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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Les messagers du Père Noël Macron

23 juillet 2020 de Maurice Pindard
visite castex

Maurice Pindard, le dimanche 12 juillet 2020, « les enfants du Père Noël Macron » se rendaient chez nous en Guyane pour un voyage à la vitesse de la lumière afin de nous dire que tout allait bien en cette période de crise sanitaire du Covid19. Que les contaminations et les morts, ce n’était pas grave et que nous devrions être contents, satisfaits, voir même heureux et chanceux devant tout le travail fourni par l’état généreux français qui nous a permis d’atteindre un tel bilan Covid… avec tant de personnes disparues.

Maurice Pindard pouvez-vous nous expliquer l’attitude de ces gens venus d’ailleurs qui nous font tant de mal et que certains élus du pays cautionnent ?

J’ai indiqué plusieurs fois que nous sommes prisonniers d’un système.
La notion de Système implique une organisation forte et dans le cas de la France c’est pendant plusieurs siècles que les gouvernants de ce pays ont forgé leur structure sociale et surtout étatique. Ils ont participé à de nombreuses guerres qui ont abouti à la formation de leur nation. Ils ont pratiqué les guerres de colonisation, des crimes contre l’humanité dont ils n’ont reconnu qu’un seul, l’esclavage et la traite négrière, tout en refusant des réparations pour leurs victimes.
Le système français, issu de la révolution bourgeoise de 1789, a mis fin formellement à la royauté mais n’a pas abolit les privilèges et jusqu’à présent il y a une caste au pouvoir, une minorité de gros capitalistes, banquiers, actionnaires, rentiers, hommes politiques qui se succèdent à la direction économique et politique de leur pays. Ils ont un système administratif, juridique et judiciaire, avec police et armée, organisé pour permettre aux gens du pouvoir de continuer à régner, comme de nouveaux nobles, comtes ou rois. D’ailleurs, il faut noter que leurs cousins européens ont encore des monarchies constitutionnelles, avec roi et reine. Tandis qu’en France c’est l’hypocrisie des « droits de l’homme » qui masque le règne des privilèges.
Sur la scène internationale, grâce à ses colonies et néocolonies, la France fait le « ròklò », elle parle fort et se situe comme 5ème puissance mondiale. Avec l’organisation qui va avec, au niveau européen, à l’ONU et dans le monde.
Donc, quand un premier ministre, le ministre de la Santé et celui des colonies (qu’ils appellent hypocritement « les Outre Mers »), se déplace en Guyane cela a un sens, pour eux. Du point de vue de leur politique générale, intérieure et extérieure. Leur général président De Gaulle disait que la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts !
Nous sommes dans une pandémie mondiale, la France a confiné et déconfiné tous ses territoires au mêmes dates, en Europe, en Amérique du Sud et dans les caraïbes, dans l’océan indien et pacifique. Finalement l’épidémie démarre en Guyane au moment du déconfinement parce qu’au brésil c’est justement à ce moment là que l’épidémie est au plus fort, à notre frontière.
La situation épidémique est donc grave, nous atteignons bientôt 7000 cas et 40 morts. La France est pointée du doigt au niveau international par rapport à sa politique extérieure en Afrique. Au parlement européen un député originaire de la Réunion dénonce la catastrophe sociale et sanitaire en Guyane et à Mayotte, deux territoires sous administration française.
En Guyane la société civile, les collectifs, associations et syndicats, ainsi que les élus, critiquent la gestion de l’épidémie par les services français, ARS et préfecture. Ils manifestent chaque semaine dans les rues.
Une fusée Vega s’apprête à partir et cette situation sociale inquiète les financiers du spatial.
La France doit donc soigner ses intérêts en Amérique du Sud. Alors elle envoie une délégation de premier plan dans notre pays, colonie française et tête de pont de l’Europe dans le continent.
C’est le sens de la visite du premier ministre et des autres. Ils viennent en Guyane pour montrer au monde qu’ils savent gérer une épidémie, que tout est sous contrôle. C’est pour cela que leur communication consiste à donner des chiffres : nombre de tests effectués, nombres de lits dédiés, nombre de soignants arrivés de France, nombre de militaires destinés à l’épidémie, nombre de masques arrivés, de respirateurs, nombres de rations alimentaires distribuées, avions, porte-avions etc etc….
Il faut surtout montrer aux yeux de tous, à l’intérieur de la Guyane comme à l’extérieur de nos frontières que la France généreuse envoie les moyens financiers et humains nécessaires pour le bien-être de la population de sa possession outre atlantique.
