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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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la peur de la rupture, le réflexe de l’esclave

22 décembre 2017 de Maurice Pindard
capteur de rève

La peur de la rupture ou le réflexe de l’esclave

Plusieurs attitudes, actions, idées, réflexions alimentent une posture constante que nous, guyanais, avons depuis des décennies, voire des siècles.

Depuis la colonisation européenne commencée en 1500 et pendant tout le système esclavagiste qui dura jusqu’en 1848, la grosse majorité des habitants de Guyane a pris l’habitude d’accepter ou de faire semblant d’accepter les humiliations diverses et cruelles de la domination coloniale et esclavagiste.

Le Système d’assimilation et d’assistanat imposé en 1946 a provoqué, cette fois-ci dans toutes les catégories humaines du pays, une attitude de mendicité envers la métropole coloniale puis maintenant l’Europe. Et nous avons pris l’habitude de demander constamment à Paris de faire ou de donner.

Bien sûr, les guyanais justifient leur attitude, réclamer l’abolition de l’esclavage et réclamer le même traitement que les français de l’hexagone en évoquant, respectivement, l’égalité entre tous les hommes et l’égalité entre tous les français.
De ce fait, la posture des guyanais ne serait pas une attitude de mendicité mais de dignité.

Nous fonctionnons donc comme si il est normal que la France paie puisque nous « sommes français » et nous envisageons l’avenir du pays dans un compromis permanent, un équilibre entre les intérêts de la Guyane et ceux de la France. On pourrait être dedans et dehors en même temps.

Le compromis politique serait l’autonomie comme but final. Une gouvernance locale et un rattachement à une entité plus forte à laquelle nous sommes habitués et dont nous ne voulons pas nous séparer.

On pourrait même dire qu’énoncé ainsi, la grande majorité de notre peuple et de ses élus seraient d’accord pour l’autonomie du pays Guyane.

Malheureusement ce n’est pas si sûr parce que notre problème n’est pas la définition de ce que nous voulons mais c’est le passage à l’acte !

Car, quand il nous a été donné de choisir, justement, pour une petite autonomie encadrée, c’est bien un grand élu de Guyane qui a proclamé que nous n’étions pas prêts et il a été suivi par la majorité des électeurs !

Cela veut dire encore que lorsque le président de la république française a accepté à la demande de l’immense majorité de nos élus de nous consulter en 2010, nous avons préféré ne pas choisir l’article de la constitution française qui nous permettait de « défendre nos intérêts propres » dans une « autonomie encadrée » … Sachant que le président soutenait l’élu qui nous appelait au renoncement.

Allons plus loin, si le président français nous avait dit  : «  Je vous propose l’article 74 qui vous donnera une petite autonomie », il est quasiment sûr qu’aucun élu ne se serait dressé en face de lui pour lui dire : «  non, nous ne sommes pas prêts ». Et les électeurs seraient allés voter majoritairement pour la proposition du président de la république.

Nous voyons donc que notre problème est sérieux et profond. Nous avons intégré la peur non seulement de la responsabilité mais aussi de celui qui nous gouverne.

On avait coutume de dire que les guyanais étaient loyalistes. C’est à dire que si le président de la France est de gauche, les guyanais se mettent à gauche, si le président est à droite, les guyanais sont à droite !!

Ce serait un positionnement opportuniste, réaliste, pour avoir la faveur de celui qui dirige et les avantages qui en découlent.

En définitive, Non, ce n’est pas ça !
C’est surtout parce que nous avons peur de dire non à la main qui nous donne. Même si ce qu’elle nous donne ne nous convient pas ! Nous continuons à faire comme nous en avons pris la triste habitude, collectivement : Nous acceptons ou nous faisons semblant d’accepter !

Il nous arrive même de nous référer à un dicton : «  On ne mord pas la main qui vous donne à manger ». Comme si nous étions des animaux domestiques !

Nous devrions d’ailleurs avoir le courage d’admettre cet autre proverbe : «  Wéy blang boulé wéy nèg » ( les yeux du blanc brûlent les yeux du nègre), en référence aux siècles passés à accepter ou faire semblant d’accepter les ordres du maître de l’habitation.

Nous sommes donc en plein dans ce traumatisme que Frantz Fanon a analysé dans le livre «  Peau noire et masque blanc » ainsi qu’ Albert Memmi, dans le « Portrait du colonisé ». Ces deux auteurs ont étudié en profondeur les conséquences de l’esclavage et de la colonisation sur la mentalité, la psychologie et les attitudes des descendants d’esclaves et des populations ayant vécu longtemps, ou vivant encore, sous la colonisation. Leurs livres sont disponibles sur internet.

Bien sûr, les bien-pensants diront que j’exagère. Que nous avons dépassé le stade de réagir en esclave. On ajoutera que nous avons connu des blancs au bas de l’échelle, les bagnards, et que nous n’avons pas les complexes des antillais vis à vis de l’européen.

Hélas ! Il n’y pas 5 ans, un habitant d’une commune, ayant peur de porter plainte contre les abus des agents de l’ONCFS m’avoua avec amertume : «  nou sa esklav blang-yan »…

Nous constatons aussi que certains grands élus de Guyane ont eu, ou ont encore, des postures de soumission, d’acceptation ou de manque de dignité face au pouvoir Parisien ou à ses représentants sur place, fonctionnaires français de passage. Il suffit qu’il soit préfet, procureur ou chef de service pour que l’on courbe l’échine dans une posture d’esclave. C’est une réalité, je n’exagère pas. Nous devons avoir l’honnêteté de le reconnaître pour pouvoir dépasser ce réflexe de servitude.

