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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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La Guyane enfin déverrouillée !

3 février 2016 de Maurice Pindard
sortir du cadre2

Pourquoi la mise en place de la CTG est une avancée politique pour notre « péyi ».

Depuis 1946 la Guyane était cadenassée dans le cadre juridico administratif de la départementalisation française. C’est cet artifice juridique qui avait permis à la France d’argumenter devant l’ONU et de se soustraire à son contrôle sur l’accession à l’indépendance des territoires sous domination des puissances coloniales.

Ce cadre semblait définitif. Nous devons avoir en mémoire le fax envoyé au bureau des États Généraux de 1997-98 par le représentant de l’état à cette instance importante : « jamais l’état français ne cautionnera un document demandant la sortie du cadre départemental » !! Ceci pour justifier son absence à la séance de validation du document final en janvier 1998.
Cela rappelle la réponse finale du représentant du gouvernement français qui négociait en 2001 sur le projet d’accord sur l’avenir de la Guyane défendu par la délégation guyanaise au complet, à propos de la demande de compétences partagée. Après de âpres discussions, poussé dans ses derniers retranchement, il lâchera finalement : « la réponse est « Non !, la France ne partage pas ses compétences ».

C’est-à-dire qu’il y a une grande duplicité, une grande manipulation, mystification qui est orchestré par l’État français quand il fait semblant de négocier avec des représentants de ses colonies. Au final, il ne lâche rien, sauf sous le rapport de force.

Ce qui est écrit plus haut signifie que la révision constitutionnelle effectuée en 2003 concernant la réécriture des articles 73 et 74 relatifs aux colonies départementales a été une concession faite sous la pression des manifestations notamment en Guyane depuis 1996 jusqu’en 2003. Nous ne devons jamais l’oublier. Jamais la France n’aurait accepté de réécrire ces articles pour permettre l’évolution séparée de ses colonies d’Amérique s’il n’avait pas eu de nombreuses et massives manifestations !!

Et c’est cette révision constitutionnelle qui permet au gouvernement de proposer un autre cadre juridico administratif aux consultations populaires dans ces territoires.

Ainsi, grâce à la mobilisation populaire, à l’unité des composantes sociales et politiques de cette période du KPNDL ( Komité Pou Nou Démaré Lagwiyann) dont personne ne parle ( 1996-2003), après de multiples négociations en Guyane et à Paris, de grandes manifestations de rue dégénérant souvent en émeutes populaires sous la répression des chars des gardes mobiles, l’essentiel était gagné. L’évolution institutionnelle et la consultation de la population.

Il faut encore rappeler que le « referendum » populaire de décembre 2003 qui venait couronner ce processus populaire victorieux a été « torpillé de l’intérieur » par Léon Bertrand, chef de la Droite d’alors, en ce qui concerne la Guyane. Ce sont la Guadeloupe et la Martinique qui furent consultées !!

Il faut rendre hommage alors aux équipes élues à la Région et au Conseil général à partir de 2004 qui ont repris les discussions avec le gouvernement français et ont obtenu, de concert avec les élus de Martinique, une nouvelle consultation en 2010.

On sait qu’elle a été piégée par le gouvernement français de deux façons. De l’extérieur par le président Sarkozy lui-même qui pose deux questions conditionnée l’une à l’autre au lieu d’une seule contrairement à ce qui est demandé par la partie guyanaise et ce qui est d’usage dans les consultations populaires. De l’intérieur par la mise sur scène d’un traître politique soutenu, par le pouvoir, qui fait campagne sur le mensonge, la peur du largage et de la fin des allocations.

Ce qui permit à l’article 73 de s’imposer avec une participation de moins de 30 % des inscrits !!

Mais, quoi qu’il en soit, le cadre départemental était alors condamné à disparaître et la Guyane à commencer à évoluer du point de vue de ses institutions.

