Un blog pour quoi faire ?

Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

Facebook

Fin d’élections et coronavirus en Guyane

10 avril 2020 de Maurice Pindard
localisation guyane

En cette période où la lutte contre le COVID-19 est la priorité de la planète, nous vous proposons de faire, avec Maurice Pindard, un point politique  sur la situation de notre « Péy Lagwiyann » où la vie politique continue

1) Le premier tour des élections municipales ont eu lieu le 15 mars dernier, Maurice Pindard quel regard, quel bilan tirez-vous de ce premier tour avec entre autre, la qualification de Jean Victor Castor pour le second tour de ces élections sur Matoury ?

D’abord un grand bonjour à tous nos lecteurs et blogueurs, merci à Gilles Joan qui réalise cet entretien.
C’est vrai que nous sommes dans une période spéciale, où les informations se bousculent à la fenêtre de nos télévisions, ordinateurs et téléphones portables, où les sentiments les plus divers traversent nos cœurs en alimentant successivement, peur et espoir, panique, découragement et espoir encore. Malgré tout, nous savons tous que nous sommes au commencement d’une grande épidémie mondiale qui, de toutes façons va se terminer, d’ici à 2 ou trois mois et que la vie va continuer.
Alors, après une semaine où nous avons expérimenté le confinement, ressaisissons nous.
Sur les élections, Jean Victor Castor de la liste « Oui c’est toujours possible » arrive en deuxième position derrière le maire sortant, Serge Smock tandis que J.P. Roumillac loupe son « come back » et que Léandre, secrétaire général du PSG, soutenu par le député Serville est sur la touche. Ce résultat est encourageant pour le deuxième tour. Le secrétaire adjoint du MDES, allié à Guyane Ecologie, a des chances. Ses colistiers y croient.
A Saint Laurent du Maroni tout le monde attendait le score du député Lénaïc Adam, le souffle coupé. Ses partisans qui croyaient pouvoir utiliser l’élan du vote à la députation dans la deuxième circonscription pour engranger une deuxième victoire dans l’ouest, ses opposants aussi qui, de plus en plus nombreux s’étaient donnés pour mission de lui barrer la route. Finalement le score de Mme Sophie Charles, qui l’emporte au premier tour est sans appel. Les 28 % d’ Adam sont un rappel à l’ordre salutaire dans la carrière qui se veut prestigieuse, d’un jeune qui doit encore mûrir. Disons aussi, « Tig vyé, so zong pa vyé », la main de Léon Bertrand a bien aidé Mme Charles.
A Camopi, Grand Santi et Sinnamary les trois maires sortants sont évincés. Chanel qui une semaine avant le vote recevait un appui public du président de la CTG, à propos de la piste d’atterrissage de l’avion à Camopi. Le plus surprenant est la défaite de Paul Martin dont on disait que celui qui allait l’enlever de là n’était pas encore né. Comme quoi, rien n’est gagné d’avance. Quant à Madeleine à Sinnamary, il avait mal battu ses cartes et le jeune Jeremy profite d’un coup d’atout perdant du maire sortant qui avait radié trop opportunément ses concurrents.
A Kourou, tous les opposants à Ringuet tablaient sur un deuxième tour. ils étaient 4 à supputer sur l’alliance qu’ils auraient concoctée pour jeter le jeune maire, allié de Rodolphe Alexandre et soutenu par La République en Marche. Mauvais calcul, il gagne au premier tour, les autres se mordent les doigts, y compris l’un des leaders des accords de Guyane, Davy Rimane dont la candidature tardive a pu surprendre les électeurs.
