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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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L’unité de notre peuple

28 septembre 2017 de Maurice Pindard
mobilisation-sociale-crise-guyane

L’article suivant est long. Nous avons essayé de le couper en plusieurs parties mais la globalité du sujet n’apparaît plus alors aussi clairement. Nous le publions donc en entier et nous demandons à nos lecteurs de faire un petit effort, jusqu’au bout.

Après le puissant mouvement de masse de Mars-avril 2017 et les dissensions apparues entre membres et collectifs du Komité pou Lagwiyann Dékolé ( KPLD), plusieurs commentaires reviennent sur la question de l’unité de notre peuple.
Des élus stigmatisent les divergences affichées et les « clash » entre diverses composantes. Ils en déduisent que l’unité affichée pendant le mouvement est mise à mal. L’une des solutions préconisées est « que tous les Guyanais se mettent autour d’une table » afin de décider ensemble de la conduite à ternir, de la suite du mouvement, de l’avenir du Pays.
Des journalistes ont exploité les incidents intervenus pour s’interroger sur la réalité de l’unité chantée par tous il y a quelques mois. Elle se serait fissurée. N’était-elle qu’une façade ?
Certains participants au mouvement, membres du collectif même, considèrent que les Guyanais ont fait preuve d’hypocrisie en faisant semblant d’être d’accord, semblant d’être contents que tout le monde soit ensemble dans la rue. Mais dans le fond, les différentes composantes guyanaises continuent de se méfier l’une de l’autre, continuent de se critiquer, de vouloir dominer l’autre, etc..

Ainsi ce vaste mouvement n’aurait servi à rien en matière d’unité du peuple parce que chacun se battait pour l’intérêt de sa corporation ou communauté. Parce que les leaders étaient obligés de travailler ensemble et après les  » égos » ont pris le dessus, chacun veut être le chef ou le président de son groupe. La corporation fait valoir ce qu’elle a obtenu, essaie de rester dans les réunions de suivi dans son seul intérêt. Et la « grande unité guyanaise » est morte parce qu’elle n’a jamais vraiment existé. Ce n’était qu’apparence, hypocrisie.

Je pense que cette analyse là n’est pas la bonne. Je crois que fondamentalement, les tenants de ce discours font une confusion entre l’attitude d’un peuple mobilisé massivement pendant tout un mois, sur tout un territoire et les comportements de leurs représentants au sein des différentes réunions, pendant et après le mouvement.

En effet, nous avons compté pas moins de 2000 « activistes » guyanais mobilisés sur les barrages dans tout le pays. C’est énorme. Pendant un mois, c’est énorme aussi. Cette réalité ne ment pas. Il y a bien eu réalisation de l’unité guyanaise dans le sens le plus concret, l’unité d’action, de mobilisation. Les échanges, les débats, les moments difficiles, la conduite du mouvement jusqu’à la signature de l’accord de Guyane, tout cela ponctué de trois manifestations géantes, à St Laurent et Cayenne puis après à Kourou. Les comportements se sont confrontés dans l’action et ont évolué, les idées aussi ont suivi le même parcours.
Du point de vue de l’organisation, un peuple, dans toutes ses composantes, a constitué des outils de résistance, notamment par l’instauration des dizaines de barrages dans tout le pays, y compris à Maripasoula où il y en avait deux tenus par deux comités différents et à Camopi où un barrage flottant était installé sur le fleuve.
Qu’est ce qui a poussé les gens à barrer ? C’est à dire suivre l’exemple des tous premiers barrages de Kourou à l’initiative des syndicats UTG de l’EDF et du CMCK (hôpital de kourou).
Ces barrages ont été le signe, le symbole du ralliement à une démarche de protestation commune à partir des revendications de chacun, chacun des territoires, chacune des entités de tout le pays.
Les participants l’ont formulé explicitement  » Nous aussi on a des problèmes, nous aussi on barre ». Et ensuite on contacte le collectif de Cayenne pour en faire partie et trouver une solution à ses problèmes, notamment lors des discussions avec les autorités françaises.
Même les jeunes faisant partie de la Jeunesse Autochtone ont eu ce réflexe salutaire. « Nous aussi on a des problèmes, nous aussi on barre » ; Et on rejoint la coordination de la ville où l’on est, St Laurent en l’occurrence, ou les barrages les plus proches, et on rejoint les discussions sur Cayenne avec les autres composantes Guyanaises.
Il s’agit bien sûr d’une démonstration de démarche à l’unité.
Aussi, je crois que tous les habitants de Guyane peuvent dire et redire qu’ils ont vécu plus d’un mois de mobilisation, massive et unitaire.

