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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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ÉDUCATION : UNE GESTION QUI DONNE DES MAUX DE TÊTE.

9 mai 2013 de Idéal Guyane
Collège Ferdinand Madeleine à Iracoubo

Courant du mois d’avril 2013 à Iracoubo, un père de famille contestait l’exclusion de sa fille « pour insulte envers son professeur ». Pour se faire entendre et que sa fille soit réintégrée dans le collège, il bloqua alors, avec une machine de travaux public l’entrée du collège et une solution fut aussitôt trouvée par le rectorat de Guyane. Cette actualité a pu paraître anodine mais, à regarder de plus près, elle devrait  nous inquiéter, nous interpeller car ils sont nombreux, les parents à ne pas savoir quelle attitude adopter face à cette machine administrative où les professeurs sont des rois et les enfants du pays des petits colonisés. Alors que pense Maurice PINDARD qui est aussi un enseignant.

Le blog : Le décrochage scolaire avant l’entrée au collège est manifeste ne serait-ce qu’au vu du nombre d’élèves de la sixième qui sont jugés devant les différents conseils de discipline. Est-ce que,  d’après vous, l’état, qui a une obligation de résultat pour chaque jeune en difficulté dans le système scolaire, assume cette obligation convenablement en Guyane ?

Maurice Pindard : Le parcours scolaire de nos enfants est difficile. Dès l’école primaire ils sont en situation d’échec parce le taux de redoublement est élevé et que nombreux sont ceux qui n’ont pas fait tout le cursus dans cette première école. Au Collège les difficultés sociales des parents se reflètent sur l’instabilité des enfants. Et il y a de nombreux cas d’indiscipline, d’incivilité et de violence entre élèves et envers les enseignants. L’état français gère un système qui fabrique l’inégalité sociale en France même, le système capitaliste où les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Le caractère colonial de notre pays sous tutelle aggrave le tableau. Il est donc clair que l’état considère qu’en Guyane il n’a aucune obligation de résultat.

Le blog : Quelles les différentes responsabilités dans l’échec scolaire en Guyane ?

Maurice Pindard : Dès le départ les enfants de Guyane ne sont pas alphabétisés dans leur langue maternelle. Tout le monde fait « comme si ». Ce que reprochait au système le regretté et éminent pédagogue guyanais Arsène Bouyer d’Angoma. Les enfants apprennent la langue d’enseignement, le français, comme si c’était leur première langue. Ce qui est faux pour la grande majorité des enfants. Ils sont donc au départ en situation d’échec. Ils accumulent les retards.

La situation sociale, dont je parlais précédemment, joue un rôle important. Les familles sont déstructurées, souvent avec un seul parent, souvent qui ne travaille pas, dans des conditions de logement précaires.

Le ciment social est de plus en plus lâche, laxiste,  car les parents de plus en plus jeunes n’ont pas l’autorité et les connaissances pour élever correctement leurs enfants.

L’encadrement scolaire aurait pu y remédier, professeurs, conseillers d’éducation, d’orientation, psychologues, chefs d’établissement etc. Malheureusement, ce sont pour la plupart des personnes venues d’ailleurs, ne comprenant pas la réalité humaine guyanaise et toujours en instance de départ. De nombreux professeurs sont de jeunes français dont les notions d’apprentissage et de discipline sont à l’opposé des nôtres.

L’échec s’approfondit à l’école au lieu de se résorber !!

Le blog : Comment auriez vous structuré la politique des représentants des parents d’élèves de Guyane que l’on n’a pas entendu lors de la contestation d’Iracoubo, si vous en aviez la possibilité ?