A Rémire-Montjoly, le maire sortant fait une contre-performance et accuse un retard significatif derrière son opposant de toujours, Plenet de la majorité à la CTG et soutenu par La République en Marche, lui-aussi. Quant à Nael Lama, soutenu par le PSG, il découvre qu’il ne suffit pas de porter le nom. Le score d’Aline Charles par contre est une surprise, son résultat la hisse au niveau d’une candidature crédible, ancrée dans le territoire de la commune et drainant une partie de la jeunesse.
A Cayenne il y avait de la place pour d’autres candidats, à Régina l’argent parle encore. A St Georges, les observateurs attentifs ont eu la preuve publique de ce qui se trame dans ces élections municipales, préludes aux sénatoriales qui ont lieu cette année même. Le déplacement de Rodolphe Alexandre de Guyane Rassemblement et de La République en Marche pour soutenir le maire sortant secrétaire général adjoint du PSG en est la démonstration. Les accords secrets, dans l’ombre de la grande famille des réseaux obscurs, se sont faits jour. Mafia qui dure depuis des dizaines d’années où l’un et l’autre combinent et recyclent les copains coquins aux différents postes politiques et administratifs du pays, quelque soient les différences politiques apparentes.
A Roura, la victoire de Labrador de la CTG n’est pas encore acquise, son avance de quelques voix risque de ne pas être suffisante au deuxième tour face à une éventuelle alliance des deux autres qualifiés.
A Monsinnéry-Tonnégrande, beaucoup n’ont pas compris la candidature surprise de l’ancien Maire Fernand, discrédité pourtant dans des affaires de « petites culottes ». N’avait-elle pas seulement pour but d’empêcher le challenger Delar de battre le maire sortant Lecante qui de ce fait, passe au premier tour ?
A Macouria, c’est en silence que Adelson le maire sortant a fait campagne pour repasser dès le 15 Mars.
Saint Elie, Ouanary et Saul sont de très petites municipalités. Les changements de maires sont simples et problématiques, les histoires de familles sont intégrées, les difficultés de déplacement, bref, Madame Jacaria députée suppléante de Lénaic Adam, soutenue par la CTG repasse ; Un Rozé remplace son frère à Ouanary et tout le monde continuera à travailler avec Mme Charles à Saul.
A Mana, Albéric Benth a bien profité de son ancrage pour passer au premier tour et donnér à réfléchir à son challenger Ya Tchua. Tandis qu’à Awala-Yalimapo, les habitants ont encore sollicité le maire sortant Jean Paul Ferreira qui n’arrive cependant pas à gagner largement. Le deuxième tour sera difficile et l’enjeu pour la Guyane est important car les deux autres candidats, dont l’un fait partie de la majorité à la CTG, ne portent pas de projet fédérateur à la hauteur de celui de l’équipe sortante.
Il semble qu’à Apatou, comme jadis à Grand Santi, les choses soient verrouillées. Dolianki repasse haut les mains, A Maripasoula aussi pour Anelli. Pourtant les autres candidats avaient de solides arguments. Il faudra y revenir. Alors qu’à Papaïchton il faudra un deuxième tour, une bataille entre le sortant et un ancien bien placé pour reprendre le siège.

