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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Que peut la Guyane pour les réfugiés de guerre?

20 septembre 2015 de Idéal Guyane
La guerre des occidentaux

Même si l’on désirait parler d’une actualité spéciale à notre « péyi », il en est une que nous ne pouvons pas évacuer d’un coup de main à moins de tourner la tête à cent quatre vingt degrés : c’est celle des réfugiés de guerre venant de la Syrie et de sa région qui cherchent refuge en Europe.
Plusieurs, grands et moins grands, responsables d’un peu partout dans le monde se sont exprimés sur la question avec parfois, comme en Guyane, des réponses qui nous paraissent populistes, manipulatrices, petites, devant ce désastre.

IG : Maurice Pindard donnez nous votre avis sur cette question d’actualité qui nous a touché lors de la guerre civile du Suriname dans les années 1980.

Ce qui est vrai c’est que la Guyane a déjà été confrontée à une situation où des populations voisines fuyaient la guerre et traversaient le fleuve frontière Maroni pour se protéger.
Ce qui est vrai aussi c’est que la Guyane est constamment otage de sa nature coloniale où finalement ce n’est pas elle ou ses élus qui décident mais la France et son préfet en Guyane.

Nous sommes donc malades, traumatisés, diminués, atrophiés, malades d’irresponsabilité, malade d’aliénation et d’assimilation. C’est une tare qui empêche l’opinion publique guyanaise de jouer son rôle pour peser dans les débats de sociétés, tare qui frappe nos élus réduits au rôle de bavards télécommandés handicapés de la responsabilité et impuissants.

Ils parlent sur commande et ne peuvent pas se situer en responsables politiques d’un pays !

En 1977 des manifestations avaient eu lieu par rapport à l’arrivée des réfugiés hmongs. La journaliste de RFI évoque des rumeurs folles qui avaient circulé à ce sujet en Guyane. Henri Néron montre des images de cette manifestation au-devant de laquelle marchaient des responsables politiques notamment du PSG (Parti Socialiste Guyanais). Mais, il est nécessaire de préciser les choses notamment pour les plus jeunes qui nous liront.

Premièrement Le gouvernement français décide du « plan vert » en 75-76. C’est un plan agricole basé sur l’arboriculture et l’élevage bovin sur grandes surfaces. En même temps on s’intéresse à la possibilité d’usine de pâte à papier utilisant le bois de nos forêts ou de plantations d’espèces précoces. Pour réaliser ce « plan » un volet immigration est décidé. Les chiffres de 30 000 colons français et de 40 000 Hmongs sont avancés, ces chiffres ne sont pas des «  rumeurs folles », j’invite nos lecteurs curieux à retrouver les éditions de France Guyane de l’époque.

Deuxièmement, c’est pour cette raison qu’un «  Mayouri contre l’invasion » est créé en juillet Aout 1977 regroupant presque toutes les organisations populaires et partis politiques de gauche. Il s’agissait, non pas de refuser l’implantation de populations extérieures mais de refuser l’envoi massif qui était programmé et dont l’objet était de rendre les guyanais minoritaires dans leur pays. Conformément à la doctrine de l’état français dans toutes ses colonies. Si des élus du PSG sont en tête de la manif, ils sont aux cotés des responsables des autres organisations telles que le MOGUYDE ( Mouvement Guyanais de Décolonisation), l’UTG (Union des travailleurs Guyanais) ou L’UEG (Union des Étudiants Guyanais).

Troisièmement, si ce Plan Vert est annoncé c’est en réponse à la montée des mouvements indépendantistes de Guyane, à leur influence grandissante notamment dans la jeunesse et aux nombreuses manifestations de rues qui ont émaillé les annés 70-74.
La France agit encore comme à son habitude en colonie : la carotte et le bâton. En L’occurrence, il s’agit d’abord du bâton par les arrestations de décembre 1974 du fameux « complot de noël », ( cf. le film d’Alain Michel du même nom) puis de la carotte par le Plan vert du pseudo développement de la Guyane afin de calmer les esprits tout en pacifiant le pays en rendant minoritaires les natifs .

Ces précisions sont éminemment nécessaires parce que jamais jamais les médias ne présentent les faits tels qu’ils se sont passés. Jamais. Comme on évite toujours de dire quel rôle exact ont joués les mercenaires hmong aux cotés de la France et des USA pendant les guerres d’indépendances du Laos, du Cambodge et particulièrement du Viet Nam.

