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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Le problème des pêcheurs est Guyanais.

8 février 2013 de Idéal Guyane
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L’actualité du moment dans le pays, elle est politique, sociale, économique et diplomatique par le conflit des pêcheurs. Ce conflit résume l’histoire « di nou péyi ». Malgré les alternances politiques qui se succèdent depuis des années, en France et en Guyane, nous nous enfonçons davantage dans le « benyenyen pinèz ».

Le blog: Beaucoup d’élus politiques de Guyane qui aujourd’hui encore se prosternent devant «manman lafrans » apportent aujourd’hui leur soutien aux pêcheurs de Guyane. Croyez-vous ces soutiens sincères et utiles?

MP: Les soutiens sont toujours utiles. Les réseaux sont tellement multiples et parfois occultes qu’il vaut mieux, pour les pêcheurs, être soutenus que combattus.
Sont-ils sincères ? Les élus qui se contredisent dans leurs actes et paroles sont surtout opportunistes. Le cas du président du conseil régional est flagrant, nous l’avons déjà souligné. C’est lui qui a été l’homme de Sarkozy pour maintenir la Guyane dans l’assimilation législative de l’article 73 et c’est lui qui demande, maintenant, que les lois françaises soient adaptées à la Guyane. C’est ce que proposait l’article 74 qu’il a combattu par le mensonge et le chantage aux allocations. Le maire de Saint Laurent est à mettre dans le même sac.
D’autres élus, ceux de gauche, sont gênés par ces conflits qui mettent en cause la politique du président qui était leur candidat. Ils apportent leur soutien, mais ne veulent pas affaiblir leur camp. Ils appellent les deux parties à se mettre autour d’une table pour trouver une solution, sans qu’il n’y ait de vagues.

Le blog: Les revendications des pêcheurs sont-elles légitimes et réalistes ?

MP: Elles sont légitimes parce que la profession tire ses revenus, son existence, de l’exploitation des ressources de la mer. Or, la France considère que c’est elle qui a la responsabilité exclusive de la surveillance du territoire marin de notre pays ! Les pêcheurs ont donc deux fois raisons d’interpeller le gouvernement français.
Réclamer de pouvoir faire son métier en toute sécurité, que l’état les indemnise puisque c’est sa responsabilité qui est engagée, négocier sur les dettes fiscales. Ce sont les principales revendications des pêcheurs, il n’y a rien d’extraordinaire ou d’irréaliste.

Le blog: Quelle est la place du secteur de la pêche dans l’économique de la Guyane ?

MP: C’est un secteur productif qui fait vivre plusieurs centaines de personnes. C’est l’un des points positifs de la balance commerciale de Guyane puisque nous exportons du poisson aux Antilles. C’est un secteur prometteur en termes d’emplois salariés et non-salariés. C’est une filière de pointe. Nos eaux sont riches, mais elles sont pillées, impunément.

Le blog: Il y a eu des formations au Portugal, des prototypes de bateaux, etc… mais la Région Guyane depuis qu’elle existe a-t-elle vraiment essayé de mettre une politique cohérente pour le secteur ?

MP: Les élus qui ont dirigés l’assemblée régionale depuis sa création ont bien sûr leur part de responsabilité. La France a exigé la francisation de la flotte pour remplacer les chalutiers américains et japonais dans les années 90. Mais la petite pêche n’a pas retenu l’attention des autorités. L’école de pêche, pour former nos jeunes, n’a pas suivi, les élus PSG de la Région n’ont pas été à la hauteur malgré les propositions et le dynamisme des professionnels. Des formations au Portugal inadaptées que ces élus ont quand même financé. Trois (3) bateaux prototypes que j’ai eu l’occasion de visiter quand j’étais élu régional et dont la profession n’a pas pu tirer profit. Rien de sérieux pour structurer la pêche côtière, former la relève et faire évoluer les techniques. C’est par leur autonomie et leur dynamisme que les pêcheurs ont réussi à s’imposer. Ce n’est pas grâce aux élus …

Le blog: Une partie du territoire du Brésil est bloquée par les pêcheurs de Guyane, qu’est-ce qui se passe actuellement et que peut-il se passer demain au niveau diplomatique entre la France et le Brésil ?

MP: Après le « choc » du blocage de leur consulat, les brésiliens ont accepté la situation et en discutent à Brasilia et à Paris. Personne ne sait ce qui se trame réellement entre les deux capitales. Quels accords sont passés. Quels intérêts « supérieurs » pèsent dans les balances diplomatiques. Apparemment ce blocage dérange la France qui est mise en accusation sur la scène internationale parce que tous les pays constatent qu’elle sait protéger sa fusée mais pas les populations de sa colonie Guyane.

Le blog: Les pêcheurs ne veulent pas se rendre en France pour négocier, qu’en pense Maurice Pindard ? Cela ne lui rappelle t-il pas un autre grand moment de la vie politique de la Guyane ?

MP: En Novembre 96 les lycéens avaient exigé que les ministres se déplacent pour négocier, ce qu’ils avaient obtenu parce que la mobilisation guyanaise était très forte, parce la revendication était évidente et parce que le pays était en situation d’émeutes violentes depuis 5 jours.
D’un autre côté, c’est régulièrement que les représentants politiques et socioéconomiques se rendent à Paris pour essayer de faire entendre les doléances du pays. Cela ne sert pas à grand-chose puisque la situation empire.
Il est donc tout à fait compréhensible que les pêcheurs, exaspérés légitimement, refusent de se rendre à Paris.
Sur la question de la baisse du carburant en décembre 2008, les négociations s’étaient faites en Guyane et par Visio conférence avec le ministre des colonies.

Le blog: Les orpailleurs de Guyane aussi ont décidé de revendiquer et se disent solidaires des pêcheurs. Combien de temps encore avant que la mèche soit terminée ?

MP : Souvent les évènements suivent une évolution en spirale ascendante. On a l’impression que les mêmes choses se répètent, mais ce n’est pas vrai. Les problèmes s’accentuent, le nombre de personnes touchées augmente, la prise de conscience générale se développe, les revendications s’étendent, les mobilisations gagnent d’autres secteurs et d’autres fronts de lutte s’ouvrent.
Mais personne ne peut dire quelle est la longueur de la mèche, et quand interviendra la déflagration.

Le blog: Les agriculteurs ont élu un hmong à la tête de la chambre d’agriculture Guyane. Si je vous disais que ce vote à une allure de vote ethnique et non de programme, que me répondez-vous ?

MP: Par rapport aux résultats et au nombre d’agriculteurs recensés on pourrait arriver à cette conclusion. Mais ce n’est pas si simple. En effet, le nouveau président de la chambre d’agriculture était, en fait, le « candidat du système ». Il a été intronisé par la fédération française de l’agriculture. Souvenez-vous qu’un de ses représentants étaient venus en Guyane pour expliquer à tous qu’il fallait voter pour M. Siong. Ce qui aggrave la question est que les Hmongs étaient, à leur arrivée en 1977, des réfugiés politiques installés « de force » en Guyane, contre l’avis général de la population. Ils sont en voie d’intégration et leurs enfants sont guyanais. Mais quand le pouvoir français les utilise pour mieux contrôler la profession agricole, cela crée un malaise.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

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