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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Du droit, de la liberté et des élections

23 juillet 2017 de Maurice Pindard
isoloir législatives

Les commentateurs, une partie de l’opinion publique guyanaise, condamnent les électeurs qui se sont abstenus aux dernières élections législatives.
Ils étaient nombreux en effet, près de 70% de la liste électorale, à ne pas s’être déplacés.

Alors on a brandi le droit de vote arraché par la lutte au cours des années passées, dans le monde, en France et même en Guyane dont la population était exclue de l’humanité par le système esclavagiste.
On a demandé d’aller voter pour que les députés soient « bien » élus, et non pas par une minorité. On a évoqué leur représentativité entachée, réduite, que l’on pourrait leur reprocher en France.

On aurait pu faire allusion aussi à la grande révolte de 1894, contre la suppression des conseils municipaux de toutes les communes de Guyane. Révolte dans laquelle s’est illustrée Adélaide Tablon. Les nègres avaient refusé de revenir aux temps des « commissaires commandants » nommés par l’administration esclavagiste. Ils se sont battus pour le droit d’élire leur conseils municipaux.

Ainsi, il existe de nombreux arguments qui poussent à stigmatiser ceux qui ont boudé leur droit d’expression et de vote le mois passé.

Il faut aller voter, quelle que soit l’élection. Il faut se déplacer pour aller voter même si c’est pour mettre un bulletin blanc. Ne serait-ce qu’en hommage à ceux qui ceux sont battus pour que nous ayons ce droit si important de décider, à bulletin secret, lors des différents scrutins.

On pourrait croire que c’est un point de vue juste, universel, qui devrait s’imposer naturellement.

Allons plus loin et examinons la liberté du citoyen.

En effet, si le fait de voter est un droit, et si de part le monde on s’est battu pour le faire respecter, il n’en demeure pas moins vrai que le fait d’ exercer , ou non, ce droit relève de la liberté des uns et des autres.
Nous avons couramment des exemples de droit que nous avons et qui ne sont pas respectés. Ainsi le droit de libre circulation, vrai dans toute l’Europe, est bafoué en Guyane pour laquelle, en plein territoire, deux barrages, l’un à Iracoubo et l’autre à Régina, régulent la circulation des habitants qui doivent monter leurs papiers continuellement. Des élèves scolarisés à St Georges et St Laurent ne peuvent rejoindre Cayenne si ils ne peuvent montrer leurs papiers aux gendarmes présents à poste fixe toute l’année.
Concernant le droit pour un peuple à disposer de lui-même, ce que l’on appelle aussi l’autodétermination, ou le self governing, les dispositions générales de la Charte des Nations Unies le prévoit, ses diverses résolutions le préconisent. Pourtant les puissances administrantes n’octroient jamais spontanément ce droit à leurs colonies. La Nouvelle Cadédonie à du verser le sang de son peuple pour qu’un référendum d’autodétermination soit prévu dans les prochaines années. La Polynésie française a réussi à se faire réinscrire sur la liste des pays à décoloniser contre la position de la France. Et les dernières colonies françaises d’Amérique ( La Martinique, la Guadeloupe et la Guyane) et de l’océan indien ( la Réunion) sont maintenues dans des carcans institutionnels qui leur refusent ce droit à s’auto déterminer.

De plus l’on devrait pouvoir relativiser ce point de vue si généralement admis au regard des différentes élections ou consultations qui sont proposés aux électeurs. En effet, lors du référendum de Maastricht, sur l’entrée de la France dans l’Europe, plusieurs partis politiques de Guyane avait appelé au boycott. Ils ont demandé aux électeurs de ne pas aller voter ! Il fallait laisser au peuple français la liberté de son choix pour son pays. Les Guyanais se situant en tant que peuple guyanais qui ne pouvait pas interférer dans la décision d’un autre peuple.

Dans le cas du referendum concernant l’approbation des accords de Nouméa, les anticolonialistes guyanais ont refusé d’y participer parce qu’il était demandé clairement au peuple français de valider un accord passé entre leurs représentants et ceux du territoire de Kanaky.

Ainsi, l’on voit bien que le point de vue sur la participation quasi obligatoire aux élections n’est pas si absolu que ça.

Concernant les scrutins uninominaux ou de liste, les dispositifs prévoient le vote nul et blanc. C’est à dire le fait d’aller voter et de refuser de se prononcer pour l’un ou l’autre des candidats en lice. Or quelle est la différence entre le vote blanc et l’abstention, du point de vue du positionnement de l’électeur concerné. Il n’y en a pas. Je peux décider d’aller voter blanc, je peux préférer rester à la maison, je fais le même choix du désintérêt par rapport à l’offre électorale proposée.

De plus, selon la légalité formelle, le vote n’est pas obligatoire dans le système français. Les gens ont donc le droit de ne pas voter ! j’ai le droit de rester chez moi et bouder l’élection ! Il n’est donc pas juste de m’en faire le procès !

D’ailleurs l’opinion publique française est très attachée au vote non obligatoire alors qu’en Belgique par exemple le vote est obligatoire sous peine d’amende, comme au Brésil ou nombre d’autres pays.

Ainsi du point de vue du Droit écrit, de la Loi, les abstentionnistes sont dans leur droit !

