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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La journée autochtone en Guyane.

13 août 2012 de Idéal Guyane
Paramaribo 09-10-11 Août 2011

Le 9,10 et 11 août 2012 la Guyane rendait hommage à son peuple autochtone.  Chez nos voisins du Surinam et dans le monde entier ces honneurs sont rendus depuis plusieurs années. Là-bas, au Surinam la reconnaissance est très forte,  par exemple, c’est jour férié pour tout le monde le 9 août. Mieux encore, regardez de plus près les billets de banque du Surinam et vous verrez représentés des amérindiens.

1) Maurice Pindard vous avez assisté en décembre dernier à la fête des amérindiens de Guyane, quels ont été vos premiers sentiments concernant cette commémoration à la Guyanaise?

C’était la première fois qu’une fête était organisée dans la capitale pour célébrer officiellement les peuples autochtones de Guyane. C’était une initiative du président de région que nous avions félicité, malgré nos divergences. A l’époque mes sentiments étaient partagés parce que je connais et j’ai vu s’exprimer plus d’une fois les positions de fond des différents acteurs politiques sur la question autochtone. Ils ne sont pas en rupture avec la politique du gouvernement français, et souvent ils agissent par opportunisme ou par intérêt politicien. Lors des discussions sur le Pacte de développement  et le Projet guyanais, nous étions seuls à batailler, pour qu’un additif relatif aux peuples autochtones soit rajouté et discuté avec les autorités coutumières de Guyane. Nous étions seuls à insister sur la création d’un conseil coutumier pour lequel nous n’avions pas souhaité qu’il soit à priori  « consultatif ». Notre insistance faisait même l’objet de railleries ou de caricatures de la part de nos partenaires politiques !

Alors, attendons que la fête autour du monument inauguré pour la journée de 2012 se termine et nous jugerons ensemble de la crédibilité des agissements des uns et des autres.

2) Le peuple autochtone est meurtri dans sa chair depuis la colonisation européenne. En 1987 l’état Français sort un décret ? Pouvez nous parler de ce décret et nous dire la raison pour laquelle il existe ?

 Notre situation de « français à part entière » que la majorité des électeurs de Guyane a confirmé lors du vote en faveur de l’article 73 fait que les peuples autochtones et le peuple guyanais n’ont pas d’existence légale. Pour tenir compte des revendications des habitants de  Guyane, notamment pour l’accès à la terre, la France a pondu le décret de 1987 sur « les populations sylvicoles » c’est-à-dire qui tirent subsistance de la forêt. Ce texte offre la possibilité aux associations de populations amérindiennes et busiNenge d’accéder à des zones forestières.

Ce décret ne reconnait pas l’existence de peuples autochtones et donne droit seulement à des associations. La population  busiNenge a été rajoutée aux amérindiens semant la confusion sur le sens du mot autochtone. Ce qui permet à la population dite créole de revendiquer aussi ce titre et le droit d’usage sur des zones forestières.

En fait, il s’agit, pour la France, de faire d’une pierre deux coups :

–          Elle refuse l’existence d’autochtones sur la terre de Guyane, comme si les français avaient trouvé la Guyane vide de tous habitants quand ils ont en fait la conquête et comme si , en perpétrant le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage et la traite négrière,  ils n’avaient pas créés d’autres légitimités sur ce territoire

–          Elle divise les populations locales en faisant une catégorie sylvicole et une catégorie non sylvicole

3) Qu’elle a été en son temps et aujourd’hui d’ailleurs l’attitude des politiques Guyanais ?

Les politiciens guyanais sont dans un cadre dans lequel leur rôle est de parloter autour d’un budget que la France leur octroie. La France avait divisé le pays en « Guyane » et « territoire de l’inini » en divisant les populations  qui n’avaient pas les mêmes  droits. Par exemple ce n’est qu’en 1969 que le droit de vote a été donné aux amérindiens. La discrimination existe donc dans les textes et les faits à cause de la division du pays par le système colonial français. Les politiciens guyanais ont réclamé l’unification de la Guyane et la disparition du territoire de l’Inini, mais des situations de discrimination ont continué notamment avec l’aide du clergé lors de la séparation des enfants de l’intérieur dans des « homes ». Des préjugés à caractère raciste sont nés de ces situations de discrimination, de part et d’autres. Les politiciens guyanais, issus en grande majorité de la partie favorisée du territoire ont véhiculé ces préjugés et entérinés des discriminations. Mais les peuples sympathisaient déjà, y  compris pendant l’esclavage, et les mouvements progressistes guyanais ont revendiqué l’appartenance de tous à un seul peuple guyanais tout en respectant la diversité de chacun. Cependant, La question autochtone n’était pas encore posée clairement, elle le fut grâce à la FOAG , fédération des organisations Amérindiennes qui formula des revendications précises en se référant aux textes internationaux. Les hommes politiques guyanais en général ne se sont pas encore approprié ces revendications et, pour des questions de pouvoir ou par persistance de préjugés dépassés, ils se retranchent derrière le fait que c’est la France qui a cette compétence.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

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