Ainsi quelque soient les réclamations des guyanais, populations et élus, syndicats de santé et professions libérales, les autorités françaises répondent évasivement et répètent les mêmes chiffres dans le même but de propagande politique nationale et internationale. C’est de façon organisée qu’ils planifient leurs interventions orales et écrites. Rien n’est fait au hasard.
Par exemple, le message en interne est de dire à la population de Guyane que sans la France on est mort. Sous entendu c’est grâce à l’efficacité de la gestion de la crise qu’il n’a y que 40 morts ! ce qui n’est pas grand chose… Tout est sous contrôle. C’est aussi un message pour les autres colonies françaises.
Le message pour le monde, l’Europe et l’Amérique, c’est que la France est bien présente à la frontière du géant brésilien et qu’elle y gère la crise épidémique mieux qu’au Brésil ou qu’en Amérique du Nord.
Une fois que le premier ministre a fini son show, il laisse ses deux ministres 24 h de plus pour faire semblant d’écouter les réclamations des uns et des autres, faire des promesses évasives et rentrer en France, mission accomplie.
Alors, nous ne devons rien attendre de ces messagers d’une politique qui nous dépasse.
Prenons l’exemple de la motion initiée par l’UTG et le Mayouri Santé de Guyane, signée par tous les grands élus de Guyane et remise au premier ministre. l’affaire est classée, sans réponse ! Quand les manifestants menacent davantage, les directeurs de cabinet des ministres envoient un courrier adressé au préfet et à l’ARS en leur donnant mission de dire aux élus, ceci ou cela sans répondre à l’essentiel. Les ministres de la France n’écrivent ni aux élus, ni aux collectifs citoyens !!
Et quand les manifestants sont devant la préfecture carbonisée par le feu et la fumée des barricades, ces messieurs et dame acceptent enfin une réunion dans le seul but de désamorcer le mouvement de protestation sans jamais répondre à l’essentiel, la publication du décret sur la construction d’un CHU et la décision politique de construire un vrai hôpital à Maripasoula sur le Maroni et à St Georges de l’Oyapock.
Ce n’est pas parce que le préfet est têtu ou que la directrice de l’ARS est incompétente, NON ! Ils suivent leur feuille de route, les consignes qui leur sont données selon la doctrine coloniale bien ancrée et organisée en système : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts.
Pour la Guyane la doctrine est claire,
Maintenir la paix sociale : allocations et aides (y compris alimentaires), désamorçage des conflits, arrestation des militants les plus gênants.
Maintenir la dépendance : pas de développement, importation systématique.
Afin de Maintenir le territoire de Guyane sous administration française : Base spatiale européenne, rayonnement en Amérique du Sud, réserve bionaturelle et minérale en cas de besoin.
De ce fait, que cela nous fasse mal ou pas, que les morts dépassent la cinquantaine ou pas, ce n’est pas le problème de la doctrine. Ce n’est pas le problème du préfet ou de la directrice de l’ARS, ce sont des fonctionnaires, on pourrait dire des mercenaires, ils font leur boulot, c’est tout.
Alors, et les élus ?
Les élus sont partie intégrante du système. Leur mission est de bavarder dans les assemblées locales et au parlement français. Cela montre au monde que la France est démocratique et que les guyanais sont des français à part entière. Si les élus débordent de leur cadre, les services fiscaux et judiciaires entrent en jeu pour les calmer ou les éliminer de la scène politique.
Nous qui sommes sur place, peu informés de la véritable mission de la France, nous faisons la différence entre G. Serville et Lenaick Adam, entre Rodolphe Alexandre et Elie castor. Pourtant ils ne font que jouer leur rôle dans le même théâtre politique, pseudo démocratique. Ils sont libres de parole en tant qu’acteurs,  « parleurs de français» ou « gérants de budget » d’un scénario qu’ils n’ont pas écrit. Ils rejoignent la majorité présidentielle ou l’opposition, dans le même système qui garantit les privilèges de la caste au pouvoir. Selon qu’ils bénéficient plus ou moins de quelques avantages, ils sont plus ou moins vindicatifs. C’est la démocratie.

Maurice Pindard, vous nous dressez un tableau sombre. On ne peut donc rien y faire ?
Oui on peut, mais est-ce qu’on le veut ??
Voici la question à laquelle les peuples de la grande majorité des pays ont répondu. Est ce que nous aussi, nous voulons nous sortir de la dépendance, nous administrer nous-mêmes ?
C’est à dire nous développer et cesser les importations systématiques, compter sur nos propres ressources pour alimenter et financer notre développement, en assumer les joies et les peines. Créer notre système administratif, social, économique avec ses institutions publiques, élaborer notre doctrine et tout mettre en oeuvre pour la mettre en application afin de satisfaire nos propres intérêts.
Le voulons- nous ??

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