Il y a eu, en plus, n’en déplaise à certains, une revendication identitaire générale. On se mobilisait en tant que Guyanais, habitant de Guyane embarqués dans un Destin Commun, et dans une lutte commune consciente. Le signe le plus frappant est celui du drapeau guyanais. Il a été levé dans tout le territoire. Et même si à ses cotés on a vu aussi, assez rarement il faut le dire, le drapeau français, cela n’enlève rien au fait que la bannière jaune vert à étoile rouge a été levée en signe d’appartenance et de ralliement. De même, le fait que des composantes guyanaises de base, lèvent un drapeau spécifique, comme les peuples autochtones, n’enlève rien, au fait que tous ensembles nous ayons manifesté derrière le même drapeau guyanais. A un moment du défilé de St Laurent, spontanément, les militantes qui lançaient les slogans juchées au dessus de la voiture haut parleur et qui levaient aussi le drapeau de la Guyane, ont sollicité les jeunes amérindiens qui brandissaient le drapeau autochtone et l’ont accroché au même bois ainsi qu’un pangi bushi nenge. Ces trois étendards ont flotté en haut du camion jusqu’à la fin du défilé. Que voulait dire ce symbole ? Certains des manifestants en ont eu les larmes aux yeux !!
Je le redis, il s’agissait bien d’un extraordinaire mouvement de mobilisation unitaire guyanais.

Peux-t-on citer encore, les interventions des uns et des autres, lors des débats, comme celui d’un jeune enseignant fraîchement arrivé de France. « je suis dans la rue avec vous, je me sens guyanais ».
Ou lorsque les enseignants décident une action symbolique devant la sous-préfecture de St Laurent du Maroni avec pour thème, on dira « dress code », les couleurs du drapeau Guyanais. Enseignants en grande majorité d’origine française.

Nous devons encore faire référence aux Cent cent frères qui dansaient au rythme du Samboula frappé par les jeunes autochtones habillés tout de rouge. Après que Francis Nugent artiste renommé ait fait reprendre sa chanson « En Guyane nous sommes de toutes les couleurs  » au rythme du tambour amérindien. Était-ce du surfait, des effets de scènes, de « l’hypocrisie »?
Alors nous étions tous hypocrites, les uns et les autres ! Mais non, quand chacun fait un effort vers l’autre cela s’appelle démarche unitaire et non hypocrisie.
Sauf à vouloir écraser ce que l’on a construit.

Et c’est là que je reviens sur l’attitude des responsables des différents collectifs ou comités et les dissensions lors des négociations ou lors du comité de suivi.

Ce sont des phénomènes normaux, habituels. Et c’était prévisible. Les uns et les autres viennent avec leur idées, leurs conceptions, leur connaissance, leur ignorance, leurs souhaits, leurs revendications, leurs principes, leurs blocages. Il est impossible qu’il n’y ait pas divergences, dissensions, clashs, c’est tout simplement impossible.

Ce qu’il fallait faire, c’est ce que le collectif, dans toutes ses composantes, a fait, c’est à dire « gérer ». Accepter les couacs, en rediscuter après et sauvegarder l’essentiel. Ce qui a permis d’aboutir à un accord global.

