Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

Facebook

LA GUYANE en détresse.

27 janvier 2013 de Idéal Guyane

Alors qu’il était l’invité du journal télévisé de Guyane première, le président du MEDEF  Guyane ( Alain Chaumet) laissait entendre qu’il fallait dérouler le tapis rouge pour la venue en Guyane de tous ceux qui souhaiteraient investir en Guyane même les « békés ».

1°) Avec notre histoire et l’expérience des Antilles, l’argent peut-il tout effacer et tout permettre ?

MP : La question des Békés n’est pas banale, c’est une caste de capitalistes antillais descendants des  esclavagistes français, dont un des patriarches a eu publiquement des propos racistes. Il a fait l’objet de poursuites en Martinique. L’inconvénient de leur venue sur le marché de Guyane c’est leur nombre, leur dimension et leur capacité financière par rapport aux entreprises locales. Ce sont des monopoles qui se créent dans le seul but de faire du profit. Alain Chaumet démontre là que même s’il défendait l’article 74, il ne l’envisage que du point de vue des avantages « d’autonomie » qui pourraient profiter aux capitalistes. Il nous montre « l’internationalisme » qui prévaut au niveau des possédants ; Il devrait s’interroger sur les intérêts propres de la Guyane et de son peuple.

Sur cette affaire, il vient de se produire un rebondissement « interne ». En effet, Alain Chaumet est aussi le propriétaire de l’hebdomadaire « la semaine Guyanaise » et il vient de refuser à ses journalistes le droit de publier une enquête qu’ils ont mené sur le patron de l’entreprise minière Rexma. Ceux-ci signent une déclaration publique dénonçant la censure autoritaire de leur employeur.

Tout ceci ne plaide pas en faveur du patron des patrons de Guyane.

2°) La France qui ne respecte pas ses propres lois en Guyane ce n’est pas nouveau. Cette fois-ci, elle interdit dans ses lois mais donne l’autorisation pour l’installation d’une entreprise minière à proximité de la commune de Saül. Maurice Pindard quelle est votre position sur cette affaire ?

MP : La position publique d’Alain Chaumet en faveur de l’installation de la Rexma reflète le positionnement général des élus ou décideurs de Guyane. Le pays est en détresse, il n’y a pas de travail, aussi quelque soient les entrepreneurs qui veulent investir, il faut les soutenir. C’est aussi le principe des autorités françaises qui préfèrent maintenir en permanence notre peuple dans la mendicité que de développer le pays.

Bien sûr, de l’autre côté, il y a les ayatollahs de l’écologie qui refusent tout développement dans l’intérieur du pays au nom de la richesse de notre biodiversité. Or nous connaissons leur complaisance face à la pollution des lanceurs de fusées.

Enfin, dans cette affaire, il y a une question de dignité. Quand un maire prend une délibération pour concilier économie, développement et art de vivre, autoriser l’exploitation minière en dehors d’un périmètre de 10 km du bourg, c’est une décision responsable.  Je partage donc son indignation devant les dictats répétés du gouvernement français.

Le problème c’est que le maire de Saül trempe dans la connivence jusqu’au cou puisqu’il est le président du parc dit amazonien, dans lequel l’orpaillage clandestin est généralisé !!

Il n’est pas crédible.

3°) Rodolphe Alexandre était contre le projet d’installation il y a quelques jours, aujourd’hui, il bénit ce même projet. Quelle est votre analyse sur ces zigzags de la collectivité régionale et de l’homme de Sarkozy ?

MP : Au nom du populisme et fidèle au positionnement des élus dont je parlais plus haut, il cherche un arrangement afin de pouvoir dire un jour qu’il a favorisé l’emploi de dizaines de personnes. De plus, étant l’homme du pouvoir, il est «  placé » pour concilier l’inconciliable et il joue son rôle. Je pense qu’ils trouveront un « milieu » pour que l’entreprise s’installe quand même.

4°) L’élection à la chambre d’agriculture est pour cette fin de mois de janvier, pour l’ancien conseilleur agricole que vous fûtes, laquelle parmi les trois listes après analyse choisiriez-vous ?

MP : J’ai hésité au départ. Après avoir entendu les uns et les autres, après avoir regardé le débat télévisé, je suis obligé de me rabattre sur une position de principe, la seule juste, de mon point de vue. La chambre d’agriculture de Guyane est une officine de la préfecture ! C’est ça la vérité. Elle est sous tutelle en permanence, elle applique la politique de la DAF, Direction de l’Agriculture et de la Forêt, administration chargée de relayer les lois françaises et européennes  dans l’agriculture !!

A moins de vouloir «  prendre » la Chambre pour la changer, la révolutionner, il n’y a aucun espoir de voir changer les choses dans l’agriculture de Guyane. Les trois candidats sont à mettre dans le même sac. Il faudrait une autre liste  se démarquant clairement du manège officiel ambiant.

5°) La filière pêche est en train de se noyer ? Reste-t-il un espoir de la sauver ?

MP : Je me suis déjà exprimé à ce sujet en apportant mon soutien aux pêcheurs en lutte pour leur gagne-pain. L’espoir réside dans la possibilité pour les pêcheurs de prendre, eux-mêmes, par leurs instances représentatives, les décisions les meilleures pour la profession  et dans la possibilité pour l’Autorité Guyanaise d’une part d’encadrer par un dispositif règlementaire local ces dispositions et d’autre part de les faire respecter. Or, cela n’est pas admis dans le système politico, juridico administratif de la Guyane. Le secteur de la pêche va donc vivoter, en dépérissant de jour en jour tant que le changement politique n’aura pas lieu.

Les travailleurs de la pêche doivent-ils, cependant, arrêter de revendiquer, de lutter comme ils le font actuellement. Bien sûr que non. Quand un secteur lutte, il se joint aux  batailles sociales des autres  catégories humaines du  pays. En même temps les travailleurs apprennent et comprennent que leur combat n’est pas seulement social ou économique mais aussi et surtout politique. Ils buttent contre la volonté ou « non volonté » politique de l’Etat européen qui dirige, en fait, la Guyane. Sous le masque de la départementalisation, ils découvrent la colonisation française.

6°) En ce moment se tient  une rencontre historique importante pour l’Amérique du  Sud, la caraïbe et l’Union Européenne, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

MP: Il s’agit du premier sommet entre la CELAC (Communauté des Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes) crée en 2010 et de l’Union Européenne. Dans la capitale du Chili, Santiago, se trouvent 60 délégations étrangères, 43 chefs d’états, d’Amérique du Sud, des caraïbes  et de l’Europe. Cet événement est retransmis en direct sur toutes les télévisions de notre continent sud-américain, sauf en Guyane. C’est dans ces moment-là que nous, guyanais, nous mesurons combien la France nous maintient hors du monde. Nous n’existons pas, en tant que peuple, en tant que pays, en tant qu’entité propre.  Et comment est criminelle la colonisation.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

Réagir

Post a Comment

Your email is never published or shared. Required fields are marked *

  1.