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Quand le BTP ne va plus, il descend dans les rues.

13 juin 2015 de Idéal Guyane
BTP en péril

Débat sur l’Octroi de Mer menaçant la production guyanaise, des suicides de jeunes à Maripasoula, un président de région qui annonce un nouveau statut pour la Guyane, des inondations du Maroni à l’Oyapock, les patrons du BTP côte à côte dans les rues de Cayenne avec leurs ouvriers, tout comme la pluie l’actualité Guyanaise déborde.

Ideal.Guyane : Que pensez-vous de la manifestation des entreprises du bâtiment où les patrons font descendre leurs ouvriers dans les rues afin qu’ils aient des marchés et ainsi continuer à les exploiter ?
Maurice.Pindard : Cette manifestation de rue est très intéressante. Effectivement, il y avait du monde. Effectivement les entreprises de ce secteur, comme beaucoup d’autres, sont à bout de souffle, prêtes à fermer ou à licencier. La commande publique est en panne, les aides sont en retard, les décisions politiques ne sont pas prises.
Le fait marquant est que les patrons ait décidé de prendre la rue. Marcher sur la préfecture pour exiger la satisfaction de leur revendication.
Ils l’ont fait avec leurs salariés dont on peut supposer que la journée était payée.
Qu’y-a-t-il à redire ? Ils ont pris leurs responsabilités en empruntant la voie de la contestation publique. Au Journal télévisé du soir le Responsable du BTP a même envisagé des blocages s’ils n’étaient pas entendus !

Pourtant, il y a des réticences. Certains sont gênés de voir des capitalistes défiler dans les rues. D’autres ne peuvent cautionner l’unité de façade ouvriers -patrons. On sait que leurs intérêts divergent. Alors les premiers seraient manipulés par les seconds ! On a entendu la désapprobation de l’UTG à propos de cette action.

I.G : Pourquoi cette désapprobation de la part de l’UTG ?

C’est là que la question est intéressante. Traditionnellement, dans la lutte pour l’émancipation de l’homme, on place le prolétaire au centre de la problématique. C’est la forme motrice du changement. Le système qu’il faut renverser est le système capitaliste. Ses représentants, patrons, banquiers, Etat, police sont les ennemis. C’est globalement comme cela que le problème est posé dans les pays capitalistes par les organisations de gauche ou révolutionnaires. Il est donc normal que le militant « tique » quand il voit la manif tous ensemble dans la rue.
Cependant, il faut aller plus loin dans l’analyse et se resituer en Guyane, en colonie. Dans ce contexte là, situations largement vécues par les révolutionnaires de toutes les anciennes colonies, une autre contradiction s’impose et doit être prise en compte. En effet, la dépendance économique et juridico administrative avec la métropole coloniale est subie par de larges fractions de la société Guyanaise.
On a déjà vu toutes les catégories sociales défiler dans les rues en Guyane ! Toutes ! Avocats, juges, petits et moyens patrons, collectifs de socio professionnels, salariés divers, écologistes, Hurleurs etc.. en lutte contre les aberrations de la colonie. En opposition avec les intérêts de la France qui ne prend pas en compte ceux des habitants de Guyane. Quoi de plus normal.

Le « problème » de la manif du BTP est que ce sont les patrons qui sont à l’initiative d’une manifestation à laquelle ils ont associé leurs salariés, obligés de suivre, puisque journée payée !!
Cela peut être ressenti comme de la manipulation.

Ceci dit, ils sont à l’initiative d’une protestation qui pourrait être unitaire. C’est à dire regroupant plusieurs autres secteurs socio économique, et plusieurs organisations catégorielles dont les syndicats de salariés.

Ce ne serait pas la première fois que nous défilerions tous côte à côte !
Il faut se souvenir du MSU ( Mouvement Syndical Unifié) qui a organisé une semaine de lutte avec défilés et barrages dans tout le pays pour le développement des secteurs productifs en Octobre 1992. Il regroupait des centrales syndicales et des entrepreneurs du BTP. c’est à la suite de cette grosse mobilisation que les Guyanais ont obtenu la construction de la route Régina-St Georges. L’Etat refusant d’y mettre un sou !

Quelque uns diront que, justement, dans ce cas là, c’étaient les syndicats qui étaient à l’initiative et contrôlaient le mouvement. Aux côtés de patrons mal organisés, inconstants et imprévisibles. D’où la réserve face au défilé du vendredi 5 juin à Cayenne.
De plus, les patrons du bâtiment rechignent souvent à appliquer le code de travail dans leurs entreprises. Une fois les marchés attribués leur objectif premier sera comment faire le plus de profit sur le dos des travailleurs qui les ont aidés à obtenir ces marchés.

Citons alors les Etat-Généraux du Développement Réel et Durable lancé par le collectif de socio professionnel de Guyane composé de petits, moyens et gros patrons, en début 1997 après Novembre 96. C’est ce collectif qui annonçait au tout début que rien ne serait tabou dans les débats y compris la question institutionnelle. Ils se sont heurtés à l’Etat qui voulait organiser la grand messe à sa façon. Des militants ont saisi l’occasion, des organisations se sont rapprochées, les discussions ont avancé et les Etats Généraux ont été ce que nous en avons fait. Un formidable moment de rencontre et d’échange de la société guyanaise qui débouchait sur un Rapport Final en 90 propositions courant janvier 98 ; La question institutionnelle étant enfin posée. Leur prolongement direct a été le Pacte de Développement en Févier 99 puis le Projet Guyanais (2001) sur lequel aurait du être consulté la Guyane en Décembre 2003. les élus, inspirés par cette période très agitée et riche, ont relancé l’idée d’une consultation populaire dès 2004-2005. Celle-ci eut lieu finalement en janvier 2010.

D’un autre côté, il ne s’agit pas non plus de considérer les entrepreneurs du bâtiment comme des philanthropes. Ils ne défilent pas par amour de leurs ouvriers chéris. C’est bien le rôle des syndicats de leur faire appliquer le droit du travail.

Cependant, et en fin de compte, dans la perspective de l’émancipation politique du peuple de Guyane, la mobilisation des plus larges secteurs sociaux est nécessaire.
Que les patrons généralement prompts à cautionner l’ordre établi se mettent en marche sur la préfecture avec leurs ouvriers pour la survie de leur secteur de production, cela doit être considéré comme un progrès.

Il reste que ceux qui devraient prendre les initiatives et la tête des manifestations sociales le fassent ! Pour quelles aient des chances de déboucher sur des avancées réelles et convergent vers un changement radical et durable.

Idéal Guyane.

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