Bien qu’il ait fallut 5 ans pour que ce nouveau cadre juridico administratif voit le jour par l’élection à la CTG en Décembre 2015 et que tous les élus traditionnels ainsi que les médias s’évertuent à déconnecter le mouvement populaire de son résultat institutionnel,

Les révolutionnaires doivent dire et redire que le déverrouillage du cadre départemental de la Guyane et de la Martinique sont une conquête des mobilisations des populations dans ces pays, notamment, notamment (il faut le répéter) en Guyane où les mobilisations ont été populaires, massives, pacifiques et violentes, réprimées mais finalement victorieuses pour le bénéfice des deux pays Martinique et Guyane.

Le peuple guyanais, sa population, sa jeunesse, ses organisations revendicatives et politiques, les quelques élus qui ont formé la première Délégation Guyanaise (1999-2003) ainsi que la seconde (2006-2010) peuvent être fiers du résultat obtenu en bout de course.

Certes il ne correspond pas au Pacte de Développement approuvé par le congrès des élus le 27 février 1999, il ne correspond pas au projet d’accord sur l’avenir de la Guyane de 2001, Il ne correspond pas à une collectivité régie par l’article 74.

Il ne correspond pas non plus au Statut spécial de Catayée de 1960, ni à l’autonomie de gestion de l’UPG en 69, encore moins à la décolonisation réclamée depuis 1970 par tous les courants anticolonialistes.( Jeune Garde, FLNG, MOGUYDE, Unité Guyanais, MOGUYDE, PNPG, MDES et autres).

Mais il correspond pourtant au préalable de fond de toutes ces revendications politiques exprimées depuis près de 70 ans : le déverrouillage du cadre départemental de 1946.

C’est une des clefs de l’émancipation politique de notre peuple, ce n’est que la première, et c’est toujours le premier pas qui est le plus difficile. 70 ans de lutte. Enfin !!

Les artisans de cette victoire peuvent en être fiers, du plus simple manifestant anonyme aux plus grands militants politiques connus. Cette victoire est à nous.

Ainsi, c’est cela le sens profond de la mise en place de la CTG. C’est pour cela que je pense que c’est un événement important dans l’histoire politique de notre pays et qu’il faut sans cesse le rappeler.

Le problème c’est que c’est Rodolphe Alexandre qui en est le président. Il montre déjà son allégeance au pouvoir français en nommant un ancien préfet comme directeur de cabinet ! Il était soutenu par le gouvernement socialiste. Son directeur des services est aussi un « expatrié », on comprend que sa mission est d’essayer de reverrouiller le déverrouillage.

Hélas, les faits sont têtus et il butera sur les nombreux blocages du régime juridique de l’assimilation article 73. Des lois imposées qui ne correspondent pas à notre réalité de pays à faible population en voie de développement, sur les rythmes scolaires, l’accès aux fonctions d’enseignants, l’accès à la terre, aux mines, le désenclavement, les équipements public, l’environnement financier pour le développement de l’entreprise etc…. Il lui faudra sans cesse demander des dérogations, des habilitations et attendre que le parlement français décide sur quoi et pour combien de temps…

La Guyane va donc se secouer de nouveau. Les manifestants prendront le chemin de la CTG et il devra répondre de ses actes !

ET quand des organisations politiques proposeront à notre peuple une deuxième évolution institutionnelle, plus adaptée, pour plus d’autonomie, elle semblera « naturelle ».

Et quand peuple guyanais se mettra en marche de nouveau il ne craindra plus le changement, les changements, il aura déjà respiré le souffle du possible et il tentera l’impossible.

Les révolutionnaires Guyanais en sont convaincus, ils continuent de se préparer avec constance et confiance. Bravo à tous, l’avenir nous appartient.

A nous, notre pays, notre peuple, du Maroni à l’Oyapock, de l’Atlantique aux Tumuc Humac.

A konde ya na fu wi !!

Maurice Pindard

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