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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Pourquoi les autres et TIEN LONG ont perdu la CTG?

18 janvier 2016 de Idéal Guyane
Le drapeau de la CTG

Maurice Pindard un mois après le second tour de la CTG qui a désigné son premier président ; tirons un bilan de cette élection où beaucoup d’élus ont tout d’abord défendu leur cause en se positionnant à contre sens de leur habituel positionnement en laissant de coté le ‘’péyi’’.

IG : Au début de cette campagne pour la CTG nous avions l’impression que tout le monde n’était pas parti sur la même ligne de départ et n’avait pas non plus préparé cette première élection de la même façon ? Est-ce une fausse idée ?

Dès que la campagne a commencé on a vu les partisans de Rodolphe Alexandre en action, nombreux, avec des maillots qu’ils donnaient à qui voulait. Ils avaient un local de campagne avec des permanents, des voitures avec haut parleur, minibus, drapeau et affichettes. Un peu plus tard c’étaient ceux de Tien Liong avec des moyens plus réduits. Les autres étaient pratiquement inexistants sauf des banderoles pour signaler leur liste et leur candidat. Quelques maillots ici et là…
On peut en déduire qu’il y avait une différence dans les moyens financiers et dans la préparation entre les deux principales listes et les autres.
On sait que les deux présidents ont annoncé très tôt leur candidature et se sont mis en ordre de marche. L’un des éléments clefs de la stratégie de Rodolphe Alexandre a été de prendre comme directeur de cabinet l’ancien collaborateur de Karam qui lui avait fait gagner les élections régionales précédentes. Dès son élection à la Région en 2010 Rodolphe Alexandre avait pour objectif son élection à la CTG et il s’en est donné les moyens ! Il a habilement placé Roumillac, Désert et le maire de Kourou en tête de section et n’a pas lésiné sur les déplacements en hélicoptère dans l’intérieur.
Tien lion est parti un peu plus tard. Il a concocté une liste en s’appuyant sur la Maire de Cayenne et celui de St Laurent. Puis l’alliance PSG-AGEG avec comme candidate Chantal Berthelot et enfin le MDES et Walwari.
Il est donc vrai de dire que tout le monde n’est pas parti sur la même ligne de départ. Et que la préparation des uns était différente de celle des autres.

I.G : Vous sous entendez que tous les autres partis ont pris cette élection prévue depuis quelques années à la légère ?

Cela ne veut pas dire forcément qu’ils ont considéré l’élection avec légèreté. Ils ont fonctionné, pendant 5 ans, selon leurs priorités du moment et avec leurs forces et leur organisation interne propre. Pour Rodolphe Alexandre les objectifs sont clairs depuis son accession à la présidence de la Région. Le personnage est un ancien du PSG, qui a l’habitude de manœuvrer dans les instances, d’élection en élection. Il ne fait que ça !! Pour Tien Long une fois la décision prise, il déroule son plan. Les choses sont beaucoup plus compliquées pour les autres forces politiques notamment le PSG historique qui se devait de faire alliance, Walwari qui se cherchait une tête de liste et le MDES dont le fonctionnement n’est pas foncièrement électoraliste. D’autre part il ne faut pas oublier qu’il s’agissait d’une élection difficile où il fallait trouver 67 noms sur tout le pays. Une élection dont la date a été sans cesse repoussée et dont les modalités ont été connues tardivement. Enfin d’autres éléments, plus subtils, moins connus, peuvent expliquer les retards à l’allumage de certaines formations politiques. On fait face, parfois à des réalités incontournables…

IG : Pendant la campagne les bonnes idées étaient massacrées par le brouhaha des arguments populaires. Et là encore malgré les années de terrain des différents candidats il y avait toujours cette impression de bricolage d’un coté et une machine électorale organisée de l’autre. Quelles en étaient les raisons ?

Chacun ressent les événements à sa façon. Je pense que du point de vue de chaque liste, personne ne bricolait !
On a simplement assisté à une différence nette d’occupation sur le terrain. Ce qui suppose une vraie organisation en amont et des moyens logistiques et financiers adéquats. Les présidents des assemblées sortants avaient des moyens que n’avaient pas les autres candidats : des personnels qui font campagne pour leur président par exemple, des personnes mobilisées dans les différentes antennes dans le pays, des sponsors qui donnent de grosses enveloppes et sont déjà dans le réseau, etc. Quand une campagne est planifiée par des individus qui savent le faire et qui ne font que ça de leur journée pendant plus de 2 ans, cela se voit ! ! Un ami me faisait remarquer que c’était un bulldozer qui était en marche depuis plus d’un an. On a vu les apparitions médiatiques notamment de l’ancien président de Région, ses opérations soit disant officielles mais notoirement électoralistes. Sans états d’âmes !

