A propos de la crise sanitaire et de l’élection de Gabriel Serville à la CTG

1 septembre 2021 de Maurice Pindard

Maurice Pindard, en pleine pandémie la Guyane tourne une page à la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG), comment peut-on relier ces deux évènements, quels rapports ont-ils entre eux ? Un collectif d’associations et syndicats se mobilisent. Une rentrée scolaire agitée s’’annonce, qu’en pensez vous.

La plupart des partis politiques qui étaient dans la course avaient demandé aux autorités françaises de décaler la date de l’élection à la CTG. Celles-ci ont refusé et le scrutin a eu lieu comme prévue les 20 et 27 juin 2021.

Nous étions dirigés, si on peut le dire ainsi, par une même équipe d’élus guyanais qui, de droite ou de gauche, avaient renoncé à défendre les « intérêts propres de la Guyane ». Souvenez-vous, ils avaient décidé que nous n’étions pas prêts et qu’il fallait rester dans le « droit commun » de l’assimilation législative, dans l’article 73 de la constitution française.

Depuis plusieurs années déjà, cette équipe qui se répartissait les postes électifs et administratifs entre eux était toujours dans une posture d’allégeance au pouvoir parisien, plus royalistes que le roi.

Incapables de trancher pour un rectorat de Guyane en 1996, pour une université de plein exercice en 2013, deux victoires obtenues par la lutte de la jeunesse, du peuple et des organisations patriotiques.

Incapables de défendre la transformation des hôpitaux de Guyane en Centre Hospitalier Universitaire (CHU),

Incapable de poser la première pierre d’un CREPS (Centre de Ressources, d’Expertise et de Performances Sportives) Guyane.

Même équipe, copains coquins, en confrérie occulte, de droite ou de gauche, incapables enfin d’afficher une posture guyanaise dans cette pandémie mortelle.

Il fallait donc changer, il fallait les expulser du pouvoir qu’ils confisquaient par leur pratiques électorales dont ils étaient devenus experts.

Pour se donner toutes les chances, le leader de cette équipe proposait une plaquette luxueuse avec tous les projets qu’il allait enfin mettre en chantier, il alignait les chiffres, se perdait dans les détails, mentait sans sourciller.

Il avait aussi mis sous sa coupe 20 des 22 maires de Guyane ( pensait-il !) et 9 d’entre eux était en position éligible sur sa liste.

Il était sûr de gagner ( pensait-il …).

Son parti, Guyane 73 devenu Guyane Rassemblement était d’ailleurs le seul parti politique qui était en faveur du maintien de la date de l’élection malgré l’épidémie ambiante. Leur porte parole avait déclaré :
« Nous sommes prêts, maintenant ou après. Nous ne connaissons pas la situation sanitaire à la rentrée. Aujourd’hui, la situation est stabilisée, autant que les élections aient lieu ».

Il fallait donc changer, les « dégager » !.

Problème ! pour réussir à battre une équipe expérimentée sur les questions électorales, ayant les moyens financier nécessaires à sa victoire, n’hésitant pas à jouer sur les rivalités entre communautés, nous étions obligés de nous unir.

Quand je dis « nous », je parle de tous ceux qui réalisaient depuis des années qu’il fallait à notre pays une autre gouvernance, un autre projet avec plus d’autonomie et une autre posture face à l’arbitraire et à l’insolence des autorités françaises en Guyane, notamment, le préfet, la directrice de l’ARS ( agence française de santé en Guyane) et les responsables des forces armées et de police.

Nous avons donc posé le problème et trouvé les solutions. Certes chaque parti ou force sociale avait son point de vue mais la question unitaire semblait s’imposer et depuis la fin de l’année 2020, on discutait, rediscutait et discutait encore.

Finalement ce sont trois listes qui se sont opposées au président sortant le dimanche 20 du premier tour de l’élection à la CTG.
Celle menée par Jean Paul Fereira, maire d’Awala-Yalimapo soutenu par les Nouvelles Forces de Guyane) NFG , le Mouvement de Décolonisation et d’Emancipation Sociale (MDES), le Parti Socialiste Guyanais (PSG), Guyane Ecologie et Walwari.
Celle menée par Gabriel Serville, député (il a démissionné une fois élu à la présidence de la CTG) soutenu par son parti politique, Pays Guyane, par Guyane Insoumise (membre de La France Insoumise), les Grands Frères, les chasseurs.
Celle de Jessy Américain, jeune intellectuel ayant fait science Po et qui avait tenu des séminaires et ateliers de réflexion dans tout le pays.

Le plus dur a été de trouver les moyens de l’unité pour le deuxième tour. En effet, chacune des listes avait des raisons de continuer seule, des arguments pour bloquer le processus. Des tentations pour celui qui est arrivé en tête d’en profiter pour éliminer ou minorer les listes ou personnalités concurrentes … La rue a pesé, disons le plus clairement : Il y avait une volonté des forces populaires et des associations revendicatives pour l’unité afin de tourner la page à la CTG.

Celui qui était arrivé en tête devait mener la liste, il devait s’arranger avec les autres, une liste de fusion devait être déposée le mardi suivant le dimanche du premier tour, les discussions devaient aboutir, coûte que coûte !

