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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La Justice

14 mai 2012 de Idéal Guyane
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La Justice est évoquée comme quelque chose de supérieur devant satisfaire tout le monde. On l’implore dans les moments difficiles, on s’en remet, on s’y soumet.

Très tôt les Hommes l’on déifiée. Ce sont les dieux qui tiennent la balance pour peser le cœur du défunt à la fin de son parcours sur terre dans l’Egypte negropharaonique.

Mais ce sont des hommes, grands chefs, rois, qui donnent la sentence aux vivants, entourés ou non d’un conseil dont ils suivent ou non les avis. On s’en remet, on s’y soumet parce que le monarque est d’essence divine, ou présenté comme tel.

Ce sont encore des hommes qui écrivent les codes à respecter, les lois qui devront inspirer les juges et ces hommes ont prévus des moyens de faire appliquer la justice par la condamnation, le châtiment et la peine à encourir. Et là encore, pour que La Justice soient admise sans contestation, elle est présentée comme étant donnée sous l’arbitrage divin. Il y a moins de 10 ans siégeait un grand crucifix dans la salle d’audience du tribunal de Cayenne.

Puis un homme, puis deux, puis de nombreux autres ont contesté les décisions de La Justice.

Cependant, La Justice était aussi Equilibre et Ordre. Equilibre entre les humains dans la société et Ordre qui garantit la pérennité de la société.

Or la société devenait inégalitaire et La Justice, même d’inspiration divine, ne pouvait pas rééquilibrer la balance sans déséquilibrer la société. Or ceux qui manœuvrent la balance de La Justice trouvent leur intérêt dans cet Ordre-là, précisément.La balance est réglée pour qu’il y ait riches et pauvres, propriétaires et locataires, grands et petits, exploiteurs et exploités car conforme à l’ordre social existant.

Et toutes les parties l’admettent. Le discours général, la conscience collective admet que tout le monde ne peut pas tout avoir, qu’il faut des patrons et des ouvriers, des seigneurs et des paysans, des maitres et des esclaves. C’est le Discours de La Justice, garante de l’Equilibre et de l’Ordre.

Mais malgré tout, des hommes ont refusé les décisions de justice, ont refusé d’obéir au code et à la sentence. Ils ont fui l’épée de La Justice et se sont mis à lutter contre l’Ordre de la société tout en faisant appel à La Justice.

La Justice est donc redevenue celle que l’on implore, placée au-dessus de tous, mais son inspiration divine a disparu. Ses prescriptions ne sont pas absolues. Les inégalités sont combattues et les déséquilibres de la société aussi. De part et d’autre on évoque la Justice et on la prend à témoin mais ce qu’en attendent les uns n’est pas ce qu’en espèrent les autres.

Bientôt cependant, tout le monde se met d’accord sur la base des principes de justice, sur un code minimal égalitaire, sur un équilibre souhaitable et acceptable par tous.

Parce que les pays sont en compétition et en guerre, une justice mondiale est pensée puis écrite, avec sa part d’universalité originelle et son application dans le contexte planétaire actuel. Mais là encore, ceux qui écrivent La Loi sont ceux qui règlent la balance et détiennent l’arme nucléaire. Ils sont amenés à ne pas trop équilibrer les sentences afin de ne pas remettre en cause l’ordre de la société dont ils seraient les garants.

Et, en conséquence, des hommes par milliers, par millions contestent cette justice internationale.

Alors, nous peuples de la terre, peuple de Guyane, comme tous les êtres humains, nous brandissons l’exigence de justice comme un préalable à l’établissement d’une société souhaitée et acceptée.

Nous réclamons justice devant des considérations universelles, droits de l’homme, droits des peuples, libertés fondamentales.

Nous réclamons justice face à des situations que nous considérons comme injustes : le non-travail, le salaire trop peu élevé, le non accès au soin, à l’école. Nous en appelons à la justice sociale.

Nous nous inspirons de notre histoire, de notre conscience collective et nous réclamons justice aussi nom de La Liberté, parce que nos ancêtres ont été esclaves et que nous voulons briser toutes nos chaines. Au Surinam, la manifestation pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage s’appelle « Ketikoti » que l’on pourrait traduire en créole «chenn pété».

Nous voulons imprimer à nos choix le sceau de La Justice, idéalisée. Mais nous savons aussi qu’au-delà d’un ensemble minimal de codes universellement admis, La Justice consacre un Equilibre et un Ordre qu’avec les peuples du monde nous devons contester.

Maurice PINDARD.

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