Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

Facebook

Confinement et reflexions

6 mai 2020 de Maurice Pindard
masques

Des semaines de confinement à cause du COVID-19 en Guyane comme dans la plus grande partie du monde. Avec des méthodes différentes dans chaque pays pour lutter contre la propagation du virus.
Il est aussi passé un peu partout dans tous les coins de notre pays sans faire trop de dégâts. Mais chez nous il y a aussi la dengue qui est revenue se rajouter au virus ainsi que la saison des pluies qui se fait remarquer après la première grosse averse d’avril sur le réseau routier, chez l’habitant et la crue des fleuves, notamment sur l’Oyapock

Maurice Pindard après quelques semaines de confinement quelles sont vos premières réflexions sur cette pandémie ?
Nous sommes en présence d’une maladie qui s’est généralisée rapidement à toute la planète Terre. On en guérit généralement, avec ou sans traitement, cela dépend des individus, mais on en meurt aussi. Depuis deux mois, les télévisions publient quotidiennement le nombre de morts en Chine et en Asie là où a commencé l’épidémie mais surtout en Europe et aux Etats Unis d’Amérique. Ce sont des milliers de personnes qui décèdent chaque jours.
Il y a toute une partie du monde, la plus importante en nombre et en surface, sur laquelle les grands médias donnent peu d’informations. Il s’agit de l’Afrique, de l’Indonésie, de l’Océanie, de l’Amérique du sud et de la Caraïbe. Or ce sont dans ces pays que le virus fait le moins de dégâts.
Les médecins et chercheurs font une course contre la montre pour trouver un remède efficace et aussi un futur vaccin.
Les gouvernements ont pris des mesures pour essayer de bloquer l’introduction du virus à leur frontière et freiner sa circulation dans leur population.
A mon avis, le point de vue que l’on peut avoir sur cette Pandémie est faussé par le matraquage des médias qui façonnent l’information et notre jugement.
Pour moi, il s’agit finalement d’une maladie virale comme toutes les maladies virales. Elle est très contagieuse mais peut être contenue sérieusement si les dirigeants des pays se préoccupent de la santé de leur population et prennent les dispositions énergiques qui s’imposent dès le début.
C’est ce qu’ont fait les pays d’Asie et surtout tous les petits pays, les iles de la carabes et des océans indiens et pacifiques ainsi que ceux de l’Afrique. Fermer très tôt les frontières pour limiter les cas importés. Distribuer des masques à toute la population. Tester le maximum de personnes , isoler et traiter tous les cas positifs ou suspects. Traiter c’est à dire soigner en administrant aux malades des traitements curatifs en se basant sur l’expériences des pays qui réussissent à endiguer la maladie et en utilisant tous les médicaments à disposition tout en confiant aux chercheurs la mission d’en trouver d’autres.

Le gros problème que nous avons ici c’est que ceux qui prennent les décisions sont tous des fonctionnaires de l’état français de passage en Guyane, Préfet, Agence française de santé ( l’ARS), Recteur d’académie, directeurs d’hôpitaux, d’administration, d’instituts etc. Ils relaient en Guyane la doctrine et les lois de la France. Nos élus sont des observateurs qui se plaignent du manque de transparence des dispositions appliquées. Ils sont invités à certaines réunions où ils tentent de faire valoir vainement un point de vue de terrain.

