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Analyse du congrès des élus de la Guyane.

22 mai 2013 de Idéal Guyane
Congrès Mai 2013 en ligne

Lundi 6 mai 2013 les élus Guyanais de l’assemblée générale et celle du  conseil régionale en compagnie du député de la première circonscription Gabriel SERVILLE et du sénateur Jean Etienne ANTOINETTE sous la présidence d’Alain TIEN LONG étaient réunis en congrès dans la commune de Rémire-Montjoly. Les débats ont duré  plus de dix heure. Maurice PINDARD vous propose une analyse de ce congrès.

Maurice PINDARD, pouvez-nous livrer  votre analyse complète de ce rendez-vous où quatre grands points ont été abordés.

La première chose que je dirai est que le « congrès des élus » de Guyane est dans son esprit une création guyanaise. Ce sont nous, élus de Guyane, le 27 février 1999, qui avons pour la première fois tenu une réunion conjointe des élus du conseil général et régional que nous avons appelé congrès. Cela n’existait pas dans la loi française relative à ce qu’elle appelle « DOM ».

Ensuite les socialistes ont pondu leur Loom, loi d’orientation pour l’outremer, en 2000, dans laquelle ils prévoient un congrès des élus qui pourrait discuter de questions institutionnelles.

Il faut que je précise à nos amis internautes que le gouvernement de gauche a posé un verrou supplémentaire pour rendre plus difficile la prise de décision des élus sur les questions statutaires. En effet, la loi impose, une fois que le congrès ait recueilli la majorité des voix sur un texte que celui-ci soit adopté ensuite, par chacune des deux assemblés réunies séparément, dans les mêmes termes !

C’est derrière cet artifice juridique, « de gauche », qui n’existe pas lorsque le Congrès français (Parlement et Sénat réunis) siège, que la ministre « de droite »  s’est abritée pour ne pas consulter la Guyane en décembre 2003.

Tout cela pour dire que ces instances de débats sont des leurres, des « parc » dans lesquels des élus sans pouvoir peuvent se débattre.

1°) Quel est votre avis sur la poursuite légalisée de la rémunération des chefs coutumiers de Guyane par la prochaine collectivité.

Cette question est sensible. Elle touche aux coutumes des uns que les autres ne connaissent pas ou mal. Elle touche des zones en mal développement, et discriminées, de fait, par rapport au littoral ou à Cayenne. Il faut donc une méthode particulière et c’est ce que nos élus se refusent à admettre.  D’où, incompréhension et interprétation. Même frustration et crispation.

Tant que nos élus traiteront cette question comme des français, quasiment étrangers à leur réalité, nous ne pourrons pas avancer.

Ainsi quand le président de conseil général dit qu’il n’a jamais été question de supprimer l’indemnité des chefs coutumiers, les élus des communes concernées et beaucoup d’habitants répondent que c’est effectivement l’intention du conseil général !!

Le débat sur l’utilisation des langues guyanaises est le reflet de cette situation de malaise.  Quand j’étais au conseil régional de 1998 à 2004 on a voulu nous interdire de parler créole dans l’assemblée, puis l’on a commis un traducteur pour les comptes rendu, puis plus rien et les propos en créole étaient « oubliés ».

On pourrait supposer qu’au XXIème siècle il ne soit pas trop difficile, à l’occasion de grandes réunion trimestrielles, de prévoir des interprètes dans les principales langues du pays !! Il n’y en pas cinquante ! !

C’est un positionnement guyanais or les élus sont formatés français …

Dire aussi que c’est à l’état français de prendre en charge les indemnités des capitaines est une façon de se dédouaner des responsabilités morales et politiques des élus Guyanais. C’est fondamentalement une source d’incompréhension et de division. Ce n’est pas un positionnement vers l’émancipation.

2°) Maurice Pindard valide-t-il aussi la suspension de la rémunération des prêtres de Guyane ?

 La position du conseil général semble claire et légitime. L’état transfère des charges sans compensation. Cela créé une inégalité dans le traitement des cultes. Le conseil général n’a pas les moyens il demande donc au Vatican, état catholique riche, de prendre ses prêtes en charge, ou alors les paroissiens comme cela se fait partout ailleurs

3°) Quel est votre position sur  la restitution du  patrimoine de la Guyane par l’état colonial qui ne semble pas se presser?

L’état a transféré des immeubles au conseil général, mais celui-ci demande qu’ils soient remis en état et mis aux normes avant d’en prendre possession. L’état traine les pieds. Les élus de Guyane souhaitent que cette question soit tranchée avant l’installation de la nouvelle collectivité. Cela peut se comprendre. De mon point de vue, aux normes ou pas, les collectivités de Guyane doivent récupérer tous les biens de l’état en Guyane, c’est une position de principe qui devrait être affirmée. Que dire de la situation foncière !! C’est un patrimoine payé par la sueur et le sang de nos ancêtres !!

4°) Quel mode de gouvernance pour  la prochaine collectivité auriez-vous choisi ?

Bicéphale, c’est-à-dire à deux têtes, un président de l’assemblée et un président du conseil exécutif, à peu près comme un président et un premier ministre. C’est ce que souhaitent la grande majorité des élus. Mais comme Alexandre n’est pas d’accord, et que Sarkozy le soutenait, la loi a déjà tranché dans son sens. C’est-à-dire gouvernance monocéphale, à une seule tête, un président de l’assemblée et puis c’est tout !

Tous les arguments s’affrontent pour justifier l’une ou l’autre des positions. Je pense qu’il vaut mieux partager le pouvoir et que dans la mesure où il n’y aura plus qu’une assemblée unique, il est préférable d’avoir un président d’assemblée et un deuxième personnage qui dirigerait le mini gouvernement.

Le vote a reflété les clivages politiques, les élus régionaux étant plus nombreux, la position d’Alexandre a été réaffirmée.

En conclusion je dirai qu’il nous faut sortir de parc à parlotte ou ne l’utiliser qu’en tant que caisse de résonance d’une mobilisation réelle pour l’émancipation.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

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