Est-ce que nous aurions pu faire mieux, bien sûr. Tout le monde peut dire ce qu’il veut, une fois le mouvement terminé et l’accord signé.

Est-ce que nous aurions pu tout perdre, sans accord, dans la plus grand confusion, avec chaque barrage qui lâche l’un après l’autre, dans la plus grande démobilisation et avec une grande amertume dans les cœurs ? Oui, mais ce scénario a été évité, grâce à l’action unitaire et réfléchie de chacun. Les couacs, les imperfections font partie de la victoire.

D’autant plus que la mobilisation a largement été improvisée, spontanée, avec beaucoup de composantes les plus diverses, syndicats, associations, collectifs de fait, avec des intérêts convergents et divergents.

Nous devons rendre hommage, d’ailleurs, à tous ceux qui ont travaillé jour après jour au succès de ce mouvement exemplaire sur lequel, tout le monde, dans le monde, s’interroge. Comment les guyanais ont-ils fait ? Venez nous dire comment vous avez fait. Reportages, débats, conférences, séminaires, auxquels les différentes fractions guyanaises sont invitées pour témoigner de ces deux mois de Mars- Avril qui ont cloué la fusée Ariane au sol, afin que la Guyane décolle.

Il y avait ceux qui étaient en tête, responsables de groupements, collectifs ou barrages et ceux qui constituaient le corps de la mobilisation et qui tenaient ces barricades. Certes, nous sommes bientôt en Octobre et l’on ne voit pas bien comment se traduisent dans la réalité les avancées signées.
Il s’agit là d’une question de communication entre la tête et le corps, et plus généralement la population de Guyane. Ce dysfonctionnement doit être réglé par les responsables sinon ils vont se couper progressivement de leur base.

Il nous faut alors aborder un point important qui a fait la force et la faiblesse de la direction du mouvement. C’est la jeunesse des dirigeants. La plupart d’entre eux ont entre 30 et 40 ans. Ils ont pris les devants avec courage et détermination. Les syndicalistes, les cinq cents frères, les personnalités dans les collectifs. Assez jeunes pour ne pas maîtriser le cours des événements qu’ils ne pouvaient pas prévoir du fait de leur jeunesse, assez intrépides et déterminés pour improviser et déjouer les plans des services français. Assez populaires, assez estimés et aimés par leur population pour l’entraîner dans une aventure formidable de prise de responsabilité et d’émancipation. Bravo encore.

Je crois que nous avons encore plein de ressources, de ce point de vue là, dans notre peuple. Nous sommes téméraires et inventifs. Et nos aînés savent conseiller les plus jeunes tout en leur laissant exprimer leur créativité fougueuse. Nous savons conjuguer ensemble malgré nos différences et malgré les tentatives multiples de déstabilisation venant du pouvoir français.

A ce sujet, attardons nous ici sur un problème clef de la problématique guyanaise que nous avons tous tendance à oublier, c’est celle de la présence de l’autorité française en Guyane, sous la forme de ses différents services et annexes, préfecture, armée, gendarmerie et forces de polices, justice, administrations etc.

En effet, la France a pour mission d’empêcher la constitution, en pleine conscience, du peuple guyanais. Tout simplement parce que si ce peuple prend conscience de son être dans toutes ses dimensions, il se battra forcément pour exercer ses droits dans toutes leurs dimensions, y compris dans le sens de la pleine souveraineté dans un état indépendant. Ce qui est hors de question pour la France. Alors, de multiples façons, elle déstabilise l’unité de notre peuple.

