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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La Guyane bientôt sur la liste des pays à décoloniser ?

19 mai 2013 de Idéal Guyane
Le drapeau de la CTG

Après plusieurs années de bataille politique  la POLYNÉSIE est enfin sur la liste Onusienne des pays à décoloniser. En Amérique du Sud, la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et Saint-Martin seront certainement demain sur cette fameuse liste des pays à décoloniser. En  Guyane, Maurice PINDARD est l’un de ceux qui a récupéré le flambeau tendu par les anciens afin de poursuivre ce combat pour la décolonisation de la Guyane.

Maurice Pindard votre réaction.

Félicitations aux camarades de la Polynésie. Leur travail acharné a payé ! Bravo !!!

Quelles ont été les différentes étapes avant que la Polynésie ne soit sur cette liste onusienne ?

Le plus difficile est de convaincre des états siégeant à l’ONU de porter la proposition et la défendre à l’ONU. Il y a donc un lobbying acharné à faire dans la région, ce que les camarades ont fait dans le pacifique. Puis avoir la bienveillance du bureau de l’assemblée de l’ONU qui accepte de mettre la question à l’ordre du jour.

Il faut rappeler qu’avant la Polynésie, la Nouvelle Calédonie avait fait la même démarche auprès des états mélanésiens et avait réussi de refaire inscrire leur pays sur la liste des pays à décoloniser en 1986. Jean Marie Tjibaou et Yewene Yewene avaient fait de nombreuses missions dans tous ces pays.

Quels sont les points communs entre la Polynésie et la Guyane qui pourront figurer dans le dossier de « Lagwyiann » ?

Après la guerre, en 1945, la Guyane et les autres colonies françaises étaient sur la liste des pays à décoloniser, mais en 1947, avec la départementalisation intervenue en 1946,  la France a décrété qu’elle n’avait plus de colonies. Elle a cessé de communiquer à l’ONU l’état de la situation de ses possessions outre-mer.

La situation de colonie de notre pays est évidente pour la quasi-totalité des pays du monde, notamment pour les pays de la caraïbe et de l’Amérique du Sud.  Le dossier de la Guyane est déjà aux mains de nombreux diplomates qui savent ce qui s’y passe mais la France fait pression sur les petits pays  pour qu’ils ne soutiennent pas notre candidature. Et certains grands pays de notre continent « attendent de voir », tout en continuant de tirer avantage de leur « commerce » avec la France et l’Europe.  

En 1989, à St Lucie, j’ai représenté le MDES, à la réunion annuelle du Comité de Décolonisation de l’ONU. Mais je ne pouvais pas siéger officiellement, j’étais dans la délégation du FLNKS de Nouvelle Calédonie et j’en ai profité pour alerter les pays, dans les couloirs, sur le fait colonial en Guyane. Avec des camarades de Martinique de Guadeloupe et du Timor Oriental qui n’était pas encore indépendant, nous avons tenu une conférence de presse. Nous avons su plus tard que la France avait menacé St Lucie de représailles économiques sur l’importation de bananes si elle continuait à « soutenir des indépendantistes ».

En 2001, c’est à Cuba que je suis allé auprès du comité de décolonisation de l’ONU. En aparté le président du Comité nous a dit ce que nous devons faire. 

Nous avons un dur travail de lobbying à faire dans notre région, nous devons aussi arpenter les couloirs de l’ONU, mais le plus important est à faire en Guyane où la mobilisation interne est le facteur déterminant.

Comment se concrétise sur Lagwiyann le travail effectué depuis 1989 pour que nous soyons un jour sur cette fameuse liste ?

Nous avons un problème en Guyane. Pour que les États voisins nous soutiennent à l’ONU il faut qu’ils voient, soit une mobilisation importante qui porte la revendication, soit des élus représentatifs qui défendent le dossier.

Or nous avons échoué avec la consultation avortée de 2003, puisque les élus de conseil général de l’époque, manœuvrés par Léon Bertrand ont refusé de  voter le texte du projet Guyanais vers une petite autonomie.

Il y avait mobilisation populaire, oui, mais il aurait fallu que le Komité Pour Nou Démaré Lagwiyann soit plus solide et plus « politique » pour que le relais se fasse, efficacement, au plan diplomatique. Il fallait que le MDES soit plus fort et mieux représenté, nous n’avions que 3 élus à la Région, dans l’opposition.

Les autres élus, par exemple la majorité du Conseil Régional, PSG-UMP, ne pouvait pas porter à l’étranger une telle revendication. Antoine Karam avait préféré s’allier à l’UMP dans une soi-disant « majorité de travail », après les élections régionales de 2008, au lieu de le faire avec les FDG d’Othily qui étaient eux aussi «  de gauche ».

Nous avons échoué encore en 2010 quand, sorti de l’ombre de Sarkozy, Rodolphe Alexandre se glissait dans la consultation faite à sa mesure et faisait capoter l’aspiration d’autonomie portée par tous les autres élus de Guyane. Je rappelle que la consultation était piégée par Sarkozy qui avait  imposé 2 questions.

Nous n’avons donc en Guyane, pour l’instant, ni un mouvement populaire mobilisé qui soutient l’aspiration à l’émancipation, ni des élus représentatifs pour la porter à l’extérieur.

 Un leader autochtone de l’ONAG, lors d’un entretien sur Guyane Première Télé, avait un discours proche  du MDES sur l’importance de la  décolonisation politique mais elle prônait en plus une décolonisation spirituelle.  Est-ce qu’il y a un travail commun avec le peuple premier ?

La question autochtone est incontournable en Amérique du Sud. Certains pays comme la Bolivie l’ont inscrite dans leur constitution.

Dès sa création le MDES a posé dans ses principes et sa pratique l’importance du travail commun avec le peuple premier y compris sur les questions philosophiques et spirituelles. Nous avons d’ailleurs organisé un séminaire à ce sujet, l’intervenant principal était Alexis Tiouka de la FOAG de l’époque. Nous avons tenu des réunions sur les questions foncières avec le leader autochtone dont tu parles. Lorsque nous organisons les conférences sur le pétrole et le suicide des jeunes, elle, Mme Florencine Edouard,  y participe pleinement. Nous avons d’excellents contacts avec la FOAG aussi.  Mais c’est un combat long et difficile. Il faut d’abord dissiper les malentendus et vaincre les préjugés de part et d’autre. Mais il faut aussi et surtout que chacun se positionne clairement, ce qui n’est malheureusement pas encore gagné, dans un pays où l’opportunisme politique est roi.  

Je reste convaincu, cependant, que l’unité du combat sur la question autochtone est une des clefs de notre réussite future.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

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