2) Après analyse comment jugez- vous l’électorat du pays ? A-t-il pris conscience du sens des mobilisations ?
Je pense que les situations sont différentes d’une commune à l’autre. Beaucoup de personnes ne sont pas allé voter du fait de l’épidémie. La forte abstention a favorisé l’élection au premier tour de certains sortants (Kourou). Des maires indéboulonnables ont sauté ( Grand Santi). Des notables sont secoués ( Remire-Montjoly), des candidats différents sont bien placés ( Matoury). On peut dire que les électeurs guyanais comprennent les enjeux et savent faire les bons choix.
En même temps on voit la mainmise des hommes de pouvoir, Guyane Rassemblement (République en Marche) du président de la CTG Rodophe Alexandre qui gagne à St Georges avec un maire PSG, à Cayenne avec une maire ancienne PSG, à Régina avec un fossile gauche-droite, homme d’affaire membre de sa majorité à la CTG. Il est en tête à Rémire Monjoly, bien placé pour le deuxième tour avec encore un fidèle de sa majorité, et on peut dire qu’il contrôle aussi à Apatou et Maripasoula.

3) Les différents candidats et candidates ont tous parlé de développement économique et autres. Ont-ils été à la hauteur ?
Le développement économique ne peut pas se concevoir au seul niveau de la municipalité dont les compétences en ce domaine sont limitées. Il faut avoir une vision générale du développement du pays, ce que n’ont pas la plupart des candidats. De plus quand certains d’entre eux en parlent, ils n’intègrent pas dans leurs paramètres, la situation coloniale du pays et son incapacité structurelle, législative, à programmer son développement.

4) Le COVID-19 et la Guyane. Nous sommes en confinement. L’Etat français vous donne-t-il l’impression de penser à la santé des Guyanais ?
En fait, dans le cas de cette pandémie, nous avons la « chance » d’être à la périphérie de la métropole coloniale qui, empêtrée dans une épidémie au stade 3, nous applique les mêmes mesures préventives alors que nous ne sommes qu’au stade 1. C’est une chance parce que vue le niveau de délabrement de la santé en Guyane, nous avons intérêt à profiter du confinement et des autres procédures imposées pour espérer subir le moins possible les désagréments, maladies et morts, de la maladie due au Covid 19.
Donc l’Etat français ne pense pas à notre santé, il ne pensait même pas à son propre peuple et croyait que, seuls les vieux étant touchés, il pouvait faire des économies sur la mort des retraités en laissant la maladie se répandre. Maintenant qu’en fait c’est plus grave qu’il ne le croyait, que même des plus jeunes sont atteints, il prend des mesures pour se rattraper. Mais comme la santé n’était pas la priorité des régimes successifs depuis des années, l’hôpital ayant été sacrifié, maintenant, il n’y a pas assez de masques, de gel hydro alcoolique, pas assez de lits, pas assez de respirateurs artificiels et c’est la panique à bord. On tarde pour décréter le confinement, on ne dépiste pas systématiquement et la mort s’installe en France, relayée par les médias toutes les heures, et de ce fait amplifiée à l’extrême.
Les gouvernants français sont pris dans une course contre la montre dont nous bénéficions malgré eux.
Ce qui ne les empêche pas d’accepter des avions venants de France blindés de passagers potentiellement malades, nous faisant entrer malgré nous dans l’épidémie. Il faut que les syndicats manifestent, que les soignants protestent, que les ambulanciers réclament, que la profession entière se fasse entendre et que tous réclament, y compris le MDES, l’arrêt des vols en provenances des zones infectées pour qu’enfin des mesures soient prises. Et encore, par leur laxisme congénital, les autorités françaises qui gouvernent la Guyane sont incapables d’imposer un confinement contrôlé et strict aux nouveaux arrivants à l’aéroport Félix Eboué.
Et c’est normal qu’ils pensent à eux.
C’est nous qui devons penser à nous !
Et en cette période de confinement où nous avons le temps de réfléchir, de lire, de partager par téléphone ou mail avec nos amis, profitons-en pour nous poser la question de notre prise de responsabilité, pleine et entière, dans notre pays.
Par exemple, si les guyanais dirigeaient leur pays comme les surinamiens, les Sainte Luciens, les Barbadiens dirigent le leur, qu’aurions nous fait quand nous aurions su qu’une pandémie serait à nos portes ? N’aurions-nous pas fermé nos frontières très tôt, comme le font les autre pays ? N’aurions-nous pas interrompu les vols en provenance des zones infectées ? N’aurions-nous pas imposé un confinement strict et contrôlé dans des zones prévues à cet effet, pour tous les originaires qui rentreraient au pays ? N’aurions-nous pas été en contact avec les médecins chinois, Italiens, Français, Cubains ? N’aurions-nous pas choisi les meilleures solutions à chaque stade de l’épidémie ?
Aujourd’hui, nous subissons les déclarations provocatrices de la directrice de l’ARS, celles du préfet paternaliste et à l’occasion celle des chefs de l’armée.
Alors pendant le confinement, essayons de prendre des résolutions pour que, une fois cette étape passée, nous nous mettions à nous organiser pour assurer notre destin, c’est à dire en assumer la responsabilité, pleine et entière, jusqu’à la responsabilité politique, économique, culturelle, bref, la souveraineté, l’émancipation.

Réagir

Post a Comment

Your email is never published or shared. Required fields are marked *

  1.