Il faut encore dire que ce sont ces manifestations et protestations y compris internationales, contre l’invasion en 1977 qui ont obligé la France à revoir son projet de peuplement à la baisse.

Les dizaines de familles qui ont été installées, finalement, ont été acceptées et intégrées de façon exemplaire par la Guyane et les guyanais.

Quels problèmes aurions-nous à accueillir quelques familles qui fuient l’enfer des bombes provoqué par l’Europe, dont la France et les USA, en Irak, Libye et autres Afghanistan et Syrie !!

Allons plus loin.

En 1986, la guerre enflamme le Surinam depuis 3 ans. Des combattants issus des populations frontalières, sont partie prenantes. Un chef de Guerre séjourne parfois en Guyane. Les services secrets français et hollandais ne sont pas neutres, des mercenaires s’entraînent même en Guyane !! Les civils fuient le feu. Nous les avons accueillis naturellement avant que la décision politique française ne soit prise de les considérer non pas comme des réfugiés de guerre mais comme des PPDS (Personnes Provisoirement Déplacées du Surinam). Statut totalement en marge des règlements internationaux. Ils sont parqués dans des camps, nourris par l’armée avec interdiction de travailler !!! Donc de s’intégrer ou de vivre dignement, sans avoir recours pour certains aux vols et larcins mineurs pour survivre !!!

Les amérindiens réfugiés du Surinam sont intégrés naturellement dans les villages frontaliers de Guyane, le maire d’Awala Yalimapo prend ses responsabilités et reçoit des populations sans tambour ni trompette.
Les élus de la côte restent majoritairement dans la posture qu’on leur a inculqué, au lieu d’éduquer leur populations ils jouent sur la peur de l’étranger et on entend tous les discours les plus xénophobes ou populistes.

Sur le haut Maroni c’est la solidarité qui prime, l’accueil et l’intégration est normale, concernant des populations de la même « famille ».

Il faut signaler quand même l’attitude correcte de certains élus, notamment celui de Mana, qui avec d’autres dénonce la situation inhumaine des PPDS.

A la fin de la guerre, la France leur propose une prime pour qu’ils retournent au Surinam. Le Maire de Mana propose à ceux qui le veulent de s’installer notamment dans l’agriculture, il prône l’intégration des toutes les populations de sa commune. Il avait déjà l’exemple réussi du village Hmong de Javouhey.
Une partie des ces personnes à Mana, Awala-Yalimapo , St Laurent et peut-être jusqu’à Iracoubo ont défriché des abattis, planté et récolté. Leurs enfants vont à l’école et participent du dynamisme démographique de la Guyane.
 
Pourquoi ne pourrions-nous pas accueillir quelques familles réfugiées de guerre du moyen orient !!.

Rappelons encore les situations de crues du Maroni. Des villages des deux rives sont noyées. La solidarité s’organise des deux bords, exemplaire et désintéressée. Des initiatives citoyennes sont prises sans que l’on demande aux sinistrés leur nationalité ou leur pays d’origine. Je pense aux vivres acheminés par canots à l’initiative de la Section Maroni du Secours Guyanais.

Ce rappel nous permet de revenir à la question fondamentale posé par la fuite de populations civiles que l’on appelle « migrants » hypocritement en Europe.

C’est la question de la solidarité humaine face aux catastrophes. Et la réponse de principe doit être sans équivoque : Oui, nous pourrions accueillir des réfugiés fuyant la Guerre de n’importe quel coin de la planète.
A côté de la réponse positive de principe se pose celle du comment, celle des moyens et des modalités. Celle de l’opportunité aussi.

Cette démarcation-là, peu de nos élus peuvent le faire, puisqu’ils acceptent que ce soit la France, par ailleurs responsables des dégâts dans ces pays, qui décide pour nous, finalement, sur le sujet. Leur réponse ne nous parvient qu’une fois que la décision française est prise. Ils ne répondent donc que partiellement à la question parce que la loi française ne leur a donné que cette « compétence là » : parler un peu sur le sujet en se faisant l’écho d’une partie de leur électorat.