Maurice Pindard : Être représentants des parents d’élèves à l’école est une mission à laquelle aucun parent n’est préparé. C’est l’école qui doit, de mon point de vue, apprendre aux parents à devenir des délégués aux conseils d’école ou conseils d’administration. Les associations doivent elles aussi fréquenter l’école davantage et l’école doit les considérer comme de vrais partenaires ayant droit de regard sur les contenus et l’organisation de l’école. Or ce n’est pas le cas. L’institution scolaire est jalouse de ses prérogatives et les parents ne sont souvent que « convoqués » quand leur enfant pose problème. Et dans les conseils d’administration seuls siègent les parents  qui de par leur profession ou leur milieu social sont un peu au courant du rôle qu’ils pourraient jouer.

Le blog : Certains professeurs  n’hésitent pas à prendre d’autres habits pour affirmer que nos élèves ont un problème lié à la psychiatrie comment jugez vous ceux là ?

Maurice Pindard : Les professeurs croient avoir la connaissance. Or même dans leur matière c’est relatif. C’est encore plus vrai dans des domaines sensibles où seul l’avis des spécialistes est indispensable. Mais il faut dire que l’école de Guyane est empreinte de paternalisme, voire de racisme. Parce qu’elle est coloniale et que la majorité de ses agents sont des coloniaux, de passage, qui se croient en « mission de civilisation » des nègres et des indiens. Ils s’arrogent donc des droits et pouvoirs qu’ils n’ont pas. Et nous laissons faire, en bons colonisés !

Le blog : Le bras de fer entre le recteur de l’académie de Guyane et le syndicat SE UNSA autour de la porte ouverte aux candidats des autres académies lors du prochain concours de recrutement de professeurs des écoles a tourné en faveur du syndicat. Le syndicat reprochait aux recteurs de creuser un peu plus le trou de l’avenir de l’éducation en Guyane, et, lui rétorquait le contraire. Un souci de plus pour l’avenir du pays ?

Maurice Pindard : Le syndicat UNSA a raison  de se mobiliser contre cette mesure de « dékartchaj » du recrutement. Il est à regretter que les autres syndicats soient aussi timides y compris le STEG UTG dont c’est normalement le cheval de bataille. En effet, le recteur peut très bien repousser la rentrée de la fameuse école spéciale de professeurs pour permettre une montée en puissance des candidats guyanais qui seraient alors plus nombreux pour intégrer l’école. Par rapport à ce que j’ai dit plus haut on voit l’importance d’avoir des équipes éducatives, stables et composée en grande majorité de guyanais.

Le blog : Les ouvriers de l’entreprise « GEPAR » ont signé un accord de fin de grève.  Le fond de leur revendication ressemblait beaucoup à celle du syndicat SE UNSA.

Maurice Pindard : Ils se battent pour l’emploi local et l’embauche prioritaire des intérimaires par rapport aux recrutés extérieurs. L’argument de la direction portait sur la question du rapprochement de conjoint  mais il faut connaitre le fin mot de l’affaire au lieu de se précipiter à la remorque de cet argument. La question fondamentale est bien celle de la pérennisation prioritaire des embauches précaires avant l’utilisation de main d’œuvre extérieure.

Le blog : Les gérants des pompes à essence font grève. D’après vous, leur revendication : est ce pour améliorer les conditions de travail des pompistes qui touchent à peine le SMIC ou pour améliorer leur propre condition de vie ?

Maurice Pindard : Ils ont dit clairement qu’ils veulent un centime et demi de  plus par litre d’essence car leur marge est trop étroite face à l’augmentation du prix et des taxes. On pourrait supposer que cela leur permettrait de mieux payer leur personnel. L’expérience montre que ceux-ci ont intérêt à s’organiser de leur côté afin de récolter leur part.

Le blog : Rodolphe ALEXANDRE qui sort un communiqué sur les médias même pour les chiens écrasés, comprenez vous ce comportement ?

Maurice Pindard : Vous voulez dire qu’il occupe la scène médiatique au maximum ? Cela correspond à sa ligne populiste. Dans son registre il n’a pas tort. Il vend sa camelote.

Propos recueillis par JOAN Gilles

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