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Après 20 années de secrétariat général au MDES, j’ai l’opportunité de pouvoir exprimer un point de vue personnel relativement pertinent sur le monde, notamment sur notre pays la Guyane. la suite...

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Le rythme politique de la Guyane s’est-il adapté au rythme de la politique de l’état français?

1 septembre 2015 de Idéal Guyane
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Dès la fin de la sonnerie des vacances scolaires, plus rien dans le monde politique de notre « péyi », tout le monde est porté absent. Les valises prêtes bien avant la fin de la sonnerie sont déjà dans l’avion, certainement pas dans la pirogue. Des reproches sont souvent faits au cours de l’année scolaire au sujet du manque d’enseignement à nos enfants sur l’histoire, la géographie, la culture du « péyi’ ; Pourquoi alors ne pas profiter des vacances pour nettoyer puis approfondir les connaissances de nos enfants sur nous-mêmes par différents moyens que nos fameuses élites trouveront facilement.

Maurice Pindard il semblerait que tout le monde soit satisfait de l’année scolaire écoulée puisque pas un mot pas un écrit pas une intervention médiatique sauf lorsqu’un jeune est allongé sans vie à cause d’un autre jeune qui n’a pas eu ce qu’il faut quand il le fallait pendant ses études. Es-ce que vous avez du temps pour notre jeunesse durant les vacances ?

Les vacances, plus précisément les grandes vacances concernent généralement les mois de juillet et d’Aout qui sont ceux des vacances scolaires françaises. Le calendrier scolaire guyanais étant calqué exactement sur celui-ci, nous devons donc prendre nos vacances pendant l’été (européen) alors que nos mois de saison sèche sont septembre et octobre.
Je rappelle ceci pour que les plus jeunes sachent qu’il y a quelques années, quand moi-même j’allais à l’école, la rentrée scolaire se faisait après le 15 octobre ! et du temps de mes parents, en début novembre, précisément après la saison sèche. Saison très pénibles pour les enfants que l’on ne peut enfermer entre quatre murs, notamment après 11h. Saison propice aux travaux d’abattis auxquels participaient donc les enfants pour aider leurs parents, saison propice aussi aux travaux publics, réfection des routes, terrassement, construction de bâtiments.

Ainsi les vacances sont planifiées dans chaque pays selon les impératifs climatiques, économiques et culturels. Les congés des parents correspondent généralement aux grandes vacances scolaires parce qu’ils permettent aux parents de vivre des moments de partage privilégiés avec leurs enfants. « Nettoyant » et « Approfondissant » les connaissances de leur progéniture !!

Aujourd’hui, parce que nous subissons le rythme annuel scolaire calendaire du pays européen France, nos vacances sont artificiellement détournées des préoccupations de base, agrico culturelle notamment. Ce sont essentiellement des moments festifs modernes, podiums, show, soirées dansantes. Et souvent ce sont des moments de séparation et non de partage entre les parents qui restent entre eux et les jeunes qui font de même dans leurs fêtes à eux.

Il reste le soutien scolaire. Cahier de vacances achetés utiles pour quelques révisions et encore nocifs culturellement puisque privilégiant la découverte de l’ailleurs par rapport à l’ici.

Alors ai-je du temps pour notre jeunesse durant les grandes vacances. ?
Personnellement j’organise ce temps en deux parties. Une partie longue qui est la continuité de l’engagement social que j’ai tout au cours de l’année, syndical, culturel, politique. Je ne suis donc pas « en vacance ». Pendant l’autre temps, court, je coupe tous les ponts pour m’isoler et recharger mes batteries pendant 2 ou 3 semaines. J’en ai absolument besoin.
La question de la jeunesse, qui me préoccupe professionnellement pendant l’année scolaire, m’intéresse encore pendant quelques semaines des mois de juillet et août quand je me consacre davantage à l’association que nous avons créé avec et en direction des jeunes de Guyane ; elle s’appelle ESPAL. Ecole des Savoirs Populaires et d’Apprentissage des langues. Cette année nous travaillons avec un ancien de Montsinnery sur la fabrication d’objet en arouman et liane franche. Le premier Aout nous avons fait une séance de bilan avec notre « maître » et pris un congé jusqu’à la fin du mois.
Pendant ce temps, nous nous activons aussi pour commencer en septembre un atelier de construction de canots afin de transmettre à 4 ou 5 jeunes de cette commune, le savoir que nous a enseigné le défunt Alidor Mayen. Pour l’instant IL s’agit de réparer le premier canot qui a subit les attaques des intempéries.

