison du procureur Beck. Leur temps de prison s’échelonne  d’une semaine à 2 mois. Pour sa part Jean Victor Castor est de nouveau emprisonné pendant 3 semaines à Cayenne. Dans tous les cas les procès se terminent par des non-lieux. Ils bénéficieront même d’un dédommagement symbolique !!

Ces personnalités politiques qui ont connu la prison peuvent être fières à double titre. D’une part parce qu’elles défendaient leurs idées d’émancipation, ce qui participe du progrès humain et qui est reconnu par les textes internationaux à propos des peuples colonisés. D’autre part parce que les procès se sont tous terminés par des « flops ». Ils étaient accusés à tort !!

Le Blog : Pendant ces mouvements de revendications guyanaises et populaires quelle était la position de Léon  Bertrand ?

MP: En 1997, il se permet de dire publiquement qu’il était au balcon (on suppose du bâtiment de la Région à la rue De Gaulle de Cayenne !), qu’il a vu les agitateurs et que ce sont des terroristes. Il a traité la jeunesse mobilisée et surtout les militants politiques de terroristes !!

Lors des débats sur l’avenir de la Guyane dans les années 2000-2003, alors que les élus et forces progressistes de Guyane acceptaient d’étendre le consensus Guyanais jusqu’à l’UMP de Léon Bertrand, celui y participe affectivement  mais dans l’idée de le faire capoter. Il dira lui-même  sur radio Guyane : «  je suis entré dans ce processus pour le faire exploser de l’intérieur ».

C’est d’ailleurs à son appel qu’une partie des élus du Congrès boycotteront celui-ci pour se rendre à une réunion convoquée le même jour à la même heure à l’hôtel Amazonia par … Léon Bertrand. C’est encore lui qui fera basculer la majorité du Conseil Général en dévoyant Gérard Amayota en 2003. Conseil général qui vota contre les 5 résolutions du Congrès sur le projet Guyanais, y compris le rattrapage économique et qui refusa que les électeurs guyanais soient consultés.

Rappelons-nous que, du fait de cette prise de position anti-guyanaise de la nouvelle majorité du Conseil Général ( majorité de 10 contre 9, les 10 votes se composant de 6 présents et de 4 procurations !!),   seules la Martinique et la Guadeloupe prenaient part à la consultation populaire de décembre 2003.

Pour mémoire, je rajoute qu’au sujet de l’affaire de corruption pour laquelle le Maire de Cayenne  Gérard Holder et Elie Castor, député de Guyane et maire de Sinnamary  étaient inquiétés dans les années 1990, il avait lâché, à la télévision, au sujet d’Elie Castor : «  c’est comme un gamin qui vole de la confiture, il clame son innocence alors que ses babines en sont encore pleines » !!

 Le Blog :Par rapport à la politique d’Émancipation que vous prônez, comment situeriez-vous Léon Bertrand ?

MP: D’un point de vue politique Bertrand se positionne, et le revendique, comme un assimilationniste, un opposant à l’Emancipation Politique Guyanaise, un délateur d’opposants politiques et un saboteur du Projet Guyanais.

D’ailleurs, malgré sa mise en prison à Ducos en préventive par la Droite française, malgré les crocs- en- jambe de son ex-ami Rodolphe Alexandre président de Région, il n’hésitera pas à faire voter pour l’assimilation législative de l’article 73 à la consultation de 2010 et à faire campagne pour la liste Guyane 73 aux élections régionales de 2012.

C’est donc un assimilationniste militant.

C’est cet homme politique réactionnaire, c’est-à-dire activiste farouchement conservateur, qui vient d’être reconnu coupable de corruption. Un ancien ministre, maire, président de communauté de commune, condamné à 3 ans de prison pour corruption.

On convient qu’il n’y a aucune gloire à cela. C’est même honteux !

Certes, il a fait appel de la décision du tribunal. L’appel étant suspensif, il peut, d’un point de vue strictement juridique, se prévaloir de la présomption d’innocence. Sa condamnation n’étant pas définitive. 

Mais, qu’en sera-t-il  au procès en appel ? L’avenir nous le dira.  Et s’il est encore condamné, il devra encore en prendre acte …

Par contre, du point de vue de la lutte politique, c’est un juste retour de bâton. Il a donné des coups, il en reçoit maintenant !

Un ancien me disait que dans un combat,  il faut  aller avec deux sacs : un premier plein des coups que l’on va donner, un deuxième vide pour y mettre ceux que l’on va recevoir…

 Le Blog : Léon Bertrand a-t-il une éthique politique ?

MP: D’un point de vue personnel l’homme doit avoir quelques principes.

Mais du point de vue de la morale  politique, il nous a montré qu’il n’en avait pas autant.

En effet, alors qu’il était soupçonné de corruption et qu’il avait passé  près de 4 mois à Ducos, il a eu le culot de se présenter aux dernières élections législatives de 2012. Il aurait pu, compte tenu de la hauteur de sa personnalité politique et de la gravité des faits qui lui sont reprochés, attendre que le procès ait lieu et, s’il est innocenté, se présenter lors d’un prochain scrutin. Cela semble d’une assez bonne morale politique que la personne impliquée dans une affaire de justice ne brigue pas un poste de parlementaire, pour faire la loi !

Peut-être courrait-il après une éventuelle immunité parlementaire…

En 2014, il y a l’élection municipale.  Or cette fois-ci, il est condamné lourdement en première instance ! Aura-t-il le cran de postuler encore à la Mairie, ou profitera-t-il du moment pour sortir par la grande porte, après une trentaine de « bons et loyaux » services ?

Si on se base sur ce qu’il a déjà fait en politique, Il est capable de courir encore derrière un Nième mandat de Maire de St Laurent du Maroni !

Lui qui a su dénoncer les « voleurs de confiture » et les « terroristes ». Lui qui a participé aux mensonges de la campagne du 73. Lui qui, à l’élection législative dernière,  comparait publiquement son cas à celui d’un président d’association qui aurait fait quelques petites erreurs

Lui qui, pour être élu à l’Assemblé Nationale française, n’a pas hésité à se présenter contre le candidat de son propre parti politique, Paulin Bruné, député sortant dont il était, de surcroit,le suppléant dans la mandature précédente …

 Propos recueillis par JOAN Gilles

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