Ce fait majeur doit être pris en compte par ceux qui trop vite dissertent sur l’unité perdue des Guyanais. Il faut dire et redire que l’Etat français ne reconnais pas l’existence des peuples autochtones qu’il a décimé aux premiers temps de la colonisation. L’Etat français ne reconnais pas non plus l’existence du peuple Guyanais, constitué de ses composantes de base et de toutes les autres qui s’embarquent dans le Destin Commun. De plus, l’Etat français orchestre une déstabilisation systématique de ce peuple par des tentatives d’immigrations massives soient brutales, soit à petite dose de façon répétée. Tout en refusant que les instances guyanaises gèrent, ne serait-ce qu’en partie, les flux migratoires, les questions sociales et l’insécurité, qui restent du domaine exclusif de l’autorité française.

Aussi, quand on parle de l’unité de notre peuple, il ne faut jamais oublier de rappeler que nous ne sommes pas en terrain neutre mais en terrain miné par les instances françaises qui nous gouvernent.
Il est donc très difficile de réaliser l’unité du peuple guyanais !!! il y a beaucoup de forces contraires, organisées et qui en ont les moyens.
La perfonmance que nous avons démontré pendant les semaines de mobilisation de Mars-Avril 2017 n’en est que plus puissante !!

Que faudrait-il pour qu’au niveau des représentants Guyanais les dissensions, divergences ou clash s’apaisent ?
Là encore, la situation est piégée. En effet, toutes les discussions finales, de décisions, se font sous l’autorité de la préfecture ou des ministres !! Evidemment qu’ils nous « tournent en bourrique » !! Evidemment ! Ils sont payés pour ça et leur pays, la France, a une grande expérience, aux quatre coins du monde, pour torpiller des négociations, diviser les différents membres des délégations qui discutent avec eux. Ce sont des experts. Comment ne pas admettre que nécessairement ils alimentent ou provoquent les dissensions, divergences et clashs.
Cependant il existe une ou plusieurs façons de déjouer ces pièges. C’est un sujet à discuter, assis, dans une ambiance apaisée, dans un esprit constructif. C’est tout à fait possible. D’autres, dans des situations beaucoup plus explosives, avec mort d’hommes, ont réussi à se parler, à se comprendre, à pardonner, à construire ensemble. Alors pour nous Guyanais, c’est beaucoup plus facile. C’est sûr, mais ça, c’est une autre histoire…
« Yé pa ka rété lwen pou manjé lasòs kalou », il faut se rapprocher pour parler des sujets sensibles.

Il nous faut aborder maintenant d’autres éléments qui sont constitutifs de l’unité de notre peuple.

Par exemple l’unité historique.
Nul ne peut nier que pendant plusieurs siècles nègres et indiens ont partagé, globalement, le même sort et ont développé sur tout le territoire des solidarités multiformes jusqu’à constituer un socle guyanais réel, tangible. Il fallait survivre et s’unir contre le système esclavagiste. Il fallait survivre et s’unir dans le marronnage, puis après dans la construction de sociétés autonomes en forêt et dans l’établissement de communautés villageoises sur la côte et dans l’intérieur. Les récits populaires complètent les quelques archives cachées pour témoigner de la grande solidarité historique entre les nègres et les amérindiens en Guyane. Citons le pacte de sang entre les Wayanas et les Alukus sur le haut Maroni. Je signale que les Wayanas sont les seuls amérindiens de Guyane qui ont un Gran Man ( Chefs suprême de la communauté), comme toutes les communautés Bushi Nenge. Citons le témoignage des anciens du Haut Oyapock concernant l’entraide mutuelle entre nègres et indiens pendant le marronnage et après. Citons les relations de bon voisinage et de « famille » entre les communautés villageoises de Mana, d’Iracoubo, de St Georges ou dans les communes comme Maripasoula et Apatou. Citons, enfin, la création d’une langue commune, le créole, qui sur une syntaxe africaine agence beaucoup de mots d’origine française ainsi que des mots d’origine amérindienne ( kalina notamment).
On pourrait parler des échanges quotidiens de biens ou de services basés sur le troc au début, puis contre paiement.
On devrait aussi signaler les échanges culturels entre les communautés nègres aussi. Au temps de l’esclavage, quand les esclaves marrons de la côte remontaient le haut des fleuves et, d’une crique à l’autre, rejoignaient les communautés marronnes autonomes du Maroni ou de l’Amapa, au Brésil.
Je sais que nos historiens vont me dire que des accords existaient entre les Bonis et le gouverneur de la Colonie pour que ceux-ci lui ramènent les esclaves en fuite. Mêmes accords aussi avec les Amérindiens. Nos historiens diront encore que la littérature, les archives attestent le fait que des esclaves marrons ont été ramenés à l’administration française par des Bonis ou Aluku.
Je leur réponds que nos anciens nous disent aussi que si les Bushi Nenge en ont ramené un ou deux afin de garantir leur tranquillité dans les bois, ils en ont gardé des dizaines qui ont fait souche avec eux. Et nos anciens, des deux bords, savent que les communautés villageoises de Sinnamary, Montsinnéry, Tonnégrande ou Roura sont apparentées aux Aluku, d’Apatou et de Maripasoula notamment.
D’autant plus que tous ces nègres venaient des mêmes régions d’Afrique et avaient été volontairement mélangés et disséminés par les négriers pour rendre plus difficile leur alliance en cas de marronnage. Ce faisant, ils ont laissé un père en Martinique, une mère en Haiti, une sœur au Surinam et un frère à Cayenne.
Mais la mémoire enfouie est encore vivace et tenace, « Nou tout soti Lafrik », « Ala wi komoto na Afiika », nous venons tous d’Afrique !