Nous avons eu beaucoup de chiffres pour analyser la fin de l’année scolaire et la réussite au baccalauréat mais rien sur ceux qui sont sortis du chemin de la connaissance. Quels enseignements positifs avez-vous à commenter sur l’année scolaire 2014-2015 en Guyane ?

Le pourcentage de bacheliers augmente, il y a un nombre croissant de mentions, la création de l’université de Guyane agit comme un aimant pour encourager les jeunes à faire leurs études sur place même si beaucoup d’entre eux sont encore attirés par le mirage de la « métropole ». Enfin une licence d’histoire ouvre cette année.
Il reste la question de l’emploi après les études ou le diplôme. On sait que le taux de chômage est très élevé parmi les moins de 25 ans, plus de 50% !

Pour bien juger de la « rentabilité » de l’école en Guyane il faut calculer le nombre d’élèves d’une classe d’âge qui, inscrits à la maternelle, arrivent jusqu’à la terminale. Bien que le chiffre ait augmenté considérablement depuis une vingtaine d’années nous en sommes encore à environ 35% ! Ce qui veut dire que 2 enfants sur trois quittent l’école sans qualification au cours de leur scolarité.
Nombreux sont ceux qui sont passés par les dispositifs les plus variés, pour finalement ressortir sans rien.
Il faut aussi comptabiliser les redoublements d’un niveau à l’autre et les abandons en cours d’année, près de deux mille par an. On sait aussi, bien que l’observatoire de la non scolarisation ait été fermé par le Rectorat, que près de 3000 enfants ne sont pas scolarisés.

La difficulté principale de nos élèves est que la langue de l’école, le français, n’est pas leur langue maternelle et que celle-ci leur est enseignée comme si tout le monde était francophone. Il y a donc une production d’élèves non lecteurs, ou en grave difficulté.
On « innove » alors avec des dispositifs à la marge pour se donner bonne conscience.
c’est une des raisons qui a poussé les acteurs de l’école à réclamer l’ouverture d’une licence « français langue étrangère » qui débute en septembre.

La satisfaction est de voir que, malgré tout, quelques élèves ont des résultats brillants. La déception est qu’ils envisagent souvent des études qui les conduisent à vivre hors de Guyane, une fois le diplôme obtenu.

Avec l’élection prochaine de la collectivité unique, avez-vous le sentiment que les jeunes qui auront la possibilité de voter à cette occasion prennent la chose au sérieux ou alors prêtent-ils un intérêt quelconque ?

Je n’ai pas d’éléments probants pour juger du sérieux qu’ils accorderaient à la Collectivité Territoriale de Guyane. J’ai le sentiment qu’en général, la chose politique ne les passionne pas. Je ne sais pas combien sont allés s’inscrire pour le vote de décembre. Savent-ils qu’ils peuvent encore le faire jusqu’à la fin septembre.

Je pense que les jeunes de Guyane ne connaissent pas leur pays et l’histoire de leur peuple. Ce n’est pas de leur faute, ils n’apprennent pas grand-chose de leur réalité propre à l’école. Leurs aînés, dans les associations et partis politiques, essaient de combler les vides. Mais nous baignons dans un environnement juridico administratif et médiatique qui plonge tout le monde dans l’assimilation, l’aliénation et l’irresponsabilité.
La tendance est de tendre la main pour les allocations et les subventions, réclamer davantage et espérer avoir un peu, attendre que le savoir et les solutions viennent d’Europe ou d’européens, tourner le dos à notre environnement historico géographique amazonien.
Quand, de plus, les élites dont tu parles, qui pourraient « nettoyer » la conscience de notre jeunesse sont, au contraire, adeptes du « nou panko paré », je ne vois pas comment et pourquoi un jeune de 18-20 ans s’intéresserait à la politique d’un pays qui pour lui n’existe pas.

IDÉAL GUYANE.

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