Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

Facebook

« Kéti koti an nou tèt. »

24 juin 2020 de Maurice Pindard
georges flyod senloran

Le 10 juin nous commémorions en Guyane l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière, nous étions aussi indignés par l’assassinat de Georges Floyd aux Etats Unis d’Amérique par un policier leucoderme.
Ce meurtre n’a pas fait que bouleverser, il a touché, il a retourné au plus profond de l’être humain dans le monde entier. Et cela a permis à beaucoup, que ce soit leucodermes ou mélanodermes, d’exprimer leur rage contre le racisme.
C’est ainsi que des statues ont été déboulonnées. Ces monuments représentaient des personnages qui avait participé, qui s’étaient enrichis, nourris de l’esclavage et qui, pourtant, depuis des années trônaient dans des lieux publics dans le monde entier.
Chez nous en Guyane il y a eu des démarches dans le même sens, menées par des militants de la vieille et de la jeune garde mais aucune statue n’a été déboulonnée, aucune rue débaptisée.
Et pourtant….

Maurice Pindard est-ce-que, comme beaucoup, l’assassinat de Georges Floyd vous a retourné et pourquoi chez nous en Guyane nous avons la sensation que ‘’tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes’’ comme l’a écrit un autre raciste adulé des français ?

Maurice Pindard
J’analyse avec un peu de recul ces manifestations de racisme aux USA parce que pour moi ce ne sont pas des débordements ou des bavures. Ce sont des illustrations de la société Nord américaine et en général des sociétés occidentales au passé esclavagiste et au présent colonialiste.
Bien sûr les protestations sont légitimes ainsi que les déboulonnements de statues. Mais il nous faut bien comprendre que nous sommes en face de systèmes organisés pour exploiter les richesses naturelles et humaines à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières.
Les états européens ont bâtis leurs richesses sur la déportation et la mise en esclavage d’africains et d’amérindiens dans leurs colonies d’Amérique. Les peuples qui y sont nés revendiquent leur appartenance aux territoires qu’ils ont mis en valeur et demandent qu’ils soient traités comme les autres citoyens de ces pays.
C’est le cas des Afro-Américains qui ont subit l’esclavage aux Etats Unis d’Amérique et se sont retrouvés salariés des mêmes maîtres devenus patrons, dans le même état anciennement esclavagiste.

Le système qui était organisé pour exploiter la force de travail des esclaves de façon barbare a simplement changé les règles d’exploitation. C’est devenu « l’esclavage salarié ». Les noirs étaient donc en première ligne pour le salariat et avec eux le reste de la classe ouvrière américaine.
C’est ce qui s’est passé dans toutes les colonies d’Amérique, y compris en Guyane.
Et parce que l’exploitation de la main d’œuvre, la recherche de profits capitalistes ne regardent pas spécialement la couleur de la peau, tous les ouvriers se retrouvent dans la même situation sociale et revendiquent ensemble leurs droits. Ce qui explique le nombre de blancs qui manifestent aux cotés des noirs.
D’autre part les anciennes théories sur l’infériorité des nègres ou des amérindiens qui s’appuyaient sur une pseudo science et sur la religion ont de moins en moins d’adeptes. La société moderne mondialisée admet de plus en plus que les hommes appartiennent à la même espèce et qu’il y a autant de talents chez les hommes de n’importe quelle couleur, origine ou pays.
Par contre les profiteurs de ces pays d’Amériques, ainsi que les métropoles européennes, ne veulent pas abolir leur statut et leurs privilèges. Ils continuent donc de faire fonctionner le système d’exploitation avec les mêmes outils. Les outils économiques et financiers, grandes entreprises, multinationales, banques et sociétés de finances. Les outils de justice et police : magistrats, gendarmerie, armée, administration générale. Les outils de propagande aussi : l’école, les médias, les valeurs morales et la religion notamment catholique.
Les habitants de ces pays sont donc éduqués, dès le plus jeune âge, dans une ambiance de discrimination raciale et sociale « banale », « quotidienne ». Les meilleurs sont ceux qui ont de l’argent. Les porteurs de civilisation, de progrès sont les blancs qui ont colonisé, fait l’esclavage mais l’ont aussi abolit (Merci papa Schoelcher !) et continuent d’aider les plus faibles dans et hors de leur pays.
La seule dette qu’ils consentent aux victimes de l’esclavage, c’est un emploi ou des allocations, et aussi le droit d’essayer de « réussir », comme eux, sil ils le peuvent. Il y en a même un qui est devenu président aux USA, et président du Sénat pendant 20 ans en France ( le guyanais Gaston Monnerville). Et puis surtout, l’aide alimentaire, médicale, humanitaire qui est devenu un business dans tous les sens (Merci l’occident !).