D’autre part, sur le plan de la morale, on pourrait considérer que ne pas participer à une élection est une faute morale, civique. Puisque tout le monde bénéficie du travail législatif ou exécutif des élus, il semblerait moralement normal que tout le monde participe à la mise en place de ces représentants en les élisant.
Cependant, la Liberté est une notion essentielle, moralement fondée, y compris concernant le choix de ses représentants. Pour diverses raisons qui lui appartiennent, le commun des mortels a la liberté d’aller ou ne pas aller voter.
Seule la dictature peut imposer les choix, ou dans une armée en temps de guerre. Et encore, même là, l’objecteur de conscience peut préférer être mis en prison que d’être enrôlé. Et le combattant peut refuser d’exécuter un ordre injuste quitte à être fusillé sur le champ.

Le citoyen est donc fondé à s’abstenir à une élection si il le juge utile, tant du point de vue du Droit formel que du point de vue de la Morale.

C’est même au nom de cette morale que l’on peut justifier le vote obligatoire dans certains pays, notamment des jeunes nations, en construction, pour lesquelles le nombre de suffrages exprimés donne du sens à la mesure votée ou à l’homme politique élu. Ainsi on peut considérer que, la Guyane accédant au stade de jeune nation indépendante, la population décide, par ses nouveaux élus ou par référendum que le vote soit dorénavant obligatoire pendant un certain nombre d’années afin d’asseoir les nouvelles dispositions législatives et les nouveaux représentants du peuple, sur un socle électoral incontestable.

On comprend aisément par contre que dans le cas de « vieux » pays comme la France, le vote soit devenu quasiment facultatif. Par exemple, dans certains pays, pour qu’un référendum soit valable il faut qu’un certain nombre de voix requis s’exprime. Alors qu’en France, peut importe le taux de participation aux élections ou référendum ! Leurs institutions sont assez solides pour se contenter d’un vote non obligatoire et d’une faible participation aux élections.

Alors, lorsque en Guyane, administrée par la France, des individus, ayant toutes leurs facultés, décident de ne pas aller voter à telle ou telle élection, ils sont dans leur droit. Tant légalement que moralement.

Ceci est d’autant plus vrai que certains partis politiques peuvent présenter ou ne pas présenter de candidats à telle ou telle élection. Par exemple, le MOGUYDE , Mouvement Guyanais de Décolonisation, ne participait pas aux élections. C’était sa position politique qu’il assumait. Les sympathisants de ce mouvement, pour beaucoup, boudaient les urnes, légitimement. Pour sa part, le MDES a préféré n’investir aucun candidat aux dernières élections législatives. Qu’ont fait ses partisans ? Il est sûr que certains ne se sont pas sentis concernés par ce vote.
On peut en effet difficilement concevoir la liberté d’un parti politique à ne pas participer aux scrutins et, dans le même temps, condamner un abstentionniste qui est dans son droit.
On peut aussi difficilement admettre que des collectifs de citoyens appellent au vote blanc et , parallèlement, réprimander un électeur qui interprète cette consigne comme étant synonyme de l’abstention.

On peut, certes, déplorer la faible participation à une élection, s’interroger sur le score des bulletins blancs et nuls, mais il faut accepter le fait que ces élections dans le système français, sont facultatives, non obligatoires, et qu’en vertu de la morale le citoyen peut se référer à sa liberté d’agir, y compris de boycotter un scrutin.

Une fois admis ceci, il faut quand même examiner les chiffres de la participation aux dernières élections législatives et poser la question de la représentativité réelle de nos députés. Puisque très nombreux ont été ceux qui ont préféré ne pas valider cette élection. Ce sont des indicateurs objectifs de la vraie représentativité de nos élus.

En effet, sur un total de 92 000 électeurs inscrits, seuls 29000 se sont exprimés soit moins de 30%.
70% des citoyens guyanais inscrits sur les listes électorales ont refusé d’aller voter. Et l’on a compté un fort nombre de bulletins blancs et nuls. Cela veut dire que dans la configuration actuelle, le système ou les candidats, ne conviennent pas à la grande majorité des électeurs.

De plus, considérant le faible nombre d’électeurs, 29 000, sur la population totale recensée, 220 000, on se rend compte que les deux candidats élus ne totalisent que 14000 voix soit 6,5% des habitants !!

Il devient clair que ne nous ne devons plus continuer dans ce sens. Chaque élection approfondit la fracture entre ceux qui sont dits citoyens, parce qu’ils ont le droit de vote, et ceux qui sont en marge du système administratif français en Guyane, c’est à dire la grande majorité. Fracture entre ceux qui jouent le jeu des élections, et ceux qui leur tournent le dos, volontairement, c’est à dire la grande majorité.

Or, dans le pays que nous imaginons, à ses tous débuts, il ne faut pas que nos représentants soient élus par une petite minorité de la population. 6,5% !, ce n’est pas admissible.
Alors cela nous oblige à repenser le système électoral actuel fait pour un pays européen industrialisé, fortement peuplé, bénéficiant de vieilles institutions.

Il nous faudra imaginer d’autres formes, d’autres repères, références, pour que le droit et la liberté s’expriment pleinement lors de nos futures élections nationales guyanaises et que très majoritairement nos élus soient représentatifs.

Il faudra que la grande majorité des adultes résidents soient pleinement citoyens de Guyane avec même droits et devoirs, dont le droit de vote.
Il faudra inventer une dynamique qui entraine l’électeur en masse vers les nouveaux scrutins électoraux. Et puis dans les premiers temps de notre jeune nation, penser à responsabiliser l’électeur devant l’implication de ses choix.

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