Ce virus qui n’est certainement pas le dernier, est-il un virus qui met en cause notre mode vie occidental ?
Le fait nouveau est cette question de confinement. Très tôt, les décisions de Paris ont été appliquées et la population de Guyane s’est retrouvée assignée à domicile avec une autorisation dérogatoire à présenter aux forces de police en ças de déplacement impératif.
Les habitudes ont donc changé. Pendant aux moins 6 semaines, il a fallut s’organiser pour vivre ou survivre. Les salariés, les djobeurs, les chômeurs. Les familles et les enfants. Les couples, les parents seuls. Avec en permanence la radio et la télé qui informent et désinforment en maintenant un climat de peur.
Alors beaucoup de Guyanais ont recommencé à prendre des remèdes traditionnels, à s’organiser pour manger, pour s’entraider. En même temps la somme d’informations quotidiennes sur l’état de tous les pays projette chaque téléspectateur aux quatre coins du monde où la-bas aussi les peuples s’organisent et imaginent des solidarités disparues. Tout cela comme si une sorte d’individualisme des sociétés occidentales était combattu par un humanisme viscéral propre à l’espèce humaine et aux sociétés traditionnelles.
Il faut noter aussi que l’aide au plus démunis, les sachets repas, la mobilisation des bénévoles, de la croix rouge, de l’armée nous montre que notre population est dépendante de biens alimentaires extérieurs alors que nous sommes dans un grand pays où il serait tout à fait concevable que chaque famille ait un lopin de terre pour planter et se nourrir. Où l’agriculture et l’élevage pourrait être généralisées sur tout le territoire.
Alors là oui, la question de la souveraineté alimentaire se pose au niveau le plus bas de l’échelle, permettre l’accès direct à la production vivrière pour tous, légumes verts en un ou deux mois, patate et maïs en trois-quatre mois, cramanioc en six mois, manioc, dachine et igname en 9 mois.
Ce confinement forcé nous invite à changer de positionnement. Puiser dans notre sol et dans nos connaissances traditionnelles nos ressources pour nous nourrir et nous soigner. Puiser dans notre culture les éléments de solidarité ancestraux que nous avons mis en oeuvre pendant des siècles et que nous avons perdu du fait de notre occidentalisation, disons notre assimilation et aliénation culturelle.

Une première pluie et notre réseau routier qui commence à partir en lambeau, est ce vraiment compréhensible ?
C’est compréhensible oui parce que ce réseau routier est construit et entretenu par les agents de la DEAL qui appliquent les normes françaises de pays tempéré sur notre pays qui est un pays équatorial avec une forte saison des pluies. Le façonnage des voies, leur bitumage avec des gravillons accidentogènes, les enrobés, les bas-côtés, le curage des canaux et criques, les digues, les dimensions des buses, bref, rien n’est fait en adéquation avec notre climat. Conclusion, à chaque pluie il y a des inondation aux mêmes endroits et des affaissements aux mêmes passages de criques. Un agent me disait qu’en France ils débroussaillent deux fois par an, en Guyane ils font deux fois aussi ! même si l’herbe pousse deux fois plus vite ici !
Pourtant il est clair qu’il pleut beaucoup ici et que les aménagements doivent être pensés en fonction de l’écoulement des eaux.
les inondations sur le haut oyapock doivent aussi nous faire réfléchir parce que nous savons que la DDE a modifié le cours du fleuve en dynamitant plusieurs sauts et en faisant croire que la population de Camopi-Trois-Sauts était d’accord.
Bref tout est à l’envers, et c’est pourquoi il faut s’attendre à d’autres faits inadmissibles mais que l’on peut analyser et comprendre.

La collectivité territoriale de Guyane décide de ne pas rouvrir les écoles dont elle a la responsabilité, qu’auriez vous fait ?

S’agissant d’une pandémie, voyant comment la France n’arrive pas à gérer cette crise à l’intérieur de ses frontières, 500 morts par jour, Rodolphe Alexandre joue la prudence, d’autant plus que ses interlocuteurs locaux lui font savoir que les conditions ne sont pas réunies.
Mais, attention, on peut s’attendre à un revirement de dernière minute, il suffit que la préfecture et l’ARS lui des donnent «  des garanties que tout sera fait ».
Pour l’instant il tient le coup, la majorité des élus sont d’avis de préparer la rentrée de septembre et ne ne pas se précipiter pour ouvrir des écoles qui ne fonctionneront que quelques semaines alors que des foyers épidémiques se déclarent chaque semaine et que les conditions sanitaires minimales ne sont pas réunies.