Fabien Canavy du MDES à qui la « radio pays » posait la question s’est démarqué du concert ambiant en affirmant que si cela était nécessaire la Guyane pourrait accueillir des réfugiés syriens et que ce serait aux autorités guyanaises d’en décider les modalités.

Au regard des argumentations des élus de la Guyane devant cette crise humanitaire dont les occidentaux portent une très grande responsabilité, pensez vous que la Guyane soit humaniste ?

Il ne faut pas réduire la Guyane à ses élus ! Et parmi eux il y en a qui prennent du recul par rapport aux postures électoralistes. Cependant, c’est vrai que les argument avancés concernent le fait que nous n’avons pas les moyens financiers, nous avons des problèmes prioritaires pour la population du pays et du territoire. J’ai même été approché par des citoyens guyanais qui me demandait d’intervenir auprès des élus pour qu’ils n’acceptent aucun réfugié.

En effet, souvent on évoque les difficultés actuelles du pays et de sa population pour accéder à ses droits élémentaires, droit au travail mis en péril par un chômage de 30 %, l’accès à la terre et aux ressources qui est refusé aux habitants, l’accès à l’école qui n’est pas encore généralisé, l’échec scolaire et le nombre de jeunes sans qualification. Bref nous sommes en sous développement. Tout ceci est vrai, de même qu’il est vrai que nous sommes bien face à des populations qui fuient la guerre !

Il est donc du devoir de ceux qui ont accès aux informations de rendre compte de cette situation et de rappeler les principes humains de base que sont l’accueil de l’étranger et l’aide aux populations en danger de mort.

Souvent, en situation de crise notamment, les discours xénophobes se généralisent. Ce n’est pas une raison pour tomber dans le populisme en reprenant l’opinion qui semble être la plus répandue dans son peuple. Je dis bien « semble », car il est sûr qu’il y a toute une panoplie de points de vue différents sur cette question.

Personnellement j’entends souvent les arguments qui justifient la position de rejet de l’autre. Parfois on évite d’être de rabat joie dans les discussions d’anniversaires ou de première communion.

Mais s’agissant de vies humaines, je pense que nous devons faire un effort pour exprimer publiquement l’humanisme de base le plus universel.

Cette semaine, dans un débat télévisé, la représentante du gouvernement italien, d’origine africaine, stigmatisait les réticences de la majorité des pays européens pour accepter quelques milliers de réfugiés alors que l’Italie et la Grèce n’ont pas le choix car ce sont sur leurs côtes qu’échouent les bateaux chargés d’êtres en fuite désespérée, ce sont dans leurs eaux que les exilés se noient et sur leurs plages que les corps se déposent. Les régions les plus pauvres d’Italie, la Sicile et ses îles, l’île grecque de Lesbos, accueillent, donnent à manger, procurent un toit à des milliers de familles anéanties. Pour l’Italie, 250 000 en 2 ans ! Alors pourquoi l’Europe entière, soit 500 millions d’habitants tergiverse pour recevoir 40 ou 80 mille réfugiés de guerre.

J’ajoute que quand on sait que c’est l’Europe et les USA, par leur bombardements « démocratiques » et « civilisateurs », qui ont créé tout ce Chaos !!! on mesure le cynisme de leur « civilisation ». Au secours Léon Damas !!!

Enfin, si il est juste de rappeler la responsabilité des occidentaux dans cette catastrophe humanitaire, si on peut déplorer leurs atermoiements et condamner leur attitude de non solidarité avec leurs pays du sud ,

En tant que guyanais nous ne pouvons pas faire comme ci « cela ne nous regarde pas » !!

Le Venezuela et le Brésil, nos voisins continentaux, nous rappellent à notre condition de terriens. Certes ils réagissent en tant que pays souverains, leurs gouvernement et élus sont « pleinement responsables».

Malgré tout, nous aussi, nous existons en tant que tels, en tant qu’humains, citoyens guyanais, citoyens du monde, et de ce fait, élus brimés ou simple individu, nous devons nous exprimer et dire qu’il serait tout à fait normal que la Guyane accueille des réfugiés de Guerre d’où qu’ils viennent. Il suffit d’ajouter que c’est un principe et que c’est dans ses modalités d’applications que la Guyane fera en fonction de ses moyens.

Idéal Guyane.

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