A ce sujet, l’une des raisons du maintient des barrages d’Iracoubo et de Régina est d’obliger la population à accepter l’autorité, même si elle est illégitime ou que ses actes n’ont pas de sens. Le gendarme vous dit de passer, vous passez. Il vous dit de vous arrêter, vous vous arrêtez. Il décide de contrôler les papiers du véhicule, vous acceptez. Il décide de fouiller la voiture, vous acceptez. Il vous dit de vous garer sur le coté, vous acceptez ! Par ces barrages, il s’agit, pour le pouvoir central, de continuer à nous « domestiquer ».
Courber la tête et dire « Amen » au pouvoir français, européen, les guyanais doivent continuer à faire comme ça !
Et personne ne peut venir dire sérieusement que ce pouvoir n’est pas blanc, dans un pays où ceux-ci, il n’y a pas si longtemps, étaient les maîtres esclavagistes d’un système d’oppression raciste.

Nous vivons donc vraiment, au fond de nous, un problème fondamental, et il nous faut trouver sa solution.

De mon côté, ayant été pendant 20 ans Secrétaire général du MDES, Mouvement de Décolonisation et d’Emancipation Sociale, j’ai profité du passage de témoin à la tête du Parti pour entamer une réflexion approfondie sur nous- mêmes, guyanais.

Puis, j’ai imaginé un chemin en quatre étapes : l’idéal, le rêve, l’objectif et la réalité.

Je pense, sérieusement, que si nous voulons dépasser notre peur de la rupture et notre réflexe d’esclave, nous devons nous pencher d’abord sur l’Idéal.

Parce que si nous sommes capables de réfléchir sur notre existence en tant qu’être humain sur la planète terre, si nous comprenons que notre vie est limitée dans le temps et que nous allons tous mourir un jour, si nous admettons que tous les hommes sont engagés dans une construction commune à l’échelle de leur territoire et du monde, et que se faisant, ils sont en compétition l’un avec ou contre l’autre. Si nous comprenons que nous avons le choix de subir ou de construire. 
Alors nous nous redressons et nous étendons les bras de toute leur largeur. Nous embrassons le monde et, avec lui, notre terre.
Alors il nous vient une révélation : « Nous sommes comme tous les autres hommes, avec nos forces et nos faiblesses, nous sommes ce que nous sommes et nous sommes capables du meilleur ou du pire ».

Bim ! An mitan tèt !

Nous serions donc capables d’envisager la Vérité, la Justice, le Bonheur, la Paix ! Nous, guyanais.
Nous serions donc capables, de déjouer la Jalousie, de museler la Méchanceté, de gérer l’Égoïsme et de permettre à l’Amour de nous enflammer, avec lucidité.
Nous serions capables, comme tous les hommes de notre planète.

Cette immersion dans l’idéal nous conduit à nous recentrer. Fondamentalement. Humainement. Collectivement. Face au soleil levant, vers l’avenir, un avenir éblouissant.

On pourrait, une fois réalisée cette étape, définir ce que l’on veut et se mettre au travail.
Moi, je pense, modestement, que ce n’est pas possible, tout de suite, parce que nous ne sommes pas seuls sur cette terre de Guyane !!
Nous sommes sous tutelle et pour réaliser nos objectifs il va falloir affronter la puissance qui depuis des siècles nous domestique ; Il nous faut pouvoir dire non à la main qui nous donne et regarder en face le pouvoir français, européen, sans baisser les yeux.

J’ai donc imaginé une deuxième étape, celle du rêve. En considérant que la réflexion sur l’Idéal représentait ce que l’on appelle l’incubation, avant le rêve. C »est à dire une phase de mise en condition pour se préparer à rêver. Nous avons aussi pris le temps de réfléchir à la réalité du rêve, à son rôle et à sa force. Ensuite, nous avons fermé les yeux et laissé monter en nous les songes les plus libérateurs. J’ai sollicité quelques amis qui m’ont accompagné dans nos rêves de Guyane. Je les ai publié sur le Blog. Nous sommes donc quelques uns, beaucoup, qui ont visualisé par le rêve le pays que l’on voudrait, que l’on souhaiterait, sans complexes, sans barrières.

Et je crois que c’est à ce moment là que l’on peut redescendre sur terre, ouvrir les yeux et commencer à définir nos objectifs.
En effet, une fois que nous nous sommes repositionnés en tant qu’être humain à l’égal de nos congénères sur terre, connaissant nos forces, nos faiblesses, notre capacité à construire ensemble ; un fois que nous avons vécu l’expérience de nos rêves de Guyane et que nous les avons partagés ; Alors, notre esprit et notre volonté peuvent être mobilisés vers la réalisation de nos rêves et nous ne pouvons plus avoir peur.

Parce qu’à ce niveau là, il n’y a pas de puissance de tutelle, plus de main qui donne, plus d’yeux à regarder.

Parce qu’à ce niveau là, c’est quoi la peur. Peur de quoi, peur de nous même. Peur de la rupture, la rupture c’est la vie, aussi vrai qu’il faut couper le cordon ombilical du nouveau né ! Réflexe d’esclave, l’homme debout animé par son idéal et marchant vers ses rêves ne peut être l’esclave de personne !

Et c’est ainsi que je vous invite, amis, sur la route de nos objectifs, après avoir communié autour de notre idéal et partagé nos rêves.

… Je crois sincèrement qu’à ce niveau là, la peur change de camp…

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