La question de l’ouverture des écoles est une question complexe. D’abord, fallait-t-il les fermer ?? Compte tenu du faible nombre de cas positifs dans le pays. En même temps, dans la configuration actuelle de tutelle de la Guyane, les guyanais n’avaient pas le choix, puisque c’est le préfet, l’ARS et le recteur qui décident.
Alors qu’en fait, dans le cas d’une petite population, sur un vaste territoire, il est tout à fait possible de dépister tout le monde, d’isoler les cas positifs et de les traiter dans une quarantaine obligatoire sur des lieux dédiés. Il est tout à fait possible d’hospitaliser les cas les plus difficiles. Il est possible de confiner ou non selon les régions du pays. Dans le même temps il faut restreindre l’accès au territoire aux seuls cas impératifs qui sont placés en quarantaine obligatoire à leur arrivée. Dans ce conteste on aurait pu soit ne pas fermer les écoles, soit les rouvrir avec de meilleures garanties sanitaires. Les masques devant être fournis gratuitement à toute la population. Les masques spécialisés pour tous les salariés qui prennent des risques. Or ce n’est pas le cas. A l’hôpital même

Comment voyez la Guyane de l’après virus si cela est possible de se projeter ? Le combat sera-t-il toujours le même ?
Je pense qu’il faut penser la chose au niveau du monde. La déroute des pays dits « riches », « industrialisés », avancés «  face à la pandémie est inédite. Personne n’aurait pensé que ce soient les pays dits « pauvres », sous développés ou en voie de développement, « émergents ou en retard » qui auraient le mieux réussit à endiguer la maladie. Finalement les occidentaux, y compris les américains, ne savent pas gérer cette crise et sacrifient leur propre population.

Leurs peuples ont donc devant leurs yeux la faillite de leurs gouvernements. Les forces progressistes dans ces pays ont de la matière pour relancer leur lutte pour l’émancipation sociale des travailleurs et des populations en général.

Dans les pays asiatiques, africains, sud américains et caribéens, la fierté de savoir gérer avec efficacité cette redoutable maladie est un élément pour renforcer une attitude de responsabilité et d’indépendance face à l’occident qui n’a pas de leçon à donner au monde sur ce plan là. Le président de Madagascar a montré à toutes les nations que ses laboratoires ont mis au point un remède qui soigne son peuple. A Cuba, l’épidémie est gérée sans panique, sans mortalité excessive pendant que ce pays apporte son aide aux autres pays de la région et même plus loin. A Vénézuéla, à la différence de son voisin colombien, c’est de maison en maison que l’éducation à la prévention et à la détection du Virus est faite. En Haiti les masques sont distribués à la population. En Afrique, contrairement au désastre annoncé par l’OMS et par les pays européens, les états limitent la progression du virus et son impact sur la santé des populations.

En Guyane aussi, l’épisode du coronavirus, permet de voir encore que l’administration française qui gère la Guyane n’est pas à la hauteur. Enfermés dans leur mission, cadrés par les instructions de Paris, ils ne savent pas prévenir la maladie. Jusqu’à présent ils laissent entrer des gens malades qui infectent le pays. Ils ne dépistent pas tous les habitants qui ne sont pourtant à leur dires que 300 000. ( Il y en a 65 millions en France). Ils refusent la quarantaine obligatoire dans des lieux prévus. Ils n’ont pas de masques. Ils essayent de forcer les maires à ouvrir les écoles.
Bref, la crise du coronavirus peut nous aider à ouvrir davantage les yeux sur les méfaits de la dépendance. Le COVID 19 pourrait nous entrainer à concevoir notre pays différemment, sans tutelle, en pleine responsabilité. Comme nos voisins de l’Amérique du sud et des Caraïbes.

Réagir

Post a Comment

Your email is never published or shared. Required fields are marked *

  1.