A aucun moment ils ne prévoient une réparation du crime que leur état a commis, à part des déclarations et autres lois non contraignantes comme celle que vient de prendre le parlement européen reconnaissant la traitre négrière et l’esclavage comme des crimes contre l’Humanité.
On pourrait supposer que les pays européens colonisateurs devraient au moins décoloniser, pour réparer leurs méfaits. C’est le président de la France, Monsieur Macron, qui a dit lui-même que la colonisation était un crime contre l’humanité !
Or d’une part les décolonisations se sont faites dans la répression la plus féroce, d’autres part il y a encore des pays que les états colonisateurs maintiennent sous leur tutelle malgré toutes les résolutions internationales et contre l’avis de la communauté internationale ( ONU). La Guyane en fait partie.
On pourrait supposer que la France devrait abolir le franc CFA, en Afrique ; Elle refuse.
On pourrait supposer qu’un vaste programme obligatoire d’enseignement devrait être mis au point pour abolir tous les mensonges d’états, les préjugés, afin de rétablir la dignité des descendants des victimes des crimes contre l’humanité. Afin que tous les blancs de ces pays soient éduqués dans la modernité de la science et du progrès humain. Qu’un programme civique restaure l’image des spiritualités des peuples victimes et n’impose plus le même schéma religieux des anciens maitres.
Or, il suffit de regarder le positionnement de tous les gouvernements de toutes les grandes puissances occidentales. Ils continuent à préserver leur autorité économique, morale et politique par les mêmes moyens.
Sur la question des statues notamment, on a entendu la position de Macron, il ne renie pas leur passé, ni leur présent de profiteurs sur leurs colonies appelées Outre Mer ( autre appellation globalisante raciste), ni leur prédation de l’Afrique.

Je voudrais signaler ici le cas particulier des populations d’origine africaine ou antillo-guyanaises qui se sont établies en France. Beaucoup d’entre elles vivent mal la discrimination raciale et les violences policières. Elles demandent que la France change, un de leur représentant demandait que l’on enlève la statue de Colbert devant l’Assemblée Nationale Française. Le problème c’est qu’il s’agit bien de l’histoire de la France, pas de celle de l’Afrique ou des Antilles ou de la Guyane.
Les colonies sont devenues des pays avec des populations nationales propres qui doivent écrire leur propre histoire. Il est difficile de réclamer à la France de déconstruire la sienne. Il s’agit là d’une affaire franco-française et la demande des représentants des communautés noires de France se heurte à la question de leur intégration dans la société Française. De plus, réclamer que la France intègre ses crimes dans son histoire c’est demander à la France de se déconstruire, ce qu’elle ne peut pas faire sauf par une révolution sociale et politique qui remettrait en cause la base du système d’exploitation de l’Homme par l’Homme qui s’exprime dans toutes les sphères du pouvoir économique, politique et moral.