Il faut indiquer à ce moment de l’article que nous avons des particularités en Guyane qui ne se retrouvent pas, aujourd’hui, aux Antilles. C’est la liaison forte entre les forces populaires progressistes et les forces politiques patriotiques. Ce sont aussi des relations apaisées entre les forces politiques progressistes.

Ainsi la fusion des listes très proches en Martinique n’a pas été réalisée, celle du président sortant Alfred Marie Jeanne, président du MIM ( Mouvement indépendantiste Martiniquais) et celle de Jean-Philippe Nilor, député et ancien membre du même MIM !.
En Guadeloupe, le divorce est grand entre les forces revendicatives, syndicales notamment, et la classe politique y compris le mouvement patriotique. La liste NOU frôle les 10% sans les atteindre.

Chez nous, la liste de fusion a donc bien été déposée en préfecture le soir du mardi 22 juin. Elle était conduite par Gabriel Serville, avec en bonnes places Jean Paul Fereira et Jessy Américain. Le dimanche 27 juin 2021 du deuxième tour, la liste obtenait 25342 voix soit 54,83% contre 20 876 soit 45,17% pour la liste du président sortant.

Enfin ! nous avions tourné une page, il s’agit d’en écrire un autre et ce ne sera pas facile !

En quoi cette victoire influe sur la pandémie ?

Nous avons parlé du projet guyanais qui était malmené et bloqué par l’ancienne majorité . Il semble que ne sera plus le cas. Je dis « semble » parce que nous ne sommes jamais à l’abri de revirement. En tout cas, un vice-président a été nommé avec une délégation concernant l’évolution statutaire. Ce qui veut dire que c’est un des chantiers qui devra être traité par cette nouvelle majorité. Le Front pour l’évolution statutaire qui est en relation avec lui est en attente d’une réunion de travail.

D’autre part la posture face à l’état n’est plus la même, notamment concernant la pandémie.

Une motion proposée par le mouvement social a été légèrement amendée et voté par la première assemblée plénière de Guyane le 20 juillet. Gabriel Serville a demandé la mise en place d’une instance citoyenne de concertation, il a exigé d’être invité dans les réunions de crise, ce qui a été fait lors de la réunion de crise de l’hôpital de Cayenne dimanche 22 août. Il répond aux autorités françaises en gardant un cap, on pourrait dire un cap Guyanais. Par exemple il a signalé que des soignants guyanais résidant en France ont demandé à venir aider la Guyane et que cela leur a été refusé, il a donc demandé qu’il soit remédié à cette anomalie et qu’au contraire leur venue au pays soit facilitée.

Gabriel Serville va-t-il garder le cap ?

Je signalais plus haut la forte liaison entre les forces populaires et politiques progressistes de Guyane. Gabriel Serville était constamment aux côtés des mouvements de masse et de citoyens depuis plusieurs années. Quand il a composé sa liste, il a fait appel aux Grands frères, à des membres d’associations, à des leaders syndicaux comme sa quatrième Adjointe, membre éminente de l’UTG à l’hôpital de Cayenne, des leaders politiques aussi comme celui de Guyane Insoumise. De plus, en faisant alliance avec les listes de Jean Paul Fereira et de Jessy Américain, il a été contraint de placer en position éligible des personnalités publiques impliquées fortement dans les associations revendicative comme celle des parents d’élèves et dans des partis de gauche comme les NFG, le MDES. L’association des 500 frères n’avait pas caché son appuis à la liste de fusion pour changer la donne à la CTG.

Nous sommes donc en Guyane dans une situation de « cogouvernance » populaire et progressiste ce qui est radicalement différent de l’ancienne majorité à la CTG.

C’est ce caractère populaire et progressiste qui pèsera constamment dans ses décisions et il lui sera régulièrement rappelé ses engagement de campagne. Déjà dès le soir de son élection, devant son local de campagne, des membres d’une associations revendicative le félicitait tout en lui faisant savoir qu’elle veillait sur lui et lui demanderait des comptes.

Concernant l’épidémie elle même, les manifestants ne cessent d’interpeller le président de la collectivité territoriale et lui demande de se positionner régulièrement. Quand il visite l’hôpital ou les autres secteurs sanitaires il voit aussi le personnel et les syndicats.

La rentrée scolaire ?

Nous sommes en épidémie. La Guyane est divisée en deux secteurs sanitaires et la rentrée scolaire est décalée selon la zone. Les syndicats d’enseignants et les parents d’élèves sont attentifs à l’évolution de la situation et aux répercussions sur l’école. Des actions ne sont pas à exclure comme à chaque rentrée scolaire. On sait déjà que de nombreux enfants ne pourront pas être scolarisés du fait du manque de locaux. Selon les protocoles sanitaires décidés et appliqués, les réactions ne se feront pas attendre.
La rentrée sera difficile aussi parce que les syndicats et associations revendicatives se sont regroupées contre l’obligation vaccinale, le pass sanitaire et les motifs impérieux pour circuler à l’intérieur du pays. Les syndicats déposent des préavis de grève, certains sont illimités, et la caravane pour la liberté qui rythme tout le mouvement est déterminée.

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