I.G : A vous lire, la campagne sur le terrain est un peu dépassée et les interventions médiatiques à elles seules peuvent faire la différence. Pourtant si nous faisons un effort pour soulever un peu les yeux et les oreilles nous verrons que d’autres moyens existent pour se faire entendre et se faire comprendre lorsque l’on est outsider ?

A posteriori, on peut toujours dire que tout n’a pas été fait, on aurait pu faire mieux etc. bien sûr. Mais cela dépend aussi des moyens dont on dispose, humain, matériel, financier.
Il faut redire encore ce que j’ai signalé dans deux articles précédents concernant le fait que les élections sont piégées au départ. Ce n’est pas un exercice démocratique. Ce n’est pas celui qui a le meilleur programme, la meilleure liste qui est élu, le meilleur site sur internet, la meilleure campagne médiatique ! Non, ça ne fonctionne pas comme ça !
La majorité des habitants du pays n’est pas inscrite sur les listes électorales. La majorités des gens inscrits ne sont pas allés voter. Il y a un fort sentiment que cela ne sert à rien. La propagande des listes majoritaires repose sur des mensonges et des caricatures. L’état, le pouvoir, favorise largement son candidat. Alors se faire entendre ? Oui. Se faire comprendre ? C’est déjà autre chose. Et puis après ?? on sait que cela ne suffit pas ! Hélas …

IG : Durant le second tour, nous avions l’habitude des débats entre listes pour obtenir une plus grande chance de remporter la victoire et là encore une partie des électeurs a été mise sur la touche par les deux listes restantes, cette attitude avait elle une explication ?

L’explication ne peut venir, principalement, que de l’analyse du comportement de la liste de Tien Liong entre les deux tours ! En effet Alexandre ne pouvait pas faire alliance avec les trois listes de gauche restantes Tandis que son concurrent avait une carte maîtresse à jouer. Compte tenu du mode de scrutin à deux tours qui est fait pour permettre les alliances du deuxième tour, il avait la possibilité de récupérer la grande majorité des voix des électeurs des listes PSG-AGEG, Walwari et MDES, soit près de 9000. Il a refusé, étant persuadé que ces électeurs auraient obligatoirement voté pour lui, même si il ne fusionnait pas avec ces listes !! On a vu que la liste Berthelot a demandé un vote blanc ! Que walwari a renvoyé les deux premiers dos à dos, et que le MDES a appelé a faire barrage a Alexandre sans appeler explicitement à voter Tien Liong. Résultat : celui-ci n’arrive pas à combler son retard, Alexandre est élu et les 3 autres listes sont hors jeux. Leurs électeurs ayant été mis sur la touche, effectivement.

I.G : Si ces partis n’ont pas appelé au moins à faire barrage, peut-être que Tieng Long avait vu juste de ne pas s’allier avec eux ? Ces partis étaient là pour autres choses car, seul, il arrive au second tour, cela peut vouloir dire qu’une partie des guyanais reconnaissait son travail, tandis que les autres forces politiques sont éliminées ? Il avait peut-être eu raison de continuer seul, conformément à son bon score et par respect de ses électeurs ?

Je crois que le score de Tien Long montre que le travail d’équipements qu’il a réalisé dans tout le pays et son positionnement sur les différents sujets d’actualité ont été reconnus. Il bénéficie d’un très bon score, c’est un fait. Devait-il continuer seul ou devait-il s’allier aux autres forces de gauche, ce qui lui permettait une victoire plus évidente, quoique non automatique ?
Peut-on reprocher aux partis politiques concernés de ne pas avoir appelé ouvertement à voter pour lui au deuxième tour ?? Moi je pense que c’est ce qu’ils auraient du faire, malgré tout. Mais je crois aussi que c’est le positionnement de refus d’alliance de Tien Liong qui a provoqué la réaction des autres !! Ce sont des hommes et des femmes qui sont dans la bataille avec leurs sentiments et leur ressentis, en plus de l’analyse politique froide et lucide. Et dans ces moments de surchauffe les dirigeants doivent savoir tenir compte des avis de leur base pour ne pas risquer l’éclatement en plus de la défaite !!! Cela explique largement le positionnement des uns et des autres. Alain Tien Liong ne l’a pas suffisamment anticipé…

IG : Quelles ont été les erreurs des uns et des autres au cours de cette campagne ?