Ou encore, l’unité historique de Lutte.
Nous pouvons signaler les regroupements de plusieurs communautés Amérindiennes pour combattre la colonisation française. Malgré leur dissensions, leurs situations conflictuelles datant d’avant la colonisation et les manœuvres des Français pour s’allier à une communauté et l’armer contre les autres.
Nous avons déjà parlé du Marronnage et nous ayons des preuves attestées par les témoignages et les archives sur la vie communautaire mixte, amérindiens et nègres, dans des groupes de marrons en forêts.
Nous devons aussi examiner encore plus la période d’après la deuxième abolition de l’esclavage de 1848, pour trouver davantage d’éléments probants.
Il faut cependant quand même signaler la grande lutte des habitants de toutes les communes de Guyane, exceptée Cayenne, en 1890-1894 après la dissolution de leur conseil municipaux aux prétextes qu’ils étaient trop analphabètes pour diriger une commune. Il y a eu des blocages dans tout le pays. C’est au cours de ce combat de plusieurs mois que s’est illustrée Adélaïde Tablon à Roura.

Nous en arrivons aux luttes populaires du XXème siècle, souvent initiées par les travailleurs et leurs syndicats, notamment l’UTG qui dès 1935 organise les ouvriers, principalement les dockers.
Alors il faut que tous les commentateurs se souviennent et ne passent pas sous silence, l’unité historique de lutte que notre peuple a forgé, encore, pendant le siècle dernier.
Dans les années 50, 60, 70, 80, 90, 2000. NOUS AVONS TOUJOURS MANIFESTE ! Dans les rues, de façon unitaire, sous l’impulsion de plusieurs organisations regroupées en Comités, Fronts ou Mayouris. C’est un ouvrage complet qu’il faudrait pour que personne n’oublie la formidable combativité unitaire du peuple Guyanais. Et parce qu’il s’agit de Travailleurs et de populations, toutes les composantes guyanaises se retrouvent côte à côte, dans l’action.
Les dernières luttes concernent l’obtention du Rectorat de Guyane en 1996 et contre les arrestations de 1997. Puis toutes les manifestations de masse pour l’avenir de la Guyane en 1999 et 2000. La baisse des prix du carburant en 2008 et l’obtention de l’université de Guyane en 2013, toutes communautés confondues en lutte pour le Destin Commun.

C’est dire que quand notre peuple s’engage, de nouveau, massivement, dans le mouvement de Mars- Avril 2017, il a déjà un passé de combat unitaire, riche, riche, riche.