Le cas de la Guyane est intéressant. Il n’y a pas beaucoup d’habitants, l’effet de masse ou de foule est spontanément difficile. Les vagues d’immigrations orchestrée par la France fragilisent régulièrement la cohésion de la société et de façon permanente la France y divise les peuples fondateurs (séparation des populations de l’intérieur dans le territoire de l’ININI, création d’un conseil à part pour les peuples amérindiens et Businenge).
Il faut donc bien comprendre que nous ne sommes ni en France, ni en Amérique, ni aux Antilles.
Pourtant que de manifestations de dignité et de révoltes, y compris sur le plan culturel !!
Je peux citer l’offensive culturelle du MDES en 2000. Nous avions décidé de débaptiser l’avenue Jubelin (administrateur de l’état esclavagiste en Guyane) et de la nommer Avenue Gabriel (Grand chef d’un groupe d’esclaves marrons amérindiens et africains). Nous avions apposé des plaques à chaque coin de rue et érigé une statue. Trois jours après, la municipalité socialiste de Cayenne enlevait la statue sous prétexte d’un risque de danger pour la population et encourageait le MDES à faire des propositions de noms dans une commission municipale ad’hoc. Lors d’une réunion l’élu MDES avait cité plusieurs noms de résistants à l’esclavage, notamment les chefs André, Adome, Pompée ect. Aucun de ces noms n’a été retenu. Quelques années après, la municipalité de Cayenne rebaptisait le même boulevard Jubelin du nom de Mandela. Fin des débats…
On peut citer l’initiative du MIR Guyane qui avait débaptisé symboliquement la rue Christophe Colomb de Cayenne du nom « Rue Wayampi » en référence à un nom d’origine Egyptienne, selon eux. Nom aussi d’une nation amérindienne du haut Oyapock.
On peut d’ailleurs s’étonner de l’importance que l’on donne à ce navigateur qui ouvrit la route du génocide des amérindiens et de la colonisation en Amérique. Par exemple à Saint Laurent du Maroni, comme un « fait exprès », la route qui passe devant trois villages Amérindien s’appelle avenue Christophe Colomb ! Espérons qu’à la lecture de ces lignes la nouvelle municipalité fasse preuve de lucidité et de courage politique pour remiser cet aventurier portuguo-espagnol hors des lieux publics de Guyane.

Il importe aussi de préciser le rôle post esclavagiste de l’église catholique. En effet, dans la même manœuvre pour contenir les populations victimes dans un système d’exploitation sous un autre nom, l’église catholique a continué l’évangélisation forcée des sujets abolisés. Dans le cas des populations amérindiennes et de l’intérieur, l’église et le préfet ont procédé à leur sédentarisation forcée, c’est le cas notamment des Tilewuyu (Kalina). En les fixant dans des lieux précis, on créait une concentration y compris des maladies et une dépendance vis à vis de l’administration. Les parents devaient laisser les enfants à l’internat religieux pour qu’ils puissent se rendre dans les abattis. Ce sont les fameux « home indiens » dirigés par les religieuses. Le clergé continuait d’être payé par l’état puis aujourd’hui par les collectivités.
L’évêque est devenu une haute personnalité du pays, avec les messes officielles qui regroupent religion, état, élus et armées. Tandis que les écoles catholiques continuent d’avoir une influence sur la jeunesse scolarisée. Les autres religions se mettant en concurrence.
Tout autant d’outils de propagande qui amènent les populations victimes à croire davantage au salut éternel qu’à leur capacité à sortir de l’esclavage salarié et construire un autre pays.
J’ai entendu avec stupéfaction une doyenne de Cayenne qui m’assurait que si une personne mourrait du Corona virus c’était parce que son heure était arrivée ! ! Expression d’un lavage de cerveaux, instrument de notre assujettissement à l’ordre établi …

Pour revenir aux statues, celle de Schoelcher sur la place de la banque était journellement surveillé par la police. De peur quelle ne soit déboulonnée comme les autres des Antilles.
Mais je n’ai pas peur pour la Guyane, cette sensation que « tout va bien dans le meilleur des monde» est un leitmotiv que le pouvoir utilise pour se rassurer et tenter de calmer le jeu.
Cependant si on analyse en profondeur on comprend que la vague de fond murit et que sa transformation en tsunami est une question de temps.
Citons les manifestations populaires de soutien à la lutte des Afroaméricains à Cayenne et Saint Laurent. Les différentes contributions pour commémorer l’abolition de l’esclavage. Ainsi que les nombreux commentaires et partages sur les réseaux sociaux.
Bien que le développement de l’épidémie du Virus Covid 19 ne favorise pas les regroupements, le Mayouri Santé Guyane a bravé le « couvre feu en plein jour » pour tenir un meeting de soutien aux soignants des hôpitaux de Guyane ainsi qu’en solidarité avec les familles des 5 personnes décédés.( il n’y en avait que 5 à la date du Samedi 20 juin 2020). Un deuxième comité s’active sans relâche.
La prise de conscience se généralise, la crise sanitaire met en relief tout ce que la gestion de tutelle a de détestable. Mépris des acteurs locaux, mensonge d’état, imprévoyance, refus d’admettre l’environnement amazonien, reproduction des mêmes schémas qu’en France et finalement se retrouver à courir après le virus qui a fini par avoir plusieurs temps d’avance malgré un confinement forcé, avant temps, le 16 mars 2020.

Réagir

Post a Comment

Your email is never published or shared. Required fields are marked *

  1.