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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Le Gran Man Gason est allé dans la vallée des Sages

17 avril 2012 de Maurice Pindard
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Le mardi  10 avril 2012,  à DiiTabiki  sur le Tapanahoni (Surinam)  le Gran Man  Gason rejoignait la grande vallée des sages  après les rituels dus à son rang. Maurice Pindard vous aviez eu l’occasion d’échanger avec lui lors de missions en tant que représentant de votre Mouvement.

Dîtes-nous tout d’abord ce  que représentait cette personnalité pour vous puis ce que vous avez retenu des échanges que vous aviez eu tous les deux?

Nous sommes allés à sa rencontre deux fois avec une délégation du MDES de près de 15 personnes. Le Gran  Man Gason était le chef de la communauté Ndjuka. Cela faisait plus de 40 ans qu’il officiait. Les camarades avaient insisté pour que nous allions auprès de lui parce qu’il était détenteur d’un grand pouvoir spirituel.

Le jour de l’entrevue, Il n’y avait pratiquement pas de dialogue direct avec le Gran Man. Ce sont ses capitaines et basia qui s’exprimaient, nous posaient les questions, et le Gran Man, lui, écoutait. Ce n’est qu’à la fin des entretiens qu’il prenait la parole pour donner la conclusion des débats.

C’était un personnage très important que différentes personnalités, présidents de pays, étaient venues consulter et dont les photos ornaient la grande salle. Le protocole pour arriver à ce rendez-vous avait été long, il était considéré comme un Roi.

C’est d’ailleurs en raison de la grande considération que nous lui portions que nous sommes allés en délégation à ses funérailles du 8 au 11 avril 2012.

Avez-vous parlé  politique avec le Gran Man?

Lors de la deuxième visite, les capitaines nous ont demandé quels étaient les buts exacts de nos démarches et si nous cherchions un appui politique. Ils savaient qui nous étions et ont voulu des précisions. J’ai dû, en tant que chef de la délégation du MDES, lui dire clairement que nous n’étions pas venus demander un soutien pour des élections mais que nous voulions que les autorités Njuka les plus hautes sachent qu’en Guyane, et notamment sur le Maroni, il existait un parti Politique tel que le MDES. Nous voulions qu’ils sachent que notre mouvement se bat pour la cohésion sociale de tous les habitants de notre pays du Maroni à l’Oyapock et pour notre émancipation sociale et politique.

Lors des états généraux de 1997, des propositions pour valoriser et même donner plus de responsabilités  aux  chefs coutumiers avaient été formulées,  nous sommes  aujourd’hui en 2012, est-ce que les choses ont évolué?

Par démagogie et dans un esprit de division du peuple guyanais le président de la France a mis en place un conseil consultatif des autorités amérindiennes et businenge. Une ou deux réunions ont eu lieu sans aucune avancée. La France ne reconnait pas les autres peuples hors du peuple français. Elle ne reconnait pas l’existence des peuples autochtones. Encore moins celle du  peuple Guyanais. Le Droit coutumier n’est pas pris en compte par la justice. Les autorités françaises se servent des chefs coutumiers comme elles l’ont fait partout dans leurs possessions ;  ils sont utilisés par les gendarmes ou les politiques comme des tampons pour contenir les populations dans l’ordre établi.

Une partie des chefs coutumiers, qui possèdent encore une emprise sur leur communauté,  sont devenus des porte-paroles  de camps politiques. Malgré tout quelle place devraient-ils avoir dans la vie de la société Guyanaise?

L’exemple des Aluku  est typique. Ils ont deux Gran Man, un de droite et un de gauche. Ce sont des manipulations politiques qui ont conduit à cette division qui empêche une unité de décision de la communauté Aluku.

Dans l’autre sens l’expérience du Sénat Coutumier de Kanakie-Nouvelle Calédonie pourrait nous être utile. Cette assemblée est obligatoirement consultée sur toutes les matières qui concernent la sphère coutumière. UN bâtiment a été construit pour accueillir les sénateurs. Dans les villages, ou tribu (c’est le nom utilisé), les anciens sont toujours consultés, les procédures coutumières sont quasiment obligatoires et de nombreux conflits entre membres ou communautés sont arbitrés par le conseil des anciens. Le droit coutumier est pris en compte et des commissions de codification travaillent pour son intégration dans la justice.

Lorsque le prochain Gran Man sera nommé pensez-vous le rencontrer?

Ce sera encore une grande délégation qui fera le déplacement. Il faudra que nous allions plus loin dans nos échanges.

Propos recueillis par JOAN Gilles.

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