L’unité de notre peuple est donc une longue histoire d’unité dans l’action, exemplaire, qui s’est enrichie encore des acquis du  » 28 Mars », date symbolique qui a vue 10000 personnes à St Laurent et 40000 à Cayenne défiler ensemble dans les rues d’un pays barré, fusée aussi.

Venons en à l’aspect culturel dans le sens de la créativité suscitée par le dernier mouvement. Qui peut dire que nous n’avons pas assisté à une explosion de la créativité artistique de notre peuple ! Qui ? Dessins, graphismes, audios, vidéos, clips, chants, pendant et après les mois de Mars et d’Avril. Au point que les Lindors de la musique créent une catégorie « NOU GON KE SA », « nous en avons marre », slogan emblématique de la mobilisation, pour récompenser les artistes qui ont produit autour de cet événement.

Et qui peut dire que toutes ces productions ne chantent pas l’unité de notre peuple, justement ! Qui ?! Jusqu’au dernier clip, vu ces jours ci sur internet où trois chanteurs originaires des trois communautés fondatrices louent leur pays et invitent tous ceux qui y vivent à le célébrer.

Alors vraiment,
Si quelqu’un ne veut pas voir l’unité de notre peuple, c’est possible. Il lui suffit de fermer les yeux, les oreilles et gommer sa mémoire.
Si quelqu’un combat l’unité de notre peuple, c’est possible. Il n’a pas besoin d’entendre ou de voir, il est contre et puis c’est tout.
Mais tous ceux qui veulent construire ensemble doivent ouvrir les yeux et les oreilles en grand, se souvenir et puis, laisser parler leur cœur, sans avoir peur.

Quelques mots sur les préjugés populaires et la corruption morale des élites.
Dans une population en général il y existe des préjugés des uns sur les autres, des clichés, des attitudes de mépris à connotation raciste. Cela vaut, bien sûr, comme l’on dit : » dans les deux sens ». C’est à dire que l’on trouvera des préjugés d’une communauté sur l’autre et vice versa. Au sein d’une même communauté on trouvera aussi des comportements de mépris y compris contre sa propre communauté.  » Nèg éfréyan, les nègres ne pourront jamais rien faire de bon ». « Nous les bushi nenge c’est comme ça que nous sommes, l’un ne veut pas que l’autre arrive ». « Je préfère que ma fille épouse un blanc ou un noir au lieu de se marier avec un indien comme elle qui va boire et la battre ».
Ces préjugés existent et nous devons les combattre.
Il faut préciser que, souvent, quand il s’agit de caractériser l’autre, les clichés reposent sur une méconnaissance et sur des généralisations excessives.
Elles révèlent aussi la propension des uns à se placer au dessus des autres. « A koté baryè bas béf ka pasé ». Parce que la vie a fait, ou le système a fait, que les uns ont eu accès au savoir, à l’école, avant les autres, alors ils se croient supérieurs ou encore ils ont peur de perdre leur « place ».
On observe aussi que les préjugés descendent en cascade jusqu’au plus faible. En Guyane, c’est le haïtien, il hérite de tous les vices et imperfections du monde, sur tout le territoire et de la part de toutes les communautés.
Ces jugements sommaires sont alimentés par la situation d’immigration massive que nous connaissons notamment sur la question des demandeurs d’asile ou tout simplement par rapport au nombre de non-guyanais dans les maternités.
En toute bonne foi, certains d’entre nous puisent dans ces situations difficiles et dans l’interprétation que le commun des mortels leur donne pour clamer que l’unité de notre peuple est mise à mal, qu’elle n’existe finalement pas, qu’elle est constamment remise en cause, qu’elle ne pourra pas se réaliser et que la cause est perdue.  » les guyanais ont disparu ».
Moi je crois que par rapport au peuple, à population et au citoyen, il est tout a fait possible de combattre les préjugés en informant, d’abord, les uns sur la réalité des autres. Plus l’on se connait, plus on se comprend et moins on donne crédit aux caricatures des uns sur les autres.
D’autre part plus l’on se bat pour un égal accès de tous aux droits fondamentaux, école, travail, terre, moins il y aura de gens qui se croient supérieurs aux autres.
Il faut dire que même sur ce sujet, la doctrine française de division est mise en application. Soit dans le discours et les agissements de la préfecture (regroupement et évangélisation des Amérindiens) soit par l’intermédiaire de la multitude d’ethnologues et sociologues qui se spécialisent dans l’étude et le conditionnement intellectuel des diverses communautés de Guyane. Tout en niant l’existence de notre peuple, ils insistent sur les différences et introduisent des responsabilités communautaires pour dédouaner la responsabilité de l’état français.
De même, sur la question de l’immigration, j’ai indiqué plus haut que c’est la France qui déstabilise volontairement notre société et que la question du pouvoir de décision des instances guyanaises sur ces grands thèmes est fondamentale.