On peut déjà parler de celle de Tien Liong. En effet, quel raisonnement logique peut-il conduire un challenger à ne pas se donner les meilleures chances de victoire ? D’aucuns ont dit qu’il ne voulait pas la présidence ! D’autres qu’il avait déjà dit qu’il ne ferait aucune alliance et qu’il a tenu parole !
Il faut s’arrêter ici pour rappeler qu’il y avait, avant, un autre mode de scrutin. En 1998 par exemple l’élection à la Région s’est faite à la proportionnelle intégrale, à un tour, avec une barre de 5 % qu’il fallait absolument dépasser et sans prime majoritaire ! Si ce mode de scrutin était encore en vigueur pour la CTG, les trois listes ayant obtenu un score entre 5 et 10 % auraient eu, chacune, quelques élus. Et des majorités « de travail » se seraient composées pour diriger la CTG. Étant donnés les résultats au premier tour, Tien Liong en aurait été probablement le président .
Depuis 2004, ce système électoral à changé. Il y a deux tours, entre lesquels la loi autorise la fusion des listes et il y a un bonus de sièges pour la liste qui sort en tête au deuxième tour pour qu’elle ait une majorité stable.
Donc de deux chose l’une : ou bien Tien Lion va a l’élection pour devenir le président de la nouvelle collectivité. Dans ce cas, il n’a pas à se poser de questions philosophiques qui ne s’imposaient pas , il fait alliance avec les trois autres listes de gauche et gagne l’élection. Ou bien il va à l’élection pour d’autres raisons et de toute façon c’est une faute vis à vis des électeurs qui ont cru en son discours de présidentiable !! C’est pour cela que les gens ont voté pour lui, pas pour qu’il siège dans l’opposition !!
Le cas de la Martinique est éloquent. Que fait Alfred Marie-jeanne entre les deux tours. Question difficile, dans ce cas, parce que la liste entre 5 et 10 % est une liste de droite !! Sans sourciller, Marie-jeanne fait alliance et devient le premier président de la CTM (Collectivité Territoriale de la Martinique). Il pourra ainsi mettre en œuvre la majorité de son programme au bénéfice de la population de son pays. Quand Tien Liong prend le risque de faire gagner Alexandre il commet une grave faute politique.
On ne peut pas reprocher grand chose au PSG et à l’AGEG : ils ont fait alliance avant le premier tour, ils ont tiré les leçons de l’élection à la Région de 2010 où ils avaient été placé dans la position difficile entre 5 et 10 % . Ils décident donc, justement, de combiner leurs forces. Le problème c’est que cela n’a pas suffit et que, de toutes façons, le PSG était écartelé sur trois listes. L’AGEG ne rayonnant que grâce à quelques personnalités dont leur député, Chantal Berthelot. Choix contesté à l’intérieur d’un PSG déjà affaibli !
Finalement les autres « fautifs », si l’on peut s’exprimer ainsi, sont Walwari et le MDES. En effet, ils s’étaient mis ensemble dès le premier tour en 2010 et avaient réalisé un score remarquable de 28 % avant de rallier les autres listes et d’arriver second au deuxième tour. Pourquoi n’ont-ils pas renouvelé leur expérience positive ?? On sait qu’un problème de leadership, la tête de liste, s’est posé. On sait aussi qu’ils étaient quasiment sûr, l’un et l’autre, de dépasser la barre des 10 % dès le premier tour. Et pensaient secrètement à l’alliance victorieuse future au deuxième tour !! Ce qui s’appelle « konté dizé a gogo poul ». Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Je ne parle pas des autres listes qui savaient que la partie était difficile et ont fait de leur mieux.

IG : Finalement quel bilan faites-vous de cette élection ?

Le bilan que je fais de cette élection est que des personnes qui sont en capacité, et qui ont une responsabilité devant l’histoire de leur pays, ont fait des mauvais choix. Je pense surtout à ceux qui ont su mobiliser notre peuple dans les années 1997-2003, ceux qui ont fait campagne activement pour le 74 en 2010, ceux qui se sont positionnés favorablement dans l’opinion publique guyanaise ces 5 dernières années. Ils ont tous fait le choix du cavalier seul au mépris de la réalité des rapports de forces et des leçons électorale récentes, pourtant évidentes !!
Il y a eu une espèce de cécité politique collective dont je n’ai pas fini d’en comprendre les véritables raisons…

Idéal Guyane.

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