Les Guyanais, par leurs représentants, doivent pouvoir éditer des lois et règlements sur l’immigration, le foncier, le logement et l’insécurité. C’est fondamental, nous ne pouvons pas passer à côté de cette revendication de fond. C’est la seule façon de renverser la tendance, c’est à dire adopter une législation qui correspond à la situation économique sociale et culturelle de notre pays dans notre environnement sud américain.

L’attitude de nos représentants doit donc être examinée. Combien sont-ils à revendiquer le pouvoir auquel ils ont droit. Et concernant les préjugés, combien sont-ils à tenir un langage clair contre les clichés de toutes sortes et de tous bords ??
Je sais que certains élus font de leur mieux, que certains sont prisonniers du cadre dans lequel ils se sont placés en le demandant aux électeurs. Cependant, certains d’entre eux, parmi ceux qui ont la possibilité de s’exprimer, sombrent dans des propos et attitudes de corruption morale.
Nos élites, de façon générale, quelque soit leur origine, dans la mesure où ils détiennent un certain pouvoir, tombent rapidement dans le favoritisme envers leurs proches et utilisent leur poste d’élus pour faire du clientélisme, embaucher des gens qui leur seront redevables. C’est le cas dans plusieurs collectivités, dans tout le pays, quelque soit la communauté d’origine de ces élus. De plus, ils en profitent pour « punir » ceux qui ont voté contre eux, et font des règlements de compte. Ils se comportent aussi en despotes méprisants envers le personnel.
Par rapport à l’administration préfectorale, ils se comportent en valets, sous-fifres, exécuteurs, obéissant bêtement parfois et, souvent, ils placent leur propre administration en subalterne aux ordres de la préfecture qui donne le tempo.
Par rapport au pouvoir central, parisien, ils sont en position de « s’il vous plait, maître » et sont toujours prêts à accepter inacceptable. Ils ont peur de dire « non ».

De plus, comme ce qui les intéresse est de rester au pouvoir le plus longtemps, ils ne combattent jamais les idées fausses parce qu’ils ne veulent pas froisser leur électorat, ils encouragent alors les comportements déviants inspirés par les préjugés et les caricatures.
En se défaussant sur l’état qui effectivement a les compétences pour faire et ne fait pas, ils essaient de rester neutres mais, dans la mesure où ils acceptent sans se rebeller, ils cautionnent, en fait, les agissements anti-peuple guyanais de l’état français. Ils sont complices de la politique de déstabilisation de notre peuple et ils surfent sur les différentes mobilisations pour faire semblant en pensant à leur réélection, toujours prêts à dire  » Oui, maître » si jamais la mobilisation faiblit.

C’est en ce sens que je parle de corruption morale. Il nous faut changer d’élus et il faut que l’élite descende de son piédestal. C’est seulement le peuple qui peut l’y obliger.

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